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Renvoi de l’assemblée générale annuelle : les sanctions réclamées contre le «board» de la SBM

L’assemblée générale annuelle prévue le 23 juin a été reportée.

L’argument d’un « problème technique » avancé par la SBM pour justifier le renvoi de l’assemblée générale annuelle ne convainc pas. Des sanctions sont réclamées conte le président de la SBM Holdings. 

Du jamais-vu ! Constat de divers professionnels du secteur bancaire après le renvoi de l’assemblée générale annuelle de la State Bank of Mauritius (SBM) Holdings – suivant les protestations de certains actionnaires minoritaires –, initialement prévue le jeudi 23 juin. Le président du conseil d’administration, Sattar Hajee Abdoula, s’est justifié en évoquant « des problèmes techniques ayant surgi au cours de la convocation ». Sauf que cette explication ne convainc pas.

Les questions prévues sur les prêts rayés totalisant Rs 12,8 milliards auraient-elles motivé la décision du Chairman ? Cette affaire a été soulevée par le député du MMM, Aadil Ameer Meea, à l’Assemblée nationale lors des débats budgétaires.

Ce qui est sûr, c’est que ces prêts à des étrangers ne laissent pas indifférent Bissoon Mungroo, actionnaire minoritaire de la SBM. C’est une somme qui donne froid dans le dos, fait-il ressortir. « Les biens des Mauriciens sont saisis pour le non-remboursement de prêts de l’ordre de Rs 50 000 ou de Rs 100 000. Là, on parle de prêts de Rs 12,8 milliards à des étrangers. Comment se fait-il que le comité de crédit et le board de la SBM ferment les yeux sur une telle chose ? » se demande-t-il. 

Afin d’obtenir des réponses à ses questions, Bissoon Mungroo attend de pied ferme la prochaine assemblée générale annuelle de la SBM. Il fait, dans la foulée, remarquer que le Chairman de la SBM Holdings n’aurait pas présenté d’excuses pour le renvoi de l’assemblée générale annuelle. 

Sollicité pour une réaction, un professionnel comptant plusieurs années d’expérience sur des comités soutient que c’est inacceptable. « Sattar Hajee Abdoula touche Rs 7,6 millions par an. Un bon Chairman doit respecter les actionnaires. Une telle chose ne s’est jamais produite à la SBM. C’est une honte à la profession et il doit être sanctionné », martèle-t-il. 

D’ajouter que le Registrar of Companies doit vérifier s’il y a eu maldonne. De plus, dit-il, le Financial Reporting Council doit poser les questions appropriées au Chairman de la SBM Holdings. « Il y a eu violation de la loi, qui plus est par une compagnie cotée en Bourse. »

Bissoon Mungroo va plus loin. C’est le comité en entier qui devrait démissionner. Il fait remarquer que des gens qui ont été licenciés par d’autres banques ont été recrutés par la SBM et sont payés des sommes exorbitantes.  

En chiffres
Bénéfice de l’exercice provenant des activités poursuivies
2021 Rs 1,7 milliard
2020 Rs 1 milliard
Total des actifs
2021 Rs 357,7 milliards 
2020 Rs 288 milliards
Prêts et avances bruts à des clients non bancaires
2021 Rs 145,1 milliards
2020 Rs 135,6 milliards
Résultat d’exploitation
2021 Rs 11,8 milliards
2020 Rs 11,2 milliards
Perte de valeur nette sur les actifs financiers
2021 Rs 2,5 milliards
2020 Rs 3,8 milliards

 

Honoraires des membres du conseil d’administration
Nom des directeurs SBM Holdings Autres subsidiaires
Sattar Hajee Abdoula Rs 3,31 millions Rs 4,3 millions
Jean Paul Emmanuel Arouf Rs 660 000 Rs 1,3 million
Andrew Bainbridge - Rs 1,4 million
Maxime Hardy - Rs 20 000
Shakilla Bibi Jhungeer Rs 720 000 Rs 810 000
Kee Chong Li Kwong Wing - Rs 20 000
Varun Krishn Munoosingh Rs 470 000 -
Roodesh Muttylall Rs 420 000 Rs 1,7 million
Sharon Ramdenee Rs 780 000 Rs 340 000
Visvanaden Soondram Rs 470 000 Rs 1,7 million
Subhas Thecka Rs 770 000 Rs 80 000

