Publicité

Réforme des pensions : le recul du GM ne désamorce pas la contestation

Par Kinsley David
Publié le: 11 July 2026 à 10:01
Image
Reaz Chuttoo, Radhakrishna Sadien et Rajen Valayden étaient sur le plateau de l’émission « Au cœur de l’Info » vendredi.
Reaz Chuttoo, Radhakrishna Sadien et Rajen Valayden étaient sur le plateau de l’émission « Au cœur de l’Info » vendredi.
  • La mobilisation citoyenne maintenue ce samedi

Le retrait du « means test » et du National Pension and Provident Fund du Finance Bill n’a pas suffi à apaiser les inquiétudes des syndicats. Alors que la mobilisation citoyenne est maintenue ce samedi 11 juillet à Port-Louis, Reaz Chuttoo, Radhakrishna Sadien et Rajen Valayden ont exprimé, dans l’émission Au Cœur de l’Info, leurs préoccupations quant aux mesures qui subsistent, au manque de consultation et, plus largement, à l’orientation de la réforme des pensions.

Le gouvernement a revu sa copie sur deux mesures controversées de sa réforme des pensions. Après avoir renoncé au « means test », il a également décidé de retirer du Finance Bill les dispositions relatives au National Pension and Provident Fund (NPPF). Une décision annoncée à l’issue d’un comité technique et économique présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam.

Face aux critiques, le chef du gouvernement a défendu le travail du comité d’experts et présenté ces ajustements comme la preuve qu’il est à l’écoute des préoccupations de la population. Mais ces reculs suffiront-ils à dissiper les inquiétudes ?
Pour le front syndical, la réponse est non. La mobilisation citoyenne prévue ce samedi 11 juillet à Port-Louis est maintenue. Les syndicats estiment que plusieurs zones d’ombre persistent autour de la réforme et réclament un véritable dialogue national sur l’avenir du système de pensions.

Un recul du gouvernement, mais pas une « victoire » syndicale

Le retrait des dispositions concernant le NPPF du Finance Bill pourrait être perçu comme un gain de cause pour les syndicats. Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), refuse toutefois de parler de victoire. Pour le syndicaliste, le gouvernement fonctionne selon une logique de « trial and error », annonçant des mesures avant de les modifier sous la pression de la contestation. Il cite notamment les changements successifs apportés à la réforme des pensions pour illustrer ce qu’il considère comme un manque de préparation. « Ce n’est pas une victoire », insiste-t-il.

Selon lui, le retrait du NPPF du Finance Bill n’écarte pas définitivement la possibilité que le gouvernement revienne avec un nouveau projet de loi au cours de l’année. Cette décision ne justifie donc aucunement une démobilisation. Au contraire, Reaz Chuttoo estime que la mobilisation syndicale doit se poursuivre, voire s’intensifier, afin de maintenir la pression sur le gouvernement.

Consultation et dialogue social au centre des critiques

Le manque de consultation constitue l’un des principaux reproches formulés par les intervenants. Reaz Chuttoo déplore un processus dans lequel les consultations organisées avec les syndicats n’auraient, selon lui, qu’une influence limitée sur les décisions finales. Il affirme avoir soumis de nombreuses recommandations sur différentes problématiques liées au monde du travail sans que celles-ci aient été suffisamment prises en considération.

Radhakrishna Sadien, président de la State and Other Employees Federation (SOEF), partage ces préoccupations. Pour lui, la démocratie ne peut se limiter aux élections ou aux débats parlementaires. Elle doit également s’exprimer à travers le partenariat social, la négociation et la discussion.

Le syndicaliste rappelle que le programme gouvernemental mettait lui-même l’accent sur le dialogue. Il estime donc que cet engagement doit désormais se traduire concrètement dans la manière dont les grandes réformes sont élaborées. Une réforme aussi fondamentale que celle des pensions, soutient-il, aurait nécessité une réflexion nationale impliquant les travailleurs et leurs représentants.

Fonction publique : des interrogations persistent

Les inquiétudes autour de la réforme ne concernent pas uniquement les salariés du privé. Radhakrishna Sadien attire l’attention sur une disposition du discours budgétaire évoquant une absence d’harmonisation entre les systèmes de pensions des fonctionnaires, des employés du parapublic et ceux des autres secteurs. Une formulation qui suscite, selon lui, de nombreuses interrogations sur la portée réelle de la réforme.

