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Religion et argent : d’où proviennent les financements des organisations religieuses ?

Religion et argent

La construction d’une église à Coromandel, évaluée à des dizaines de millions de roupies, relance le débat sur la religion et  l’argent. Le Défi-Plus a posé la question à des sociétés religieuses et à des associations socioculturelles. Selon leurs dirigeants, la principale source d’argent provient des contributions des membres et des donations de fidèles et de sponsors. La provenance financière venant de l’étranger reste un tabou.

Église universelle : le coût du bâtiment gardé secret

universelle

Le bâtiment ne laisse personne insensible, surtout les automobilistes qui passent devant l’Eglise Universelle de Coromandel. Ce bâtiment, au coût estimé à Rs 90 M, érigé dans un passé pas trop lointain, était devenu le Talk of the Town de la localité et les habitués du coin. « Bel batiman sa boukou kass ena ladan », laisse entendre un passant. Nous avons sollicité des membres pour connaître le fonctionnement de l’organisation. « Pli to done pli to gagn benediksion », affirme un des membres. Un fidèle nous explique que l’église parvient à convaincre les gens pour apporter leur soutien financier.   

Nous avons sollicité la direction de l’Église Universelle. Elle avance que l’église s’alimente de donations et de dons des membres. Elle compte un Financial Board pour la transparence. Dans tous les pays, des comptes des églises universelles adoptent un système rigoureux pour la bonne gestion des fonds. L’église compte également un département d’audit pour veiller au grain les dépenses quotidiennes. « Il y a des audits indépendants tous les ans et nous opérons selon les règlements fiscaux de Maurice », dit-on. L’église contribue aussi dans le social, en s’assurant que les adeptes bénéficient des conditions appropriées et offre un « stipend » mensuel aux pasteurs, qui offrent leurs services de manière volontaire. 

Pli to done pli to gagn benediksion»

Interrogé sur les subventions de l’État, l’Église Universelle affirme ne pas en avoir besoin, ni en avoir sollicité. 

Le Défi-Plus a sollicité la direction de l’église pour des éclaircissements et précisions. Ci-dessous les explications :

Quelles sont les procédures pour devenir membre de l'organisation ?
Il n’y a pas de procédure formelle. Notre porte est ouverte à tous ceux en quête de spiritualité. Quiconque veut consolider sa foi chrétienne est bienvenu pour assister aux réunions et sessions de prières. Nos membres peuvent contribuer financièrement de manière volontaire ou en apportant leurs savoir-faire, comme le veut le Saint-Esprit.

Le bâtiment abritant l’église est estimé à environ Rs 90 millions. Si oui, d’où provient ce financement ?
Le coût des projets est du ressort de l’International Board of the Universal Church et il est « on public record ». Mais il ne peut être dévoilé par le responsable local. Le financement de nos projets provient des contributions faites par les membres de l’église. 

Des gens nous ont approchés pour nous informer qu'ils auraient vendu leurs biens, pour ensuite le verser à l’église….
Est-ce une question ? Vous nous demandez de vérifier cette information ? L’Église Universelle ne connaît pas la provenance de fonds reçus en donation. Personne n’est obligé de faire des donations. La Bible contient les lignes directrices sur la dîme. Mais le côté spirituel de faire des donations est une relation personnelle entre la personne et Dieu. C’est une question de foi. Les gens qui croient en Jésus peuvent choisir à faire des donations mais la direction n’est pas au courant de l’identité des bienfaiteurs et de ce qu’ils nous offrent. 

Comment gérez-vous les fonds?
Vu que nous gérons l’argent du public, l’Église Universelle dispose d’un comité des finances. Le Board est nommé par le Board de l’Église pour assurer la « accountability » et la transparence. Dans tous les pays où l’Église Universelle est présente, nos fonds sont gérés selon aux règlements de l’organisation par rapport à l’allocation des fonds là où c’est nécessaire.

L’Église Universelle a un département Internal Finance and Audit qui supervise les opérations quotidiennes. Nos comptes sont audités chaque année par des auditeurs indépendants. L’Église Universelle se conforme à tous les « statuory and fiscal requirements » des autorités mauriciennes.

