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Renganaden Padayachy, ministre des Finances : «Nous investissons dans une île Maurice moderne» 

Renganaden Padayachy

Maurice est au seuil du statut de pays à revenus élevés, explique Renganaden Padayachy. Mais ce n’est pas une fin en soi. Dans le premier entretien qu’il accorde à la presse écrite, le ministre des Finances évoque les enjeux auxquels le pays est confronté dans un monde en constante mutation et où le succès dépendra de notre capacité à nous adapter. 

Vous avez pris le risque de démissionner de votre poste de no 2 de la Banque de Maurice pour vous engager dans la politique. Un pari qui s’est révélé payant puisque vous êtes aujourd’hui le ministre des Finances. Comment vivez-vous cette nouvelle vie ?
Je n’ai jamais considéré mon engagement comme un pari. Se mettre au service est le devoir de n’importe quel citoyen. C’est effectivement un honneur de servir son pays. Je le fais avec modestie, tout en restant fidèle à mes idées et à mes convictions.   

Vos prédécesseurs, Rama Sithanen et Xavier-Luc Duval, sont considérés comme des technocrates et des pro-libéraux, tandis que Pravind Jugnauth est plus un centre-gauche. Où vous positionnez-vous ?
Je ne sais pas si le Premier ministre se réclame de la mouvance que vous citez. En revanche, je peux vous dire que mon action politique s’inscrit dans la philosophie portée par Pravind Jugnauth depuis qu’il a pris les rênes du pays. Quelle est-elle ? Elle consiste à placer l’être humain au cœur de notre stratégie de développement. 

Maurice est parvenu à ce niveau de développement grâce aux efforts de sa population. Nous devons donc continuer à créer le climat nécessaire pour permettre l’épanouissement de toutes les parties prenantes de notre société. De l’entrepreneur au consommateur, il faut que chacun se sente en confiance. Nous nous évertuerons à construire un écosystème favorable au développement de tous les acteurs socioéconomiques. C’est comme cela que nous parviendrons à réaliser les ambitions que nous nous sommes fixées pour le pays.

Quel sera votre style en tant que « Renganaden Padayachy, le Grand argentier » ? 
Faut-il avoir un style Padayachy ? Je pense que la définition du style est secondaire. Le plus important est de réussir la mission qui nous a été confiée par le peuple. C’est cela la priorité. C’est aussi ma priorité. Je me suis déjà attelé à la tâche. 

Si vous devez construire une maison, vous devez emprunter, à moins de disposer d’importantes réserves. C’est également le cas pour un gouvernement. Nous investissons dans l’avenir.»

Vous succédez à Pravind Jugnauth qui a marqué les esprits lors de son passage aux Finances. Quel est votre état d’esprit ? 
Vous avez raison de souligner le fait que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, ait marqué les esprits durant son mandat au Trésor public. Plusieurs décisions majeures ont été prises. Il n’y a plus besoin de les rappeler désormais. Les bases ont été jetées. Une dynamique a été créée. Le travail continue avec bien évidemment des stratégies à mettre en place pour améliorer la résilience de notre économie face à de nombreux défis. Des défis qui aujourd’hui transcendent la simple sphère économique. 

Prenons l’exemple du changement climatique. C’est un enjeu majeur. Pour y faire face, nous devons élargir notre champ de réflexion et non se limiter au cadre environnemental. Idem pour la géopolitique qui nous impose également de nouveaux défis. Le monde est en constante mutation et nous devons nous adapter. Ce n’est pas à travers des actions isolées que nous réussirons. La nouvelle île Maurice a besoin de la participation de tout le monde. Nous devons donc coordonner nos actions pour un meilleur impact. 

Votre première mission en tant que ministre des Finances a été de couper la poire en deux sur la question de la compensation salariale. Comment se sont déroulées les négociations ? 
Tous les partenaires ont travaillé en bonne intelligence. Ce qui nous a permis d’aboutir à ce résultat. Je dois saluer la volonté de tous ceux qui étaient autour de la table de discussion et cette capacité à surmonter nos différences. Avoir des perspectives différentes ne signifie pas que nous ne pouvons pas regarder dans la même direction. 

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement a pris une série de mesures sociales : la hausse de la pension de vieillesse, celle pour les veuves et les orphelins, ainsi que le paiement du boni de fin d’année aux policiers et aux gardiens de prison. Comment le gouvernement compte-t-il financer ces mesures budgétivores ? 
Comme en 2014, le gouvernement de l’Alliance Morisien a tenu à respecter les engagements pris auprès de la population. Les gens savent que Pravind Jugnauth « means business ». Cela a été prouvé une fois de plus dès l’installation du gouvernement au pouvoir. C’est un fait que les dépenses sont financées à partir des revenus. La dynamique de croissance crée des marges de manœuvre. Nous devons donc maintenir, voire accélérer cette dynamique afin de générer davantage de revenus. Sur ce plan, vous pouvez faire confiance au gouvernement. Nous agissons dans les normes et nous veillerons à la bonne marche de notre économie. 

