Repo Rate à 4,75 % : ménages, agriculteurs et syndicats craignent une nouvelle pression financière
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
La décision de la Banque de Maurice de relever le repo rate de 4,5 % à 4,75 % commence déjà à susciter des inquiétudes dans plusieurs secteurs de l’économie. Cette hausse de 25 points de base devrait avoir un impact direct sur les crédits et emprunts bancaires, avec des mensualités qui risquent d’augmenter pour de nombreux ménages, commerçants et entrepreneurs déjà fragilisés par la hausse du coût de la vie.
Si cette mesure vise principalement à contenir les pressions inflationnistes et à stabiliser l’économie, plusieurs acteurs estiment qu’elle risque surtout d’alourdir davantage la situation financière des Mauriciens.
Le secteur agricole figure parmi les premiers concernés. Pour Amarjeet Beegoo, la situation devient de plus en plus difficile pour les petits planteurs et les opérateurs.
« C’est un coup de massue pour nous. Comme le disent les Anglais, c’est ‘adding insult to injury’ », affirme-t-il.
Selon lui, les agriculteurs subissent une double pression économique. D’un côté, les coûts des intrants agricoles — engrais, pesticides, semences et carburant — continuent de grimper sous l’effet de l’inflation et de la dépréciation de la roupie et de l’autre, la hausse du repo rate qui entraînera une augmentation des intérêts sur les prêts bancaires.
« Dans cette conjoncture, les moyens de subsistance des agriculteurs sont indéniablement affectés. Les intérêts sur les emprunts vont augmenter, mais les agriculteurs ont peu de marge de manœuvre sur les prix de vente de leurs produits », explique-t-il.
Amarjeet Beegoo souligne que de nombreux planteurs ayant contracté des prêts pour financer l’achat de camions ou d’équipements agricoles devront absorber des mensualités plus lourdes.
« Ils devront puiser dans leurs économies. C’est un coup dur en cette période de crise », dit-il.
Il rappelle qu’en 2025, les petits planteurs avaient déjà été affectés par la hausse de la Road Tax sur certains camions, représentant selon lui une augmentation pouvant atteindre Rs 300 000.
Pour Amarjeet Beegoo, les conséquences dépasseront largement le seul secteur agricole et toucheront aussi les commerçants et les particuliers.
Pour Salim Muthy, cette décision risque d’aggraver une situation sociale déjà préoccupante. Selon le travailleur social, les autorités auraient dû adopter une approche plus réfléchie avant de relever le taux directeur.
« La frustration est énorme. La classe moyenne devient de plus en plus pauvre », affirme-t-il, tout en attirant l’attention sur le nombre croissant de personnes confrontées à des difficultés financières et de logements mis en vente à la barre.« Kan nou get kantite dimounn ki lor lalis lavant a la bar, sa interpel nou. Ena 40 lakaz ek plis ki 2 000 dimounn. Se enn sitiasion alarman. Pa pe met lame dan pos selman, me pe defons pos dimounn si », dit-il.
Salim Muthy estime que face aux tensions géopolitiques et à la crise énergétique, plusieurs pays ont choisi des approches plus protectrices envers leurs populations. « En Europe, on a trouvé des plans de sauvetage pour ne pas pénaliser la population. Ici, on nous parle de mesures pour prévenir l’inflation alors que le peuple souffre déjà », soutient-il.
Salim Muthy demande des mesures de soutien plus importantes afin d’éviter une aggravation de la précarité économique.
« Je lance un appel au Premier ministre pour un plan de sauvetage. Sinon nous allons assister impuissants à la fermeture des petites entreprises et à l’appauvrissement de certaines couches de la société », dit-il.
Du côté syndical, Reaz Chuttoo de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) estime que d’autres options auraient pu être envisagées avant de procéder à une hausse du taux directeur.
Selon lui, les autorités auraient pu réfléchir à des mesures visant à réduire légèrement la consommation de certains produits afin de limiter la pression sur les devises étrangères.
Le syndicaliste craint surtout un effet boule de neige sur les finances des ménages déjà confrontés à l’inflation et à l’érosion du pouvoir d’achat.
« Cette hausse est une pression supplémentaire pour les ménages et individus qui ont contracté un emprunt. Les banques auraient dû faire un ‘capping’ de ces emprunts. Déjà avec les hausses dans les prix des carburants et de l’alimentation, les choses seront plus difficiles pour de nombreuses familles », soutient-il.
Cette inquiétude est également ressentie au sein de nombreux foyers mauriciens. H. E. C., un habitant de Port-Louis âgé d’une cinquantaine d’années ayant requis l’anonymat, explique que chaque hausse du repo rate fragilise davantage les familles déjà confrontées à une accumulation de dépenses.
« Nous avons contracté un prêt logement sur 25 ans et chaque hausse du repo rate fragilise davantage notre budget. Dans un foyer reposant sur un seul salaire, chaque augmentation devient une épreuve supplémentaire », confie-t-il. Selon lui, le problème dépasse largement le simple cadre des emprunts bancaires.
« Toutes les charges augmentent en parallèle et il devient presque impossible d’épargner. Chaque fin de mois est un exercice d’équilibre », explique-t-il. Pour ce chef de famille, la classe moyenne se retrouve aujourd’hui particulièrement exposée, prise entre stagnation des revenus et hausse continue des dépenses.
« Derrière chaque décision économique, il y a aussi des familles, des choix difficiles et parfois des renoncements. Aujourd’hui, chaque roupie compte », conclut-il.
Malgré ces inquiétudes, la Banque de Maurice considère cette mesure comme nécessaire afin de maintenir la stabilité monétaire et limiter les risques inflationnistes dans l’économie locale.