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Réouverture des frontières : le tourisme réunionnais encore très timide

Entre janvier et septembre, 179 Réunionnais sont venus à Maurice.

À combien se chiffre le nombre de Réunionnais parmi les quelque 42 000 étrangers venus à Maurice depuis la réouverture des frontières ? « Presque insignifiant », répond Saddhanand Jugessur, directeur de La Vigie Guest House, à Curepipe. Deux raisons à cela : la crainte du variant Delta à Maurice et le coût du dépistage pour le retour à La Réunion.

Depuis la fermeture des frontières en mars 2020, comme l’ensemble du secteur hôtelier, La Vigie Guest House est à l’arrêt. Sa clientèle, essentiellement des retraités de l’île de La Réunion, est restée confinée. Et avec une situation pandémique plus grave à La Réunion, celle-ci a dû attendre la grande réouverture des frontières à Maurice pour y envisager des vacances. 

« Mais à Maurice, la présence du variant Delta leur fait peur, d’autant qu’il faut qu’ils fassent le test PCR à 50 euros (Rs 2 500) à Maurice pour être autorisés à rentrer à La Réunion. Comme ce sont des retraités, ça fait cher », fait ressortir Saddhanand Jugessur. 

Billets d’avion et hébergement

Certes, ce sont des clients qui avaient déjà réservé et leurs billets d’avion et l’hébergement à La Vigie Guest House. 

« Mais aujourd’hui leur budget a augmenté car il leur faut prendre une assurance tous risques, qui inclut les frais de santé à Maurice s’ils sont contaminés par la Covid-19, c’est très compliqué pour eux. Il y a aussi beaucoup de formulaires à remplir pour établir le ‘contact tracing’. Aussi préfèrent-ils attendre que la situation devienne plus saine », poursuit le directeur de La Vigie Guest House. 

En temps normal, c’est son fils Ashvin qui se rend deux fois à La Réunion, chaque mois, afin de se mettre en contact avec les associations, mairies et radios pour les publicités. 

« Il faut obligatoirement faire le marketing sur place pour ce profil de vacanciers, dit-il. Ils ne font pas confiance à la communication digitale. Ils veulent le contact physique. Puis, avec les radios, il faut tout vérifier sur place. C’est comme ça que nous avons pu établir la confiance avec tous les partenaires au fil des années. » 

Segment

Ce segment de touristes est à distinguer de la grande masse des vacanciers habitués des hôtels et du shopping sur le littoral. « C’est un tourisme ‘low-cost’, âgé entre 40 et 60 ans, qui fait son shopping dans les foires et mange des ‘dholl puri’. Il fait attention à ses dépenses car son budget est limité. Il aime beaucoup les plages, les activités nautiques et achète des vêtements de marque qui sont moins chers à Maurice. Comme tous les autres vacanciers, il aime l’accueil des Mauriciens. Ceux qui veulent vraiment partir en vacances sont plus jeunes et ils vont souvent en Europe », fait valoir Ashvin Jugessur.

S’agissant de vacanciers réunionnais actuellement à Maurice, il fait remarquer que ce sont en majorité des couples mixtes mauriciens-réunionnais qui sont hébergés par leurs proches à Maurice. « À ce titre, nous ne pouvons pas parler de reprise sur ce marché. Les Réunionnais sont bien informés sur la situation de la pandémie à Maurice, mais leur crainte n’est pas si justifiée que ça. Car d’autres touristes arrivent chaque semaine. Je pense qu’ils ne sont pas au courant des campagnes sanitaires entreprises à Maurice. Puis, certains médias mauriciens brossent un tableau très sombre de la situation. Il leur faut un discours qui les rassure tout en ne dissimulant pas la vérité, sinon de retour chez eux, ils vont tout raconter. » 

Événementiel

Face à une situation économique très difficile, la direction de La Vigie Guest House a dû rivaliser d’ingéniosité. Depuis 2020, au plus fort de la pandémie, Saddhanand Jugessur et son fils ont dû se lancer dans l’événementiel. « Nous avions déjà des contacts dans différents domaines à Maurice, il nous fallait juste examiner cette activité et les coûts, dit Ashvin Jugessur. Comme ce secteur est devenu très compétitif, nous avons choisi de travailler sur des petites marges de bénéfices. » 

Pour son père, l’enjeu est de tenir le coup en attendant les prochains mois de 2022. 

« La relance a donné un véritable espoir mais, dans l’immédiat, pour attirer les Réunionnais, les laboratoires mauriciens devraient revoir à la baisse le coût des tests PCR, en recherchant le soutien du gouvernement. » 

Entre-temps, il lance un appel au gouvernement et aux collectivités locales pour entreprendre des travaux de rénovation des places publiques, dont les trottoirs et accès aux parcs de loisirs et lieux de pèlerinage. « Des associations regroupant les personnes porteuses de handicap ne peuvent pas venir à Maurice parce qu’elles savent que ces endroits ne leur sont pas accessibles. Mais il y a aussi des toilettes publiques, des restaurants et commerces. »

Saddhanand Jugessur rappelle que ce sont des personnes qui ont les moyens de dépenser à Maurice. « Si nous voulons vraiment diversifier notre clientèle touristique, il faut à tout prix rendre accessibles ces endroits à potentiel touristique. Sans oublier la nécessité de rendre plus visibles les petits opérateurs comme nous car depuis la pandémie, les voyageurs ont vu l’érosion de leur pouvoir d’achat et parfois ils préfèrent les petits hôtels aux palaces. »

Comparaison des arrivées en provenance de La Réunion

  2020 2021
Janvier  18 217  30
Février 4 622  11
Mars  7 666  5
Avril 0 0
Mai  0 5
Juin 0 0
Juillet  0 32
Août  3 59
Septembre 9 37
Janvier-septembre 30 517  179
Source : Statistics Mauritius
 

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