Avec l’augmentation de la pension de vieillesse et la révision du salaire minimum, le pouvoir d’achat du Mauricien s’est considérablement amélioré. Ce qui aura une incidence sur la consommation. En tant que macro-économiste, avez-vous fait des projections sur l’impact que cela aura sur la croissance ?
La croissance est la résultante d’un ensemble de facteurs. La consommation en fait partie. Au lieu de chercher à opposer les facteurs, il serait plus avisé de concentrer nos efforts sur des analyses productives. Par exemple, je peux vous dire que des recherches ont démontré qu’une hausse d’un point de pourcentage de la consommation augmenterait la croissance économique de 0,56 point. 

Pour mieux appréhender l’impact de la consommation, il est conseillé de faire un retour en arrière, soit en 2009, lorsque nous avons assisté à un important recul du taux de consommation. De 6 % en moyenne durant la période d’avant la crise, le taux avait lourdement chuté à 2,6 % après la crise. Ce qui n’a pas été sans conséquence. 

Faut-il encore le rappeler : tout est une question de confiance. La crainte pousse les consommateurs à repousser leurs décisions d’achat tout comme l’investisseur reporte sa décision d’investissement. Nous devons donc agir à la fois sur l’offre et sur la demande. Il ne faut pas oublier que les nombreux projets en chantier et qui voient le jour à l’instar du Metro Express ou encore la modernisation infrastructurelle auront des retombées positives sur notre économie à moyen et long termes. 

Le travail continue avec bien évidemment des stratégies à mettre en place pour améliorer la résilience de notre économie face à de nombreux défis.»

Vous êtes de ceux qui pensent que l’endettement est justifié aussi longtemps que la dette est constructive, soit quand elle sert au progrès socioéconomique. Cela dit, jusqu’à quel niveau la dette publique est-elle soutenable ?
Vous l’aurez certainement constaté ; Maurice est un chantier. Ces projets qui champignonnent à travers l’île depuis 2015, il faut les financer. Comment on le fait ? Si vous devez construire une maison, vous devez emprunter, à moins de disposer d’importantes réserves. C’est également le cas pour un gouvernement. Nous investissons dans l’avenir. C’est un choix réfléchi. Nous sommes en train d’investir dans une île Maurice moderne. C’est aussi un moyen d’améliorer la compétitivité du pays. 

La soutenabilité de la dette est prise en compte lorsque nous prenons des décisions d’investissement. Nous sommes d’ailleurs sous la loupe des institutions multilatérales. Il y a aussi les agences de notation internationales qui veillent au grain. 

Vous avez mené des études poussées sur la pauvreté. On sait qu’il y a encore quelques années, on comptait 229 poches et plus de 30 000 ménages vivant dans le plus grand dénuement. Quelle est la stratégie du gouvernement pour faire reculer la pauvreté durant le présent quinquennat ?
Nous sommes passés d’une situation où la fiscalité non progressive sur les ménages avait été alourdie à un environnement où les plus vulnérables de notre société reçoivent toute notre attention. Nos actions en témoignent. Faut-il encore les rappeler ? Nous ne sommes plus dans la théorie du ruissellement qui a été à l’origine du creusement des inégalités entre 2006 et 2014. À l’époque, le coefficient de Gini avait crû, passant de 0,38 à 0,41. Le salaire minimum, l’impôt négatif et le soutien accordé aux plus démunis, entre autres, fait partie d’un agenda très clair : placer l’humain au centre du développement économique. 

Durant la campagne électorale, les politiques n’ont pas beaucoup évoqué le ralentissement de l’économie mondiale et les craintes d’une récession qui sont réelles. Comptez-vous mettre en place une cellule pour étudier de près la situation à l’international ?
Nous avons pleinement conscience que Maurice est tributaire de la situation globale. Il est donc impérieux de faire preuve de vigilance et de suivre constamment l’évolution de l’économie mondiale. Nous ne pouvons prétendre influer sur les grandes tendances internationales, mais nous pouvons nous préparer à faire face et à relever les défis qui nous guettent. 

Selon les projections, Maurice devrait atteindre le statut d’économie à revenus élevés vers 2023. Sommes-nous sur la bonne voie ?
Je peux vous dire que nous sommes au seuil du statut de pays à revenus élevés. Cela dit, y parvenir n’est pas une fin en soi. C’est ce que nous ferons qui est plus important. 

Envisagez-vous de déménager comme vous l’aviez promis en cas de victoire aux législatives ? 
Je me suis engagé à pratiquer une politique de proximité. C’est ce que je fais depuis mon élection tout en m’acquittant de mes responsabilités ministérielles. Je continuerai donc à être à l’écoute de mes mandants. Je respecterai certainement mon engagement de me rapprocher davantage de ceux qui m’ont élu. 

Un dernier mot pour terminer…
Je citerai Thich Nhat Hanh (un maître spirituel de renommée mondiale ; NdlR) : « Parce que vous êtes en vie, tout est possible ! »

 

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