Réserves en baisse - Eau : le pays sous pression
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Le réservoir de Mare-aux-Vacoas n’est rempli qu’à 51 %, contre 85 % habituellement à cette période. Des restrictions de distribution sont annoncées pour les prochains jours, alors que les pluies ne sont pas attendues avant novembre.
Ce n’est pas encore la catastrophe, mais les signaux s’accumulent. Depuis le début de l’année, Maurice enregistre des déficits pluviométriques successifs et sévères. Février 2026 figure parmi les mois les plus secs depuis plus d’un siècle (voir plus loin). À la Water Resources Unit, Lormus Jugoo ne mâche pas ses mots : « Cette année, les grosses pluies qui auraient dû soulager nos réservoirs et nos nappes phréatiques n’ont pas eu lieu. »
Et le pire est peut-être à venir : « À l’approche de l’hiver, les pluies seront rares et il faudra attendre vers novembre pour une pluviométrie plus clémente », a-t-il prévenu. Autrement dit, les réserves actuelles devront tenir plusieurs mois sans véritable apport naturel. Un scénario qui fait craindre une répétition de 2025, lorsque la plupart des réservoirs avaient atteint des niveaux critiques.
Les conséquences sont déjà mesurables. Lundi, le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, s’est rendu au réservoir de Mare-aux-Vacoas, qui alimente les Hautes Plaines-Wilhems jusqu’à Rose-Hill, ainsi que certaines régions du Sud – et y a constaté un taux de remplissage de 51 %, soit près de 34 points en dessous de la normale saisonnière. Une baisse qui affecte directement des milliers de foyers.
Au terme de sa visite, il a sommé la Water Resources Commission et la Central Water Authority d’élaborer sans délai un plan de restriction. « Pou bizin ena bann restriksion. Nou pa pou kapav bizness as usual alor ki plu gran reservwar pei dan sa leta-la », a-t-il averti.
Il a annoncé deux séries de mesures distinctes : d’une part, des restrictions imminentes dans la distribution d’eau, avec une réduction des heures d’approvisionnement dans certaines zones ; d’autre part, des mesures spécifiques visant à limiter le gaspillage, dans un contexte où la demande reste élevée dans plusieurs secteurs.
L’enjeu est concret et chiffré. Maintenir le volume de distribution actuel conduirait le réservoir à n’afficher plus que 22 à 23 % de sa capacité d’ici juin, un seuil en deçà duquel le pompage deviendrait techniquement impossible, les boues et sédiments accumulés au fond rendant l’extraction de l’eau hors de portée. « Se pa de gete de ker ki nou bizin met restriksion. Nou ena la responsabilite ger (la kantite delo) ki ena o maximum », a insisté le ministre, qualifiant d’« irresponsable » tout scénario qui laisserait le réservoir se vider.
Ce que la « sécheresse » seule n’explique pas entièrement, c’est la fragilité structurelle du réseau qui s’y superpose. Le directeur général de la Central Water Authority, Shyam Thanoo, l’admet sans détour : « Les pluies n’ont pas été bénéfiques, certes, mais nous avons aussi un autre souci. » Il pointe explicitement une pression sur les réserves en eau combinée à une fragilité du système de distribution lui-même. Ses pompes dépendent de l’électricité fournie par le CEB à partir d’huile lourde.
« Avec la situation de la crise énergétique, il ne faut pas oublier que nos pompes dépendent de l’huile lourde du CEB, même si à ce stade il n’y a pas de panne », a-t-il fait ressortir. Une défaillance énergétique pourrait ainsi aggraver instantanément une crise hydrique déjà engagée.
La combinaison de ces trois facteurs – déficit pluviométrique, baisse des réserves et vulnérabilité du réseau – place Maurice dans une situation délicate à l’approche de la saison sèche. Sans amélioration significative des conditions météorologiques dans les mois à venir, la gestion de l’eau pourrait devenir un enjeu encore plus critique. Face à cette triple contrainte, Shyam Thanoo appelle à une prise de conscience collective : « Le public doit faire preuve de compréhension et éviter le gaspillage. » Ce n’est pas encore un plan d’urgence, mais c’est plus qu’une mise en garde.
En parallèle des mesures d’urgence, le gouvernement explore des solutions à plus long terme pour sécuriser l’approvisionnement en eau. Parmi elles, le dessalement occupe une place croissante.
Le ministre Patrick Assirvaden s’est rendu récemment à Rodrigues afin d’étudier les projets développés sur l’île sœur. À Pointe Cotton, il a pu constater les infrastructures en place et s’est dit impressionné par leur efficacité. Le gouvernement envisage notamment la mise en place d’unités de dessalement dans le Nord de Maurice, une région particulièrement exposée aux pénuries. Cette zone dépend fortement d’infrastructures limitées, ce qui accentue sa vulnérabilité en période de sécheresse.
Des études techniques ont déjà été réalisées afin d’évaluer les besoins et les options disponibles. L’objectif est de diversifier les sources d’approvisionnement et de réduire la dépendance aux précipitations, devenues de plus en plus irrégulières. Pour le ministre, « il n’y a aucune raison que ce qui fonctionne à Rodrigues ne puisse pas être adapté à Maurice ».
Maurice a raté la saison des pluies. Et comme c’est le cas chaque hiver, les précipitations attendues au cours des prochains mois ne seront pas suffisantes pour remplir les réservoirs. Pour autant, une source au sein des MMS tient à apporter une nuance de taille : Maurice ne traverse pas à proprement parler une période de « sécheresse », mais une période de faible pluviométrie. « Il pleut régulièrement dans différentes régions, mais ce n’est guère suffisant pour remplir les réservoirs », précise notre interlocuteur. En termes météorologiques, plusieurs types de sécheresse existent : la sécheresse météorologique, la sécheresse agricole et la sécheresse socio-économique. Ainsi, même si le pays n’a pas reçu la quantité de pluie nécessaire, il a néanmoins plu. C’est donc une « sécheresse économique » que connaît Maurice.