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Reprise de la guerre au Moyen-Orient : Maurice face à la menace d’une hausse du carburant et de l’inflation

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 16 July 2026 à 14:30
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Selon les observateurs économiques, une hausse simultanée du prix du pétrole, du transport maritime et des produits importés exercerait une pression supplémentaire sur les ménages.

La reprise des tensions au Moyen-Orient ravive les inquiétudes sur les marchés mondiaux de l’énergie et du transport maritime. Pour Maurice, les répercussions pourraient se traduire par une hausse des prix des carburants, des coûts logistiques et de l’inflation.

La reprise de la guerre au Moyen-Orient ces derniers jours suscite de nouvelles craintes quant à ses conséquences sur l’économie mondiale. À Maurice, où l’économie demeure fortement dépendante des importations, les experts redoutent avant tout une flambée des prix de l’énergie et une hausse généralisée du coût de la vie.

Pour l’économiste Chandan Jankee, le principal risque réside dans l’évolution du marché pétrolier. Il rappelle que, lors de précédentes périodes de fortes tensions géopolitiques, les prix de l’énergie avaient fortement augmenté. « Quand la guerre a commencé, le baril dépassait les 150 dollars. Et maintenant, il pourrait encore monter et franchir cette barre », souligne-t-il.

Selon lui, une nouvelle envolée des cours du pétrole exercerait une pression supplémentaire sur les économies déjà confrontées à un contexte inflationniste. « Il y aura une période plus incertaine, avec davantage de hausses des prix, ce qui augmentera le niveau de l’inflation », explique-t-il.

Le carburant au cœur des préoccupations

L’impact pourrait être particulièrement important pour Maurice, qui importe la totalité de ses besoins en produits pétroliers. Imrith Ramtohul, observateur économique et consultant en investissement, estime que la situation pourrait rapidement affecter le marché local. 

« Une hausse des prix mondiaux du pétrole, combinée à l’absence de nouvelles subventions gouvernementales, entraînerait normalement une augmentation des prix des carburants sur le marché local », affirme-t-il.

Selon lui, une telle évolution ne se limiterait pas aux automobilistes. Le carburant constitue un intrant essentiel pour de nombreux secteurs de l’économie. « Les coûts de transport, les dépenses d’exploitation des entreprises et l’inflation devraient augmenter », prévient Imrith Ramtohul.

Au-delà du pétrole, les tensions géopolitiques risquent également de perturber les grandes routes maritimes internationales. Les zones stratégiques que sont le détroit d’Ormuz et la mer Rouge jouent un rôle essentiel dans le commerce mondial.

Selon Imrith Ramtohul, l’aggravation du conflit pourrait entraîner une hausse des risques sécuritaires pour les navires. « Les primes d’assurance plus élevées et les risques sécuritaires sur les principales routes commerciales seront répercutés sur les importateurs », explique-t-il.

Les compagnies maritimes, dit-il, pourraient être contraintes d’éviter certaines zones sensibles et d’emprunter des itinéraires plus longs. Cette situation entraînerait mécaniquement une augmentation des coûts de transport ainsi que des délais d’acheminement. « Une hausse des coûts de fret et des délais de livraison plus importants pour les carburants, les produits manufacturés et les biens de consommation est à prévoir si les perturbations persistent », ajoute l’analyste.

Une inflation qui pourrait repartir à la hausse

L’une des principales inquiétudes concerne l’impact inflationniste d’une telle crise. Une hausse simultanée du prix du pétrole, du transport maritime et des produits importés exercerait une pression supplémentaire sur les ménages.

Pour Chandan Jankee, le risque est réel dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure déjà sous pression. « La hausse du coût de l’énergie agit souvent comme un catalyseur de l’inflation en touchant pratiquement tous les secteurs de l’économie », soutient-il.

Les prévisions de certains acteurs internationaux renforcent d’ailleurs ces inquiétudes. Imrith Ramtohul rappelle que la banque Goldman Sachs a récemment signalé un recul des exportations des pays du Golfe et estime que le prix du Brent pourrait dépasser les 110 dollars américains le baril au quatrième trimestre 2026 si les perturbations actuelles se poursuivent. « Une telle hausse accentuerait davantage les difficultés des économies importatrices nettes de pétrole comme Maurice », indique-t-il.

Renforcer la résilience du pays

Face à ces risques, Chandan Jankee estime que Maurice doit renforcer sa capacité à faire face aux chocs externes. Il plaide notamment pour une stratégie d’approvisionnement plus diversifiée et une diplomatie économique active. 

« Nous avons besoin d’une bonne stratégie de diplomatie économique, de bonnes relations bilatérales avec plusieurs pays comme la Russie, la Chine et les pays africains », affirme-t-il.

L’économiste insiste également sur la nécessité de sécuriser l’accès aux produits stratégiques. « Nous devons faire en sorte de garantir notre approvisionnement en essence et en produits essentiels », soutient-il.

Prix de l’essence : la STC aurait absorbé Rs 2 Md de pertes, selon Michael Sik Yuen

Le ministre du Commerce, Michael Sik Yuen, affirme que la State Trading Corporation (STC) continue d’absorber l’impact de la hausse des cours pétroliers liée à la reprise des tensions au Moyen-Orient.

Intervenant sur Radio Plus, il a indiqué que le Petroleum Pricing Committee (PPC) ne s’est pas encore réuni et que le prix de l’essence reste maintenu à Rs 64,25 le litre.

Selon lui, si une réunion du PPC avait eu lieu le 7 juillet, après la reprise de la guerre au Moyen-Orient, le prix de l’essence aurait connu une hausse de 10 %.

Michael Sik Yuen précise que depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la STC aurait enregistré des pertes de Rs 2 milliards en raison du maintien des prix actuels. Il explique que cette décision vise à limiter les répercussions sur les consommateurs et à éviter une hausse généralisée des prix des produits.

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Les importateurs en état d’alerte

Du côté des opérateurs privés, la vigilance est déjà de mise. Chez Innodis, des mesures préventives avaient été mises en place avant même la récente escalade du conflit.

« Avant le début du conflit, on avait déjà mis en place un plan d’approvisionnement afin de limiter les ruptures, principalement concernant les produits essentiels alimentaires », explique Sonny Wong, Chief Operating Officer du groupe.

Il affirme que l’entreprise suit attentivement l’évolution de la situation afin de maintenir la continuité de ses approvisionnements. « Nous continuons à suivre l’évolution de ce conflit avec agilité en prenant des mesures appropriées afin de maintenir l’approvisionnement », indique-t-il.

Chez Panagora Marketing, l’approche est similaire. Pour Yovan Jankee, Sustainability & Communication Manager, les perturbations liées au conflit ne sont pas nouvelles.

« Il y a eu effectivement une escalade dans le conflit, mais celui-ci n’avait jamais été entièrement résolu. Les bouleversements liés au conflit, comme les surcharges, ont le plus souvent continué à impacter les chaînes d’approvisionnement », explique-t-il.

Il souligne toutefois l’importance de garder une vision à long terme. « Un conflit est une situation extrêmement volatile et il ne faut pas réagir à chaud. Panagora travaille sur le long terme avec ses fournisseurs pour maintenir les niveaux de stocks appropriés », rassure-t-il.

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