 


Questions à… Nassir Ramtoola, actionnaire minoritaire de la SBM « Le plus gros problème a été résolu à moitié »

La SBM aurait perdu plus de Rs 10 milliards en quatre ans sous forme de prêts rayés. Quelle est votre réaction en tant qu’actionnaire de la banque ?
Dans un passé pas trop lointain, la SBM a peut-être voulu emboîter le pas à la MCB en se focalisant davantage sur des prêts transfrontaliers, connus comme le Segment B Business. Cependant, je pense qu’à cette époque, la SBM n’avait pas les ressources et la compétence pour le faire. Ce qui a coûté des milliards à la banque et donc aux actionnaires. 

Il y a eu trois gros prêts défectueux avec un conglomérat kenyan, une entreprise de Dubaï et une autre entité des Émirats arabes unis listée sur la bourse londonienne. À la suite de ces trois cas, la direction a décidé d’adopter une approche plus prudente dans ce segment. Cela a entraîné une baisse du pourcentage du portefeuille des emprunts Segment B de 21 % en 2019 à 12 % en 2021. 
Je pense qu’il y aura, de ce fait, une amélioration au niveau des pertes liées aux créances douteuses, déjà ressentie en 2021.

L’insistance du président de SBM Holding pour la tenue de l’assemblée générale annuelle la semaine dernière en dépit des contestations a-t-elle un rapport avec une question sur ces prêts rayés qui devait être évoquée ? 
Certes, que ce soit au niveau du Company Secretary ou du conseil d’administration, il y a eu une mauvaise décision de maintenir l’assemblée annuelle de SBM Holdings sachant que les obligations sous le Company’s Act n’ont pas été totalement respectées. Cependant, je ne pense pas que cela soit en rapport avec les prêts rayés. Au contraire, il me semble que les mauvaises dettes et les transactions 
ont diminué. 

Quant aux mauvaises décisions, il y en a eu à la SBM, comme dans d’autres entreprises. L’on ne peut pas dire que cela a été sous tel ou tel régime, mais parfois l’ampleur nous interpelle. En général, on peut toujours poser des questions lors des assemblées. 

Je me rappelle que lorsque Monsieur Reddy était le président de SBM Holdings, un investissement de Rs 7 milliards – deux fois ce que la MCB avait dépensé – avait été consenti pour un système informatique qui apparemment n’est pas « value for money ». J’avais soulevé la question dans une assemblée. 

Les protagonistes que vous avez mentionnés en lien à ces prêts rayés sont donc des étrangers. La SBM serait-elle perçue par les étrangers comme un prêteur facile ? 
Ces types de clients essaient de faire la même chose avec plusieurs banques et dans plusieurs pays. Il faut toujours se méfier et se demander, par exemple, pourquoi une entreprise listée en Bourse à Londres a besoin des fonds d’une « petite » banque mauricienne. 

Il faudrait cependant faire attention à ne pas entrer dans des types d’affaires où la banque manque de compétences. Le plus gros problème de la SBM a été résolu à moitié. 

Les gros prêts transfrontaliers ne sont plus d’actualité. Le comité de crédit était auparavant composé d’administrateurs non-exécutifs qui n’étaient pas nécessairement des experts en la matière. J’ai appris que ce n’est plus le cas. Le recrutement de Monsieur Gufflet par la SBM va, je l’espère, permettre à la banque de mieux exploiter le Segment B business. C’est de bon augure pour la suite. 

Toutefois, il convient de poser la question de savoir si la banque continuera dans cette voie. La SBM dispose d’une équipe de management très jeune. J’espère que le comité de crédit ne sera pas trop agressif ou naïf. Il faut avoir un certain niveau de « check and balances » au niveau du groupe. 

Ce qu’il faudrait, c’est trouver un juste équilibre, car la banque est un business à risque où il y aura toujours des pertes liées aux emprunts.

 

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