Report de la ratification du traité par le Royaume-Uni - Chagos : un comité interministériel étudie les options

Par Patrick Hilbert
Publié le: 25 février 2026 à 10:07
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Priti Patel, « Shadow Foreign Secretary » britannique, en compagnie du sénateur américain Tommy Tuberville, qu’elle a rencontré mardi à Washington.
Priti Patel, « Shadow Foreign Secretary » britannique, en compagnie du sénateur américain Tommy Tuberville, qu’elle a rencontré mardi à Washington.

Maurice adopte la prudence après le report britannique de l’accord sur l’archipel des Chagos. Le gouvernement étudie toutes les options, tandis que Priti Patel intensifie le lobbying à Washington, dénonçant ce qu’elle qualifie de « reddition » britannique.

Le gouvernement adopte pour l’heure une posture de prudence après le report, par le Royaume-Uni, de la phase finale du processus législatif devant permettre la mise en œuvre de l’accord relatif à l’archipel des Chagos. Dans une déclaration au Défi Media Group, l’Attorney General, Gavin Glover, a confirmé avoir rencontré le Premier ministre, Navin Ramgoolam, au Bâtiment du Trésor en début d’après-midi mardi, tout en soulignant qu’aucune déclaration officielle n’est attendue dans l’immédiat.

« Nous n’allons faire aucune déclaration jusqu’à ce que le comité interministériel se réunisse cette semaine-ci. La date sera déterminée par le Premier ministre et le Premier ministre adjoint. Donc, aucune déclaration à ce stade », a-t-il indiqué, traduisant la volonté des autorités de coordonner leur communication à la lumière des derniers développements internationaux.

Selon les informations disponibles, Maurice étudie actuellement les différentes options, y compris saisir à nouveau les instances juridiques internationales, qui s’offrent à lui après la décision de Londres de mettre en pause la phase finale du texte de loi au Parlement britannique. Ce texte devait franchir l’étape de la Chambre des Lords lundi dernier, avant de retourner à la House of Commons pour finalisation, dans le cadre du processus devant permettre à Maurice d’exercer pleinement sa souveraineté sur les Chagos.

Ce report intervient dans un contexte diplomatique sensible, marqué par une nouvelle prise de position du président américain Donald Trump sur ce dossier. Sur son réseau Truth Social, mercredi dernier, celui-ci s’est publiquement opposé au traité entre le Royaume-Uni et Maurice, un élément ayant contribué à une pause du gouvernement britannique. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a ainsi choisi de suspendre temporairement l’avancement du texte afin de réévaluer la situation à la lumière des réactions internationales et des considérations stratégiques.

Côté mauricien, la question est désormais examinée au niveau d’un comité interministériel comprenant notamment le Premier ministre Navin Ramgoolam, le Premier ministre adjoint Paul Bérenger, l’Attorney General Gavin Glover et le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful. Cette instance est appelée à analyser les implications juridiques, diplomatiques et politiques du report britannique, ainsi que les marges de manœuvre dont dispose Maurice pour la suite du processus.

Lobbying contre l’accord

Parallèlement, le lobbying contre l’accord se poursuit à l’international, en particulier au sein de cercles politiques conservateurs britanniques et américains. Mardi, Priti Patel, députée conservatrice britannique et ancienne ministre de l’Intérieur du Royaume-Uni, a rencontré plusieurs personnalités influentes à Washington. Active opposante à l’accord, elle a multiplié les publications sur sa page Facebook à l’issue de ces échanges.

Dans l’un de ses messages, elle évoque une « excellente réunion » avec le sénateur américain Tommy Tuberville, indiquant que les discussions ont porté sur ce qu’elle qualifie de « terrible Chagos surrender deal » du gouvernement travailliste britannique et sur la nécessité, selon elle, pour les États-Unis et le Royaume-Uni de renforcer leur coopération en matière de sécurité nationale face à des adversaires tels que la Chine et l’Iran. Elle affirme également avoir eu un échange « robuste et substantiel » avec Sarah Rogers au département d’État américain, abordant notamment le dossier des Chagos.

Priti Patel a par ailleurs intensifié ses critiques à l’égard du gouvernement de Keir Starmer, déclarant que ce qu’elle décrit comme une « reddition sur les Chagos » ne doit pas avoir lieu. Elle soutient qu’elle poursuivra ses démarches auprès de responsables et de figures politiques américaines afin de souligner, selon ses termes, le caractère « désastreux » de l’accord envisagé. Dans ses publications, elle avance également que la décision reviendrait à transférer un territoire britannique souverain et 35 milliards de livres sterling à « un allié de la Chine » — une affirmation démentie par le gouvernement britannique — et qu’un tel accord pourrait, selon elle, fragiliser la sécurité nationale du Royaume-Uni ainsi que celle de ses alliés, en particulier les États-Unis.

Elle rappelle enfin que le Parti conservateur s’oppose activement à cet accord et estime que celui-ci ne peut aboutir sans le soutien américain, laissant entrevoir une intensification du lobbying politique contre le traité.
 

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