Les fonds sont utilisés pour financer des projets dans sous l’Extensive Social Responsibility. Nous offrons également un endroit pour prier (église), avec la meilleure logistique. Nous offrons aussi une allocation mensuelle aux pasteurs.

Bénéficiez-vous des subventions de l’État ?
Nous ne réclamons pas l’aide de l’État, et ce n’est pas nécessaire.


Reportage à l'Eglise Universelle : «Une offrande sans limite afin que Dieu puisse faire de grandes choses»

Lors de notre enquête, nous avons assisté à une session de prière officiée par l’un des représentants de l’Église Universelle, dont le siège est à Coromandel. Nous avons assisté à la session de vendredi matin. La réunion, qui se déroulait dans une petite salle située à côté de l’auditorium, avait duré approximativement une heure. Vers la fin, le pasteur a exhorté aux fidèles de « donner sans limites afin que Dieu puisse faire de grandes choses dans leur vie ».

Les chaises rouges étaient parfaitement rangées. Des «  ouvriers » (Ndlr : qui sont des bénévoles), habillés en blanc et noir, canalisaient les fidèles vers les sièges. Des flacons d’huile « bénie », des enveloppes, des bulletins étaient soigneusement disposés sur la table sur laquelle il y avait le microphone et un appareil électronique pour effectuer des virements bancaires... 

Vers 10 heures tapantes, la prière débute… en chanson ! Minute après minute, les quelque 200 à 300 fidèles présents se laissent envahir par les paroles. La session de prière se déroule sous l’œil vigilant des « ouvriers ». Si certains entrent graduellement en transe, d’autres se retiennent. La session est entièrement enregistrée par Le Défi Plus. « Nous allons prier pour que Dieu vous délivre… Nous sommes ici pour lutter contre et arracher ce mal… Levez les mains tout le monde… Répétez après moi : délivrez nous du mal, des ténèbres, des vices, de la pornographie et de la sorcellerie… Si vous croyez, dîtes Amen… », lance le prêcheur. 

Après environ cinq minutes, commence « la prière de délivrance ». Les fidèles sont priés de fermer les yeux tout en plaçant la main, en croisant les doigts) sur leurs coudes et « penser aux blocages dans leurs vies ». Certaines personnes n’arrivent pas à « détacher » leurs mains. D’autres pleurent… « Ena kiksoz p atas mwa… », dira l’une d’elle. 

Le prêcheur lance sans cesse : « Esprit du mal, sort de cette personne. Manifeste-toi… Sors de là maintenant esprit du mal… Feu sur toi le diable… Abandonnes la vie de cette personne ».

« Offrandes sans limite »

La session de prière devient intense. Une chanson éclate. Le prêcheur demande ensuite à ceux présents à « donner sans limite ». « Nous avons dit que vous, peuple de Dieu, vous n’avez pas de limites. Vrai ou faux ? La majorité d’entre vous êtes sortis des griffes du diable. Vrai ou faux ?

Beaucoup de personnes avec des problèmes ont dépassé leurs limites. Nous allons vous donner une enveloppe afin que vous puissiez faire une offrande sans limite afin que Dieu puisse faire de grandes choses dans vos vies. Nous allons vous donner un bout de ruban que vous allez attacher autour de votre poignet et ce n’est que lors de la session de ce dimanche que vous allez l’enlever. Cela, afin de démontrer que vous n’avez aucune limite dans vos vies », a-t-il demandé aux fidèles. 


Vente de CD et « la meilleure offrande » réclamée

Le pasteur a annoncé que le dimanche qui suit une prière sera dite pour délivrer des personnes des vices… « Mais avant de partir, si vous en avez, je vous demanderai de donner la meilleure offrande que vous ayez en votre possession car cela va beaucoup aider », dit-il. 

Saisissant la balle au bond, le pasteur a aussi demandé aux intéressés d’acheter le CD des cantiques de l’église au coût de Rs 100. « Si vous avez Rs 100 ou plus, et si vous voulez donner, alors venez devant et les « ouvriers » vont passer avec les sacs d’offrandes. Le fait d’écouter ces chansons vous aidera beaucoup à la maison », a-t-il ajouté.


