Réseau d’extorsion présumé - Piégés par « Anisha » : filmés, frappés, humiliés, rançonnés
Par
Le Dimanche /L' Hebdo
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Piégées sur les réseaux sociaux par un faux profil, plusieurs victimes ont été séquestrées et agressées à Plaine-Verte. La police a démantelé ce réseau d’extorsion de fonds par chantage vidéo.
Au début, il y a la banalité d’un écran qui s’allume dans la nuit. Un message sur Messenger, un profil sur Tinder, la promesse d’une rencontre pour tromper la solitude ou la routine. Fardeen* et Fadil* n’avaient rien en commun, si ce n’est d’avoir croisé en ligne le même pseudonyme : « Anisha ». Derrière des photos suggestives envoyées pour appâter la gent masculine, se cachait le premier rouage d’un piège mécanique, froid et implacable, niché au cœur de l’avenue Nicolay, à Plaine-Verte. Un piège qui a finalement pu être démantelé par la Criminal Investigation Division de Port-Louis Nord.
Ce que ces hommes cherchaient, c’était de la compagnie. Ce qu’ils ont trouvé, c’est un guet-apens où la violence physique n’était que la première étape d’une atteinte plus profonde : celle de leur vie privée et de leur dignité.
Quand Fardeen, 37 ans, franchit le seuil de la maison ce 17 juin, l’enthousiasme s’éteint instantanément. La femme de la photo n’existe pas. Face à lui, un jeune homme travesti. Mais Fardeen n’a pas le temps de faire demi-tour. La porte claque, le piège se referme.
En quelques secondes, la pièce se remplit. Des hommes, des femmes, et même des enfants. Les coups pleuvent. « Zo’nn sekestre mwa, mo’nn bien gagn bate sa zour-la avek sab, tors elektrik. Mo ti ant lavi ek lamor… Zo’nn servi zanfan pou filme mwa », confie-t-il.
Même calvaire pour Fadil, jeune comptable de 29 ans, pris dans les mêmes griffes quelques semaines plus tôt. Pourtant, dans ce huis clos terrifiant, l’arme la plus redoutable des agresseurs n’est pas le fer des sabres. C’est l’objectif d’un smartphone. « Bann dimounn vini pou bat ek filme ou, pou fer krwar ou pe gagn relasion avek enn garson pou fer ou gagn onte. »
Le chantage devient alors purement financier, moderne et cynique. On ne fouille plus seulement les poches ; on force la victime à déverrouiller son téléphone par empreinte digitale. On ouvre l’application bancaire Juice. On scrute le solde. Pour Fadil, le tarif du silence est fixé à Rs 300 000. Pour tenter de le sortir de ce cauchemar, son oncle devra réunir en urgence Rs 200 000. Pour Fardeen, l’argent s’envole en quelques clics d’un compte à un autre, avant que sa famille, prévenue à la hâte, ne vienne le récupérer, pantelant.
Pendant des semaines, le plan des maîtres chanteurs a fonctionné, en grande partie grâce au silence des victimes. Un silence lourd, nourri par la peur du déshonneur. Rentrer chez soi, se taire, panser ses plaies en secret, plutôt que d’affronter le regard des autres.
Mais les agresseurs ont fini par commettre une erreur : la diffusion des images sur les réseaux sociaux. Pensant asseoir leur impunité, ils ont au contraire déclenché leur exposition publique. En voyant leurs calvaires devenir viraux, la honte a changé de camp. Ce n’était plus le secret d’un homme seul, mais une affaire publique. Portées par ce basculement et l’évidence que « pa zis mo tousel ki’nn pass ladan », les victimes ont trouvé la force de se rendre au poste de police de Plaine-Verte.
Aujourd’hui, les trois principaux membres du groupe sont derrière les barreaux, à savoir Yassin Oozeear, 26 ans, et son épouse Soulayeha Rawa, 32 ans, ainsi que Muhammad Ayman Ahamad Mahamoodally, 21 ans, celui qui se faisait passer pour Anisha. Les téléphones se sont éteints, la justice a pris le relais. Mais pour Fardeen et Fadil, le chemin sera long pour effacer de leur mémoire ces minutes où leur vie et leur réputation ne tenaient qu’à un écran de téléphone.
*Prénoms d’emprunt