Chaque mois, des millions de protections hygiéniques jetables sont utilisées puis jetées sans que l’on mesure vraiment leur impact. Entre pollution plastique, substances chimiques et alternatives encore méconnues, les déchets menstruels posent une question de santé publique et d’environnement.
Chaque 28 mai, le monde célèbre la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle. En une décennie, ce qui était une simple journée de sensibilisation s’est transformé en un puissant mouvement mondial, rassemblé autour d’une seule ambition : créer un #PeriodFriendlyWorld. C’est le combat que mène Navinia Gajeelee, accompagnante en santé menstruelle et membre de l’association Zero Waste Mauritius. Son engagement porte sur deux fronts indissociables : la déstigmatisation des règles et la prise de conscience de leur impact environnemental et sanitaire.
Pour mesurer l’ampleur de ce qui est en jeu, Navinia Gajeelee part d’un calcul simple. Si l’on considère qu’un cycle menstruel dure entre trois et sept jours, et qu’une personne menstruée a ses règles environ tous les 28 jours entre l’âge de 12 et 51 ans, elle vivra en moyenne près de 508 cycles menstruels au cours de sa vie. Cela représente environ 2 540 jours, soit près de sept années entières, consacrés à la gestion de la santé et de l’hygiène menstruelles. Une réalité qui concerne environ la moitié de la population mondiale.
Les serviettes hygiéniques contiennent jusqu’à 90 % de plastique. Les tampons sont souvent composés de fibres synthétiques comme la rayonne. Applicateurs et emballages sont, dans la grande majorité des cas, des plastiques à usage unique. De nombreux produits menstruels contiennent également des parfums, des agents blanchissants et divers additifs chimiques.
En 2024, une étude menée par des chercheurs de Columbia University, de l’University of California, Berkeley et de Michigan State University, publiée dans la revue scientifique « Environment International », a analysé les niveaux de métaux lourds toxiques présents dans 30 marques différentes de tampons vendues aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l’Union européenne. Résultat : 16 métaux ont été identifiés, et 12 d’entre eux ont été détectés dans l’ensemble des tampons analysés.
Parmi eux : le plomb, l’arsenic et le mercure. Ces substances sont des perturbateurs endocriniens, également appelés EDC, dont l’exposition est associée à des effets néfastes sur la reproduction ainsi qu’à des conséquences cardiométaboliques. Des PFAS, des phtalates et des parabènes ont également été signalés dans les tampons et autres produits menstruels.
La biologie particulière du vagin aggrave la préoccupation. Celui-ci comprend une peau plus perméable que celle d’autres parties du corps. Les substances absorbées par voie vaginale ne passent pas par le métabolisme et la détoxification de premier passage effectués par le foie ; elles entrent directement dans la circulation systémique. Or, comme les adolescentes commencent à avoir leurs menstruations de plus en plus tôt, à partir de 9 ans, l’exposition aux perturbateurs endocriniens durant cette période pourrait être plus nocive qu’à d’autres étapes de la vie, soulignent les auteurs de l’étude. La présence de ces produits toxiques peut, en outre, augmenter les risques de maladies rénales, cardiovasculaires et inflammatoires.
Navinia Gajeelee estime qu’une réglementation plus stricte demeure nécessaire, compte tenu du mélange de substances chimiques présentes et des inquiétudes concernant leurs effets durant les périodes critiques du développement. Sur les emballages actuels : des avertissements concernant le syndrome du choc toxique, des informations sur le niveau d’absorption. Pas de liste des ingrédients.
Une catastrophe silencieuse
L’impact environnemental des protections jetables est tout aussi préoccupant. Rien qu’au Royaume-Uni et en Irlande du Nord, elles génèrent plus de 200 000 tonnes de déchets chaque année. Une fois jetés, ces produits suivent généralement trois filières principales.