Hindu House : Aucune subvention reçue

hindu house

La Hindu House ne reçoit aucune subvention du gouvernement. Son président Veerendra Ramdhun indique que les 3 000 membres de la Hindu House contribuent pour le bon déroulement des temples et bureaux à Triolet, Port-Louis et Grand-Bassin. « On n’a pas beaucoup de temples, mais des branches un peu partout à travers le pays et ce sont les membres du personnel eux-mêmes qui s’assurent du bon déroulement des choses » indique-t-il. Veerendra Ramdhun souligne que l’organisation ne reçoit aucune donation. « On a déjà fait une demande, mais cela a été refusé. Pour les autorités concernées, si la Hindu House reçoit des subventions, les autres sociétés vont aussi faire une demande et cela aurait soulevé des problèmes », explique-t-il. « Les membres apportent leurs contributions et nous ne sommes redevables à personne », fait-il comprendre.  


La MSDTF reçoit Rs 19 M par an

La Mauritius Sanathan Dharma Temples Federation (MSDTF) reçoit Rs 19 millions par an avec la hausse de 10 % qu’elle vient de recevoir dans le dernier Budget. Le président de l’association Rajendra Ramdhean explique qu’il faut partager cette somme parmi 285 temples à travers le pays. « Deux ou trois jours après avoir reçu l’argent, 80 % à 85 % de cette somme sont répartis dans les temples », indique-t-il. 

Rajendra Ramdhean affirme que l’argent n’est pas suffisant car il faut payer les prêtres et entretenir les temples. « On doit rémunérer les prêtres. Il faut aussi régler les factures d’électricité. Les temples organisent aussi plusieurs activités et cela à un coût. Il ne faut pas oublier que les temples enseignent des valeurs et c’est le pays qui en sort gagnant », dit-il.

En ce qui concerne les donations, Rajendra Ramdhean souligne qu’ils en reçoivent peu. En ce moment, il y a aussi un collège qui doit être géré. « Les membres de l’association doivent puiser de leurs salaires pour pouvoir faire fonctionner le collège », explique-t-il. L’association est en train de voir s’il faut encore demander une hausse du subside qu’accorde le gouvernement.

Somduth Dulthumun, ancien président de la MSDTF, indique que le financement des organisations se fait principalement grâce au soutien accordé par les sponsors volontaires et aussi à travers des contributions irrégulières de certains bénévoles. 

Selon lui, sans l’apport financier des bénévoles, beaucoup d’activités ne peuvent avoir lieu. « Certains temples ne célèbrent pas les fêtes ou ne font pas de prière, faute de moyens », dit-il.


Somduth Dulthumun : «Sponsors et bénévoles assurent la survie des temples»

somduthSomduth Dulthumun déplore la subvention minime que bénéficient les organisations religieuses. Le subside, serait minime comparé aux besoins des temples et Mandirs, avance l’ancien président de la MSDTF. « Chaque temple reçoit entre Rs 3 000 et 5 000 pour pouvoir subvenir à ses besoins. Or, pour être opérationnel, il faut trouver un minimum de Rs 30 000 par mois », avance-t-il. 

Somduth Dulthumun dit qu’il faut prendre en considération la situation financière des croyants. « Les donations nous rapportent Rs 10 000 environ par église lorsqu'on fait la collecte lors des séances de prière », dit-il.


Bahémia Areff de Zamzam : «Les musulmans contribuent beaucoup»

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De nombreuses sociétés musulmanes peuvent fonctionner de manière autonome.

Bahémia Areff est le directeur de Zamzam, une organisation qui œuvre dans le domaine social et éducatif depuis plusieurs années. Cet homme, connu de la capitale, principalement dans la région de Plaine-Verte, explique que Zamzam est très engagée dans le social à travers l’île. Il ne rate pas l’occasion pour déplorer ce qu’il qualifie de «  boycott par l’État de certaines  organisations ». « Il y a clairement une politique de deux poids et deux mesures dans le traitement accordé aux différentes organisations », soutient Bahémia Areff. C’est le même son de cloche, lorsqu’on évoque la Corporate Social Responsiblity (CSR).