Le président de la State and Other Employees Federation questionne également la composition du comité d’experts et regrette l’absence de représentants des travailleurs. Pour lui, une réforme des pensions ne peut être envisagée uniquement sous un angle technique ou économique, mais doit aussi prendre en compte les réalités sociales.

Rajen Valayden inscrit, pour sa part, la réforme dans une perspective plus large. Il y voit une orientation susceptible de remettre progressivement en question certains fondements de l’État-providence, établissant un parallèle avec les politiques libérales menées par Margaret Thatcher au Royaume-Uni.

Selon lui, les réformes du marché du travail, la fragilisation des structures syndicales et les changements envisagés dans le système de protection sociale participent d’une même logique. Or, rappelle-t-il, la pauvreté, les inégalités et la précarité demeurent présentes. Il s’interroge donc sur la pertinence de réformes susceptibles d’affaiblir les mécanismes de protection sociale.

Le NPPF, une réforme jugée particulièrement préoccupante

Reaz Chuttoo se montre particulièrement critique à l’égard du projet de National Pension and Provident Fund. Le président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) revient sur l’évolution historique des contributions patronales et salariales depuis la création du National Pensions Scheme en 1978.

Selon lui, la réforme envisagée aurait notamment eu pour conséquence de modifier profondément les contributions des employeurs et des travailleurs, tout en remettant en question certains acquis existants.

Il s’inquiète également de l’avenir du Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF) et du National Savings Fund (NSF) dans le cadre d’une éventuelle harmonisation du système. Pour Reaz Chuttoo, les changements proposés risqueraient d’avoir des conséquences importantes sur les revenus des futurs retraités.

Le principal problème réside, selon lui, dans le fait que les effets réels d’une réforme des pensions ne sont parfois visibles que plusieurs décennies après son adoption. Il estime donc indispensable que toute transformation du système repose sur des projections fiables et fasse l’objet d’une large consultation.

Salaires, protection sociale et manque de clarté

Pour Reaz Chuttoo, la question des pensions est indissociable de celle des salaires et des conditions de travail. Dénonçant les disparités salariales entre les secteurs, il plaide pour une rémunération équitable à travail de valeur égale et pour le renforcement de la négociation collective, notamment au niveau sectoriel. Selon lui, salaires, contributions et revenus à la retraite sont directement liés, d’où la nécessité d’inscrire toute réforme dans une réflexion plus large sur la distribution des richesses.

Radhakrishna Sadien rappelle, pour sa part, le rôle historique de l’État-providence et de ses trois piliers, à savoir l’éducation, la santé et la sécurité sociale, dans le développement de Maurice et le maintien de la paix sociale. Il estime que les travailleurs, après avoir contribué durant des décennies à l’économie du pays, doivent pouvoir bénéficier d’un revenu décent à la retraite.

Rajen Valayden dénonce, lui, le manque de clarté entourant la réforme. Les annonces successives, les changements de position et les déclarations contradictoires du gouvernement auraient, selon lui, alimenté la confusion. Plus qu’un simple problème de communication, il y voit des interrogations sur le processus décisionnel, l’influence du comité d’experts et, plus largement, la place accordée aux techniciens dans l’élaboration de politiques ayant des conséquences directes sur la population.

La mobilisation de samedi maintenue

Malgré les reculs annoncés par le gouvernement, les syndicats maintiennent donc la mobilisation citoyenne prévue ce samedi 11 juillet à Port-Louis.

Pour Reaz Chuttoo et Radhakrishna Sadien, le retrait du « means test » et du NPPF du Finance Bill ne règle pas les problèmes de fond. Les deux syndicalistes réclament une réforme élaborée dans la transparence, à travers un véritable dialogue social et une participation directe des représentants des travailleurs. Rajen Valayden considère, lui, que la contestation actuelle dépasse la seule question des pensions. Elle pose, selon lui, une question plus fondamentale sur le modèle de société et la place que le pays souhaite accorder à l’État-providence. Une chose est certaine : malgré les ajustements annoncés par le gouvernement, le débat sur l’avenir des pensions est loin d’être clos.

Quelle est votre réaction ?
Publicité
Translate to creole
Désactivé
À LA UNE