La décharge, d’abord. C’est là que finit la majorité des déchets menstruels dans le monde. En raison de leur forte teneur en plastique, serviettes et tampons peuvent mettre entre 500 et 800 ans à se décomposer. Pendant cette longue période, ils libèrent des microplastiques, des gaz à effet de serre et des résidus chimiques dans les sols.
L’incinération, ensuite. Dans de nombreux pays, les déchets sanitaires provenant des toilettes publiques sont brûlés. Bien que cette méthode réduise le volume des déchets, elle entraîne des émissions de CO2 et d’autres polluants, une forte consommation d’énergie, et produit des cendres contenant des microplastiques. À l’échelle mondiale, la production et l’utilisation annuelles de 12 milliards de produits menstruels jetables contribuent à l’émission d’environ 245 000 tonnes de CO2 chaque année.
Les cours d’eau, enfin. Jeter les tampons dans les toilettes reste une pratique fréquente. Au Royaume-Uni, 2,5 millions de tampons et 1,4 million de serviettes hygiéniques sont ainsi jetés chaque jour dans les canalisations. Leurs matériaux ultra-absorbants retiennent l’eau et provoquent des refoulements d’eaux usées. Des millions de tampons et d’applicateurs entrent chaque jour dans les systèmes d’égouts, et les obstructions provoquent des débordements vers les rivières et les océans. La faune marine ingère ces déchets plastiques ou s’y retrouve piégée.
Dans les endroits où les règles restent stigmatisées et où les systèmes d’élimination des déchets sanitaires sont insuffisants, serviettes et tampons sont parfois jetés dans des dépotoirs illégaux, des latrines à fosse, enterrés, ou directement dans les rivières, avec pour conséquences des pollutions directes des écosystèmes.
Face à ces constats sanitaires et environnementaux, des solutions réutilisables existent. « On a la chance d’avoir plusieurs options, toutes lavables et réutilisables », souligne Navinia Gajeelee, qui les présente une à une.
Le pad lavable, d’abord, disponible en plusieurs tailles et épaisseurs. Il peut durer jusqu’à cinq ans, se lave facilement à la main et peut aussi passer à la machine à laver. La coupe menstruelle, ensuite : elle peut être utilisée pendant dix ans, avec une grande économie financière à la clé et un impact environnemental nul. La culotte menstruelle, disponible du XS au 3XL, se porte comme une culotte normale. Douce et confortable, elle se lave à la main ou à la machine.
Il existe également le disque menstruel, pas encore disponible à Maurice, mais dont Navinia Gajeelee tient à parler : « Il peut contenir jusqu’à l’équivalent de cinq tampons réguliers ou trois super-tampons, être utilisé pendant les rapports sexuels et s’auto-vider lorsque l’on s’assoit sur les toilettes. Comme la coupe menstruelle, il peut durer jusqu’à dix ans, permettant ainsi de réaliser des économies importantes sur le long terme. »
Pour celles qui souhaitent changer leurs habitudes menstruelles, Navinia Gajeelee partage plusieurs profils Instagram. Elle cite notamment Nathalie Brémond, basée à Tamarin, qui propose sous les marques LadyCup, LadyPad et SochGreen trois solutions durables : coupe menstruelle, serviettes lavables et culottes de règles. Ces alternatives sont disponibles en pharmacie, dans les supermarchés ainsi que dans les boutiques bio et wellness, notamment à Grand-Baie et Camp-Fouquereaux. Plus d’informations sur Instagram : LadyCup_LadyPad_SochGreen_Mru.
Deux autres marques locales proposent également des serviettes menstruelles lavables faites main à Maurice : Creloa Crafts (@Creloa_Crafts) et Artisanatir (@artisanatir_eco).
Le saviez-vous?
Chaque 28 mai, le monde célèbre la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle, une initiative lancée en 2014 pour briser le tabou des règles et promouvoir un meilleur accès à la santé menstruelle. Pourquoi cette date ? 28 pour la durée moyenne d’un cycle menstruel, et le cinquième mois pour la durée moyenne des règles, soit 5 jours !