Toutefois, il salue les nombreux volontaires et explique que la communauté est généralement généreuse. « Les musulmans contribuent beaucoup dans le chemin de Dieu. Déjà pour chaque musulman, il est obligatoire de s’acquitter du Zakaat ». Bahemia Areff souligne aussi que certaines organisations religieuses bénéficieraient rarement des subventions du gouvernement. 

Évoquant de la collecte du Zakaat, il explique que c’est comparable à un système de taxe, basé sur des règlements islamiques. « Certaines personnes paient entre Rs 50 000 et Rs 100 000 », laisse-t-il entendre.

Ainsi, c’est une des raisons, selon Bahemia Areff, qui fait que de nombreuses sociétés musulmanes peuvent fonctionner de manière autonome. Même si Zamzam compte plusieurs branches opérant dans divers secteurs, la société dépend uniquement du Zakaat et des donations des bienfaiteurs. 

Interrogé par le Défi Plus, un des responsables, souligne que Zamzam ne bénéficie d’aucune aide financière d’organisations ou de pays étrangers. « Cela fait mal de voir qu’il n’y a pas de bénéfices égaux en ce qu’il s’agit de subvention du gouvernement ».


L’Ahmadiyya Muslim Association : contribution volontaire des membres

L’Ahmadiyya Muslim Association est une des rares organisations  qui n’acceptent pas les subsides de l’État. La raison principale : « On préfère aider le pays et non devenir un fardeau ». Depuis plus de 20 ans, les responsables de la société œuvrent pour le bien de société. Les dirigeants parlent d’une « affaire non lucrative ». « Ce non-profit making business  vise à soulager la société ». L’organisation dispose d’une école pré-primaire, fréquentée par les enfants de différentes appartenances religieuses. L’établissement est situé à Trèfles, Rose-Hill, et dépendent du financement des membres. L’organisation compte environ 5 000 membres à Maurice qui sont appelés à contribuer selon leurs moyens.  


CDI : Donations et frais minimaux maintiennent leur survie

Le Centre Documentation sur l’Islam (CDI) se dévoue à l’enseignement islamique et contribue aussi sur le plan social. Chaque mois, les dirigeants doivent trouver Rs 60 000 pour être en règle. Comment survit le centre ? Un des responsables, Yousouf Joomun, explique que la collecte de Zakaat, et du Sadaqah permet à l’organisation de fonctionner. « Nous aidons également les pauvres  et nous dispensons les cours islamiques », dit-il. Yousouf Joomun remercie les donateurs et les membres pour leur contribution. « C’est optionnel pour nos membres de payer un frais, cela dépend de leur situation financière ». 

Yousouf Joomun déplore le fait qu’il ne bénéficie d’aucune aide financière de l’État. Les factures d’eau, d’électricité et le transport des élèves sont aux frais de l’organisation. Il explique que pour la fin de cette année-ci, « la société va se retrouver dans le rouge ».


La Voix de la Délivrance

Sollicité par Le Défi Plus jeudi après-midi, un préposé de La Voix de la Délivrance, à Beau-Bassin, dira : « Le pasteur est dans une convention de quatre jours de 6 heures à 20 heures. Il est très occupé pour le moment. Veuillez rappeler lundi ». N’y a-t-il pas moyen de le contacter dans le courant de la soirée, soit une fois la convention terminée ? « Tout dépends du pasteur… Je ne peux rien vous dire », a ajouté le préposé. Nous avons tout de même laissé un numéro de contact dans l’espoir de réceptionner un appel téléphonique. 


Assemblée de Dieu : «On n’accepte pas l’aide extérieure»

assemblee de dieu
Les 90 églises fonctionnent grâce à l’aide financière des volontaires. 

Le pasteur Dimba de l’Assemblée de Dieu explique que les 90 églises fonctionnent grâce à l’aide financière des volontaires. « On n’accepte pas l’aide extérieure », précise-t-il cependant. C’est un des principes de base de l’Assemblée de Dieu. Il explique que certaines églises sont louées, d’autres achetées, et d’autres encore construites. « Cela dépend des fidèles et leur apport financier ». Cependant le pasteur n’a pas souhaité avancer un quelconque chiffre sur les dépenses encourues par l’Assemblée de Dieu.

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