Retraite : le Front commun syndical maintient la manifestation du 11 juillet
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
À trois jours de la manifestation syndicale contre les réformes concernant la retraite, le gouvernement a annoncé que les dispositions relatives au National Pension and Provident Fund ne figureront pas dans le Finance Bill. Le Front commun syndical estime pour sa part que cette annonce ne répond pas aux inquiétudes de la population et maintient sa manifestation le samedi 11 juillet.
Depuis la présentation des grandes orientations de la réforme concernant la retraite, les critiques se sont multipliées au sein du mouvement syndical. Après le revirement du gouvernement au sujet du Means Test, c’est désormais le National Pension and Provident Fund (NPPF) qui concentre l’attention. Pour Ashok Subron, ce nouveau fonds contributif mérite un débat de fond avec les partenaires sociaux afin de mieux prendre en considération les attentes de la population.
Les organisations syndicales, elles, restent prudentes. Plusieurs d’entre elles estiment que le retrait du NPPF du Finance Bill ne constitue pas une garantie quant à l’avenir de cette mesure et considèrent que la mobilisation prévue samedi demeure pleinement justifiée.
La déclaration d’Ashok Subron n’a pas modifié la ligne adoptée depuis plusieurs semaines par le Front commun syndical. Pour le président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions, Deepak Benydin, les revendications restent les mêmes. Il s’agit du retour de la pension de vieillesse à 60 ans et de la révision des mesures annoncées par le gouvernement. Il estime que les travailleurs attendent désormais des décisions plutôt qu’un simple report des discussions.
Le syndicaliste considère que la manifestation de samedi constitue une étape importante dans ce mouvement de contestation et appelle les travailleurs ainsi que les retraités à maintenir leur mobilisation.
« No retreat, no surrender! Le Front commun syndical ne reculera pas. Les travailleurs du pays ainsi que les personnes âgées exigent le retour de la pension à l’âge de 60 ans. Le gouvernement a compris que le peuple ne veut plus de cette pilule amère maquillée en réforme. Je pense aussi que les membres de la majorité savent que la rue est en colère. Pendant deux ans, ils ont chômé. Aujourd’hui, c’est le moment de travailler. Le changement, c’est revoir la formule et non taxer les plus démunis tout en se cachant derrière l’ancien régime », indique Deepak Benydin.
Selon lui, seule une révision en profondeur de la réforme permettra d’apaiser les inquiétudes des travailleurs.
Le président du Mauritius Labour Congress, Haniff Peerun, partage cette prudence. À ses yeux, le retrait des dispositions relatives au NPPF du prochain Finance Bill ne signifie pas que cette mesure ne reviendra pas dans un futur texte législatif. Il estime que les travailleurs ont besoin d’engagements précis avant de comprendre que leurs préoccupations ont été entendues.
Pour le responsable syndical, les consultations annoncées par le gouvernement devront déboucher sur des propositions concrètes afin de restaurer la confiance.
« Il faut cesser de mener les travailleurs du pays en bateau. Le message est clair : rétablir la pension de vieillesse à 60 ans et dire non au ciblage. Ce n’est pas en venant dire que la NPPF ne sera pas dans le Finance Bill que nous allons reculer. Il nous faut des garanties. Le gouvernement doit venir avec une formule adaptée après les consultations. Au niveau de la MLC, la marche est maintenue et nous n’allons pas reculer », dit Haniff Peerun.
Il lance également un appel aux travailleurs et aux représentants syndicaux afin qu’ils participent massivement à la manifestation prévue samedi.
Si le ton est plus mesuré du côté de la General Workers Federation (GWF), son président Clency Bibi confirme que son organisation sera bien présente dans les rues de Port-Louis. Pour lui, cette mobilisation ne doit pas être interprétée comme un affrontement avec le gouvernement, mais comme une démarche démocratique destinée à faire entendre les préoccupations des citoyens.
Le président de la GWF estime qu’une réforme touchant directement la retraite mérite une large consultation nationale et un dialogue permanent avec les partenaires sociaux.
« Cette mobilisation est avant tout un appel au dialogue. Nous demandons au gouvernement d’écouter les préoccupations de la population et des organisations syndicales afin de trouver des solutions justes et équitables qui préservent les droits sociaux tout en tenant compte des réalités économiques du pays. J’invite tous les Mauriciens qui partagent ces préoccupations à se joindre à cette mobilisation dans le calme, le respect et la dignité. Plus notre participation sera forte, plus le message sera clair : la pension et le lump sum sont des acquis sociaux qui méritent d’être protégés », soutient Clency Bibi.
Selon lui, la mobilisation de samedi montrera que les citoyens souhaitent participer aux discussions portant sur l’avenir du système de retraite.
Pour l’avocat Dev Ramano, les annonces faites mercredi par le gouvernement ne suffisent pas à dissiper les interrogations d’une partie de la population. Selon lui, la manifestation du 11 juillet constituera un moment important pour mesurer la contestation de la réforme.
Il estime que le débat ne doit pas se limiter au déficit budgétaire, mais porter également sur la manière dont les finances publiques sont gérées.
« La marche de ce samedi sera l’exercice qui déterminera la suite. Peu importe ce que le ministre Ashok Subron viendra dire, la rue l’a déjà sanctionné. Toutes les forces syndicales du pays seront présentes. Certes, on parle de déficit budgétaire, mais qu’en est-il du changement de paradigme ? À quand la limitation du gaspillage des fonds publics, la fin des largesses et des dépenses inutiles ? Il faut des solutions plus réalistes et non dépenser des millions pour l’achat de voitures ou la rénovation du Parlement alors que le peuple se serre la ceinture. »
La manifestation du samedi 11 juillet constituera ainsi le premier grand rassemblement organisé depuis les annonces du gouvernement sur la réforme du système de retraite. Le Front commun syndical considère que ses revendications demeurent sans réponse. Il maintient donc son appel à la mobilisation. Il demande que le dialogue se traduise par des propositions concrètes sur l’avenir du système de retraite.