Réforme éducative : le ministère ouvre les consultations avec les parlementaires
Par
Annick Daniella Rivet
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Annick Daniella Rivet
Jeudi après-midi, le ministère de l’Éducation a réuni, au Sir Harilal Vaghjee Hall, les parlementaires pour une rencontre consultative. Objectif : réfléchir à de nouvelles modalités d’admission dans les collèges, afin de réduire la compétition féroce et de préserver le bien-être des élèves.
Placée sous le thème « Transformation of the Mauritian Education Sector », cette réunion s’inscrit dans la continuité des Assises de l’Éducation de 2025. Dans son allocution, le ministre de l’Éducation, le Dr Mahend Gungapersad, a insisté sur le caractère consultatif et participatif de la réforme, engagée depuis plus d’un an. Il a rappelé que le plan directeur, fort de plus de 150 mesures, aura un impact direct sur l’enseignement, l’apprentissage et la conception même de l’éducation à Maurice. D’où la nécessité d’un consensus sur des points sensibles comme les admissions.
Le ministre Gungapersad a aussi reconnu la pression croissante liée aux demandes d’admission et de transfert, qui alimentent une forte compétition pour certains établissements. Il a assuré que ces problématiques seront traitées avec attention dans le cadre du processus de réforme.
C’est le Chief Technical Officer du ministère, Ricaud Auckbur, qui a présenté les modèles d’admission à l’étude (voir plus loin)
Parmi les autres sujets abordés figurent :
Après les parlementaires, le ministre rencontrera les élèves, parents, enseignants et représentants de Rodrigues, dans le but d’apporter une réforme du système éducatif. Afin de finaliser le plan stratégique, le Conseil des ministres a validé l’organisation de consultations publiques. Ainsi, des rencontres avec les partenaires ont commencé le 8 décembre 2025 et continueront jusqu’au 20 janvier. Un questionnaire sera mis en ligne à partir de midi ce vendredi et pourra être consulter jusqu’au lundi 19 janvier à midi.
Le lien pour le sondage est https://forms.office.com/r/3qhCXuMPk5
À la suite des Assises de l’Éducation 2025, deux propositions principales ont émergé concernant l’accès au secondaire :
Option 1 :
Option 2 :
Il revient que les collèges nationaux pourront fonctionner en mode mixte ou en établissements à un seul genre, à l’exception du Mahatma Gandhi Institute (MGI) qui restera mixte.
Le ministre de l’Éducation, le Dr Mahend Gungapersad, a rencontré jeudi une délégation de l’Église catholique conduite par Mgr Jean Michaël Durhône. Peu d’éléments ont filtré de cet échange, si ce n’est l’appel à la prudence de l’Église dans le cadre de la réforme éducative.
La délégation a indiqué avoir pris connaissance de la lettre ouverte du négociateur de la GHTU, Suttyhudeo Tengur, publiée le 12 janvier, à la suite de l’annonce que quatre établissements du Service Diocésain de l’Éducation Catholique (SeDEC) seraient exemptés de l’obligation de mixité, contrairement aux autres collèges nationaux. Suttyhudeo Tengur rappelle que la Constitution et l’Education Act proscrivent toute discrimination dans les écoles financées par l’État, citant l’affaire Tengur v. Diocèse de Port-Louis. Selon nos informations, l’Église souhaite préserver la spécificité de ses collèges et éviter de nouveaux contentieux.
Par ailleurs, le SeDEC s’est réuni mercredi pour dresser un premier bilan de la rentrée scolaire et débattre des grands enjeux du système éducatif. Le Conseil souligne la nécessité d’investir prioritairement dans la petite enfance et le Lower Primary pour prévenir les difficultés scolaires. Il met aussi l’accent sur le bien-être émotionnel des élèves, la transmission des valeurs et le développement de leur capacité à relever les défis de la société. Le SeDEC appelle aussi à distinguer réforme profonde et simples ajustements. Il a évoqué la question des National Colleges et attend la publication du Blueprint et de ses orientations pour trancher.
Roshan Jhummun plaide pour la transparence
Le député de la circonscription n°13, Roshan Jhummun, ancien professeur d’économie et ancien Deputy Rector, s’interroge sur la cohérence des réformes successives menées par le ministère de l’Éducation.
Roshan Jhummun dit ne pas comprendre l’attitude des officiers du ministère qui, selon lui, défendaient hier une réforme et en soutiennent aujourd’hui une autre. Il affirme également ne pas saisir la véritable raison d’être des Académies, hormis leur spécificité en matière d’admission, celles-ci étant mixtes.
Le parlementaire estime incompréhensible que le secteur public fonctionne avec deux types d’admission, l’un mixte et l’autre non mixte. Il souligne qu’il ne peut exister deux systèmes parallèles et recommande que, quelle que soit l’option retenue, les établissements scolaires soient mixtes du Grade 1 au Grade 13.
Roshan Jhummun a également mis l’accent sur la nécessité d’une transparence concernant la notation au niveau du PSAC. « Il est difficile d’expliquer à un parent pourquoi un enfant ayant obtenu quatre unités est admis dans un collège, tandis qu’un autre, avec le même résultat, est dirigé vers un établissement différent. Il faut reconnaître que le système de ranking a existé, existe et continuera d’exister. La transparence doit prévaloir au Mauritius Examinations Syndicate (MES), afin que les parents qui s’interrogent puissent obtenir des réponses claires. »
Sydney Pierre souhaite l’égalité dans tous les collèges
Sydney Pierre, Junior Minister au Tourisme, estime que tous les collèges devraient être placés sur un pied d’égalité. Il plaide en faveur de la régionalisation afin d’éviter que les élèves aient à traverser l’île pour accéder à un établissement secondaire.
Selon lui, il est possible de développer des « top schools » dans toutes les régions de Maurice. Il défend également le principe de la mixité et s’interroge sur un système où les enfants sont scolarisés ensemble au préprimaire et au primaire, séparés au secondaire, avant d’être à nouveau regroupés à l’université.
Concernant l’évaluation des élèves, il rappelle que nous sommes en 2025 et que les enfants sont confrontés à de multiples défis. Il juge injuste de les évaluer uniquement sur la base de l’anglais, du français et des mathématiques, alors que nombre d’entre eux excellent dans d’autres domaines.
Kugan Parapen préconise une compétition à partir du Grade 9 et non du PSAC
Selon Kugan Parapen, Junior Minister à la Sécurité sociale, depuis la réforme éducative de 2000-2005, chaque gouvernement a apporté sa propre version de réforme, créant ainsi un climat d’incertitude. Il a demandé au ministre de l’Éducation s’il souhaitait une réforme limitée à la durée de son mandat ou une réforme capable de s’inscrire dans le temps.
Sur la question de la mixité, Kugan Parapen a souligné qu’il serait préférable d’instaurer un système mixte du Grade 1 au Grade 13. Selon lui, le vivre-ensemble favorise la cohésion sociale et prépare les enfants à devenir les adultes de demain. Il insiste sur le fait que l’école ne doit pas seulement transmettre des connaissances, mais aussi former des citoyens.
Concernant la compétition, le Junior Minister estime qu’elle doit être encouragée à partir du Grade 9, et non trop tôt dans le parcours scolaire. Il est d’avis que le système éducatif ne peut pas se reposer sur la compétition.