Réponse de Navin Ramgoolam : le GM fait tout pour éviter une dégradation par Moody’s
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Alors que la note souveraine de Maurice frôle la catégorie spéculative, le gouvernement affirme renforcer ses actions pour préserver le statut d’investissement du pays. Il vise ainsi à éviter une dégradation aux conséquences économiques importantes. Mardi, au Parlement, le Premier ministre Navin Ramgoolam a répondu à une question du député Raviraj Beechook. Il a assuré que « le gouvernement fait tout pour empêcher une nouvelle dégradation » et rappelé que Maurice reste « sous la surveillance étroite de Moody’s ».
Dans son intervention, le chef du gouvernement a retracé l’évolution de la notation souveraine, attribuant la situation actuelle à « la mauvaise gestion économique et la gestion budgétaire irresponsable du précédent gouvernement ». Il a rappelé qu’en juin 2012, sous son administration, Moody’s avait relevé la note de Baa2 à Baa1 avec perspective stable. À cette époque, a-t-il précisé, « la dette publique représentait 59,5 % du PIB, soit moins de 60 %, comme recommandé par l’Union européenne ».
Selon lui, la situation s’est dégradée à partir de 2020, marquée par « un abandon manifeste de la discipline budgétaire prudente », ce qui a érodé la confiance dans la soutenabilité des finances publiques. Moody’s a ainsi procédé à une série de révisions à la baisse : changement de perspective à négative en avril 2020, abaissement à Baa2 en mars 2021, puis à Baa3 en juillet 2022, avant de ramener la perspective à négative en janvier 2025, soit « le niveau le plus bas de la catégorie investissement ».
Navin Ramgoolam a insisté sur la gravité de la situation : « Sur la base des seuls critères quantitatifs de Moody’s, nous aurions dû être rétrogradés en catégorie spéculative ». Face à ce risque, le gouvernement a lancé une série d’actions, dont l’envoi d’une délégation de haut niveau à Londres pour rencontrer les dirigeants de l’agence de notation. L’objectif était de présenter « notre plan de consolidation budgétaire et nos engagements en matière de réformes structurelles ».
Parmi ces réformes figure notamment celle des pensions, jugée « insoutenable » par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. « Ils avaient déjà tiré la sonnette d’alarme sous le précédent gouvernement, mais celui-ci a fermé les yeux », a affirmé le Premier ministre. Il estime que « nous avons évité la dégradation grâce à notre intervention et aux mesures audacieuses de consolidation budgétaire mises en œuvre ».
Il a par ailleurs détaillé les effets d’une éventuelle dégradation vers la catégorie spéculative. Celle-ci aurait provoqué « une baisse de la confiance des investisseurs », susceptible de ralentir les investissements directs étrangers ou d’entraîner des sorties de capitaux. « Cela aurait conduit à une dépréciation de la roupie, augmentant le coût des importations et les pressions inflationnistes », a-t-il expliqué.
Navin Ramgoolam a ajouté que « la réduction des investissements, l’augmentation des coûts et la dépréciation de la roupie auraient conduit à une baisse de la croissance économique ». De plus, une telle dégradation aurait affecté le système bancaire, en entraînant « une dégradation de la notation des banques commerciales », rendant les opérations internationales « plus difficiles et plus coûteuses ».
Le chef du gouvernement a insisté sur les effets directs pour la population : « Cela aurait eu des effets en cascade sur le pouvoir d’achat et le niveau de vie ». Il a notamment évoqué la sensibilité des dépôts non résidents à la notation souveraine, avertissant qu’« une dégradation pourrait déclencher d’importantes sorties de capitaux et déstabiliser le marché des changes », déjà sous pression.
Pour anticiper ces risques, le comité de coordination macroéconomique - regroupant le Bureau du Premier ministre, le ministère des Finances, la Banque de Maurice, Statistics Mauritius et l’Economic Development Board - « surveille étroitement l’évolution de la notation souveraine ». Il réalise également « des analyses de scénarios et des tests de résistance ».
Navin Ramgoolam a, par ailleurs, abordé la question de la notation par Standard & Poor’s (S&P), précisant que le contrat n’a pas été renouvelé en mars 2026. « En principe, la notation souveraine relève de la responsabilité du gouvernement à travers le ministère des Finances », a-t-il indiqué, rejetant les critiques évoquant un manque de transparence. Il a rappelé que la dernière notation de S&P, publiée en octobre 2025, situait Maurice à « BBB avec perspective négative, soit le niveau le plus bas de la catégorie investissement ».
Il a mis en avant les mesures engagées pour restaurer la discipline budgétaire et renforcer la crédibilité du pays. Il a notamment souligné que Maurice est devenu « le premier pays africain à atteindre le standard SDDS Plus du FMI », preuve, selon lui, d’un engagement accru en matière de transparence des données économiques. Le pays a également bénéficié d’une assistance technique du FMI sur le cadre de responsabilité budgétaire. « Toutes ces actions démontrent la ferme volonté du gouvernement d’ancrer la discipline budgétaire et de consolider la réputation de Maurice comme juridiction crédible de catégorie investissement », a-t-il déclaré.
Navin Ramgoolam a affirmé que le gouvernement poursuivra son programme de consolidation budgétaire afin de « réduire progressivement le déficit et la dette publique à des niveaux soutenables ». Il s’attachera également à « reconstruire l’économie et la placer sur une trajectoire de croissance plus élevée, avec des bénéfices partagés pour l’ensemble de la population ».