Retraite : la mobilisation relance le bras de fer avec le gouvernement
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
La mobilisation contre la réforme du système de la retraite du front commun syndical, dans les rues de Port-Louis, samedi, a suscité des réactions. Les organisateurs estiment avoir reçu un soutien massif de la population et y voient un avertissement adressé au gouvernement. De son côté, l’exécutif avance qu’il a laissé fonctionner la démocratie.
Des milliers de personnes ont répondu à l’appel du front commun syndical pour faire barrage à la réforme du système de retraite et pour réclamer le retour de la pension universelle à 60 ans. Cette mobilisation est intervenue au lendemain de la conférence de presse du ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron, qui a annoncé que les dispositions relatives au National Pension and Provident Fund (NPPF) ne figurent pas dans le prochain Finance Bill. Cette annonce est perçue comme un premier pas par certains observateurs, mais elle est jugée insuffisante par les organisations syndicales, qui ont maintenu leur marche.
Pour les organisateurs, la participation observée samedi dépasse largement leurs attentes. Ils y voient la preuve que la réforme du système de la retraite suscite un malaise au sein de la population.
Au niveau de la CTSP et du front commun syndical, nous n’allons pas lâcher l’affaire. La lutte continue.»
Le porte-parole de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), Reaz Chuttoo, estime que cette mobilisation constitue l’un des plus importants rassemblements syndicaux de ces dernières années. Selon lui, la diversité des participants montre que le débat dépasse le seul cadre syndical.
« La classe syndicale a déjà connu plusieurs grands rassemblements, mais ce que nous avons vu le samedi 11 juillet montre que la population est non seulement en colère, mais qu’elle veut aussi faire entendre sa voix face à des décisions qui, selon nous, menacent aujourd’hui l’État providence. J’ai vu des jeunes, des personnes âgées, des enfants, des entrepreneurs et même des défenseurs de l’environnement marcher ensemble pour dire non à cette réforme que je qualifie de crime envers les personnes âgées du pays. La rue a parlé. Au niveau de la CTSP et du front commun syndical, nous n’allons pas lâcher l’affaire. La lutte continue. D’autres activités sont prévues et nous tiendrons une conférence de presse ce lundi au siège de la fédération des travailleurs unis (FTU) afin d’annoncer la suite de notre action. Le peuple est prêt, s’il le faut, à poursuivre la mobilisation. »
Pour les responsables syndicaux, cette forte participation conforte leur position selon laquelle les mesures annoncées jusqu’à présent ne répondent pas aux attentes de la population.
Le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, partage cette analyse. Il estime que le gouvernement doit désormais tenir compte du message envoyé par les manifestants et revenir sur sa copie concernant la réforme du système de la retraite.
« Nous l’avons toujours dit : il ne faut jamais toucher au Welfare State. Aujourd’hui, la rue a lancé un avertissement. La classe syndicale reste mobilisée, mais aussi vigilante. Toute tentative de fragiliser notre combat sera vaine. Nous espérons que nos actions permettront d’aboutir à un véritable changement et que le peuple en sortira gagnant. »
Selon Haniff Peerun, la mobilisation de samedi ne constitue pas une fin en soi, mais une nouvelle étape dans un mouvement qui entend poursuivre les discussions avec les autorités tout en maintenant la pression sur le gouvernement.
De son côté, le gouvernement insiste sur le fait que cette mobilisation s’inscrit dans le fonctionnement d’une démocratie et que les autorités restent ouvertes aux consultations.
Je trouve regrettable que certaines personnes qui ont participé à la gestion du pays dans le passé se soient jointes à cette marche.»
Le ministre de l’Environnement et secrétaire général du Mouvement militant mauricien, Rajesh Bhagwan, considère que la manifestation traduit avant tout la liberté dont disposent les Mauriciens pour exprimer leur opinion.
« Nous sommes dans un pays démocratique et les gens ont le droit de s’exprimer lorsqu’ils ne sont pas d’accord. Ce qui montre que le gouvernement entend les préoccupations de la population. Le gouvernement s’est exprimé sur cette question et le Premier ministre a la prérogative de prendre les décisions. Comme il le dit souvent, gouverner, c’est prévoir l’avenir. »
Interrogé sur la présence de membres du Mouvement socialiste militant dans le cortège, Rajesh Bhagwan s’est montré particulièrement critique.
« C’est une honte de voir ceux qui, selon nous, ont dilapidé les fonds de l’État présents à cette manifestation. Certains ont profité de cette mobilisation pour faire leur apparition, mais la population ne doit pas oublier ce qui s’est passé sous l’ancien régime. Je laisse chacun tirer ses propres conclusions. »
Le Junior Minister aux Affaires étrangères, Rajen Narsinghen, abonde dans le même sens. Selon lui, le gouvernement a montré sa volonté d’écouter la population en retirant les dispositions relatives au NPPF du prochain Finance Bill.
« Le gouvernement est et sera toujours à l’écoute de la population. Nous avons rectifié le tir et rétabli la pension de vieillesse à 60 ans tout en prenant en compte la soutenabilité du système. Je trouve toutefois regrettable que certaines personnes qui ont participé à la gestion du pays dans le passé se soient jointes à cette marche et cherchent aujourd’hui à se présenter comme des héros. Mais nous faisons confiance au jugement de la population. »
Pour Rajen Narsinghen, les consultations annoncées devront permettre de trouver un équilibre entre la préservation des acquis sociaux et les impératifs liés au financement du système de la retraite.
Si les organisateurs de la manifestation considèrent que la mobilisation de samedi constitue un avertissement adressé au gouvernement, l’exécutif maintient que le dialogue demeure la seule voie pour parvenir à une réforme durable.