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« Refus de célébrer » : à Gaza, des chrétiens observent une Pâques sombre dans un contexte de génocide

Par Defimedia.info
Publié le: 6 avril 2026 à 05:29
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Crédit photo : Al Jazeera

Pâques est habituellement une période de célébration pour les chrétiens du monde entier. Mais pour la petite communauté chrétienne de Gaza, cette fête se déroule dans une atmosphère particulièrement sombre, dans le contexte de la guerre en cours.

Ce dimanche, les chrétiens ont célébré leur fête la plus importante - marquant la résurrection de Jésus-Christ - dans un climat de déplacement forcé et de pénuries sévères.

Gaza compte moins de 1 000 chrétiens. Déjà réduite avant la guerre, la communauté a été durement touchée par les violences, plusieurs de ses membres ayant été tués lors d’attaques contre leurs habitations et leurs églises. Ils figurent parmi les dizaines de milliers de Palestiniens tués depuis le 7 octobre 2023, date du début du conflit après des attaques meurtrières menées par le Hamas en Israël. Une commission des Nations unies et des organisations de défense des droits humains qualifient cette guerre de génocide contre les Palestiniens.

Dans les églises de Gaza, les prières, offices et rassemblements discrets ont pris une dimension particulière, alors que les familles ont célébré Pâques en s’accrochant à l’espoir de survie et de paix.

De nombreux membres de la communauté ont quitté la bande de Gaza, où les chrétiens vivent pourtant sans interruption depuis plus de 2 000 ans.
Mais les pénuries de produits de base ont assombri davantage cette fête. L’électricité, l’eau et la nourriture - y compris les œufs, élément central des traditions pascales - sont devenus rares.

Depuis des décennies, Israël contrôle les entrées et sorties de Gaza. Ces restrictions se sont renforcées avec la guerre. Bien qu’un cessez-le-feu soit en vigueur depuis octobre, les attaques et le blocus persistent, affectant plus de deux millions de Palestiniens, dont la grande majorité est déplacée.

Fouad Ayad, formateur en bioénergie déplacé de son domicile près de l’hôpital pour enfants Al-Rantisi, à l’ouest de Gaza, explique avoir cherché des œufs dans toute la ville, en vain.

« Nous décorons des œufs pour les jeunes enfants, et parfois des enfants musulmans venaient aussi en chercher », a-t-il confié à Al Jazeera.

Il regrette que sa famille ne puisse pas organiser le traditionnel repas communautaire de Pâques, la viande étant rare et très coûteuse.

Âgé de 31 ans, il évoque avec nostalgie les célébrations d’autrefois : visites aux proches, ambiance festive, traditions partagées.

« C’était une belle fête, remplie de joie », dit-il, rappelant qu’ils rendaient aussi visite aux personnes âgées et à leurs voisins musulmans.

L’église de la Sainte-Famille, qu’il fréquentait, a été touchée à plusieurs reprises durant le conflit. « Trois de mes proches y ont été tués, et lors d’une autre attaque, plus de 20 chrétiens ont perdu la vie », affirme-t-il.

Cette année, la participation aux offices pascals a diminué, de nombreux fidèles ayant quitté Gaza. « Même si nous sommes une minorité, nous continuerons à prier dans notre église », ajoute-t-il.

« Nous avons prié, mais refusé de célébrer en raison de nos martyrs. Nous faisons partie de cette terre et nous souffrons comme tous les habitants de Gaza. »

De leur côté, les restrictions israéliennes empêchent depuis deux ans les chrétiens de Gaza de se rendre à Jérusalem-Est pour assister aux célébrations au Saint-Sépulcre.

Elias al-Jelda, 60 ans, originaire de Gaza-ville, a fui son domicile détruit avec sa famille. Il a trouvé refuge dans l’église de la Sainte-Famille avant de louer un appartement dans le quartier de Sabra.

« J’ai perdu des amis, des voisins et des proches », confie-t-il.

Pour lui, Pâques était autrefois synonyme de joie : visites familiales, partage de pâtisseries traditionnelles comme le kahk et le maamoul, distribution de cadeaux aux enfants.

Mais cette année, les célébrations sont limitées. « Il n’y a même pas d’œufs dans toute la bande de Gaza », déplore-t-il, évoquant aussi l’absence d’espaces de loisirs pour les enfants et la flambée des prix.

Il souligne également la grave crise énergétique : « L’électricité reste un problème majeur, aggravé par le coût du diesel et des générateurs. »

Amal al-Masri, 74 ans, déplacée à plusieurs reprises avec son mari, se souvient elle aussi des fêtes d’avant-guerre : repas en famille, échanges de douceurs et moments de convivialité.

« Pendant deux ans dans le sud, il n’y a eu aucune fête », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, malgré tout, elle tente de préserver les rituels essentiels de Pâques. Mais beaucoup de traditions ont disparu, notamment pour les enfants.

« J’ai cherché des œufs partout, mais je n’en ai trouvé nulle part », conclut-elle.

Source : Al Jazeera

 

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