Réforme des pensions : le gouvernement persiste, les syndicats préparent l’offensive
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Alors que le gouvernement maintient sa réforme des pensions, les syndicats préparent une nouvelle offensive pour tenter de convaincre les députés avant l’examen du Finance Bill.
Le gouvernement ne change pas de trajec-toire sur la réforme de la pension. Publié vendredi, le Finance Bill 2026 confirme le remplacement de la Basic Retirement Pension (BRP) par la State Age Pension (SAP), ainsi que le relèvement progressif de l’âge de référence utilisé pour déterminer le montant de la pension. Les Mauriciens pourront toujours demander leur retraite dès 60 ans, mais le montant perçu dépendra désormais de l’âge auquel ils choisiront de quitter la vie active.
Cette confirmation intervient alors que les organisations syndicales espéraient encore une inflexion de l’exécutif avant le passage du texte au Parlement. Plusieurs d’entre elles annoncent désormais une nouvelle étape dans leur mobilisation : une lettre sera adressée aux députés de la majorité ainsi qu’aux ministres avant la séance de mardi, afin de les appeler à revoir leur position avant le vote du Finance Bill.
Pour Reeaz Chuttoo, porte-parole de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), la publication du texte confirme surtout que le gouvernement n’a pas répondu aux inquiétudes exprimées depuis l’annonce de la réforme. « Le gouvernement persiste et signe encore une fois, mais le mouvement syndical ne compte pas en rester là. Dès cette semaine, nous allons nous réunir afin de préparer notre offensive », annonce-t-il.
Au-delà du mécanisme de calcul de la pension, le syndicaliste voit dans la SAP une remise en cause d’un principe qui, selon lui, constituait l’un des piliers du modèle social mauricien : celui d’une pension universelle accordée aux personnes âgées indépendamment de leur âge exact de départ. « C’est une véritable injustice envers tous les travailleurs du pays et une trahison envers nos aînés », affirme-t-il.
La contestation porte égale-ment sur les conséquences concrètes du nouveau dispositif. Pour Clency Bibi, représentant de la General Workers Federation (GWF), la réforme risque de créer une différence durable entre les futurs retraités selon leur capacité à prolonger leur activité. Le Finance Bill prévoit, en effet, une réduction permanente de 0,5 % par mois pour ceux qui choisiraient de prendre leur pension avant l’âge de référence. À l’inverse, ceux qui resteront plus longtemps sur le marché du travail bénéficieront d’une majoration.
Pour la GWF, cette formule ne tient pas compte des réalités vécues par une partie des travailleurs. Ceux qui exercent des métiers physiquement exigeants ou dont l’état de santé ne permet pas de travailler plus longtemps pourraient, selon le syndicat, être pénalisés par un système présenté pourtant comme plus flexible. « Cette réforme crée une différence entre ceux qui pourront attendre et ceux qui n’auront pas le choix », estime Clency Bibi.
La fédération s’interroge également sur le caractère définitif du choix effectué au moment du départ à la retraite. Une décision prise à 60 ans pourrait, selon elle, peser financièrement pendant plusieurs décennies.
La question du mécanisme n’est toutefois pas la seule source de tension. Pour Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), c’est aussi la manière dont la réforme a été menée qui pose problème. Selon lui, le Finance Bill n’a pas clarifié les zones d’ombre qui entourent encore le nouveau système. « Au lieu d’apporter des précisions sur la réforme, le texte rend le dispositif encore plus complexe et nourrit davantage les interrogations de la population », estime-t-il.
Le syndicaliste regrette surtout l’absence d’une consultation qu’il juge suffisamment large avec les organisations représentant les retraités. Une réforme touchant plusieurs générations aurait, selon lui, nécessité davantage d’écoute avant d’être présentée au Parlement. Il fustige l’influence des institutions financières internationales lorsque leurs recommandations conduisent, selon lui, à des mesures susceptibles d’accentuer les inégalités.
Avant le vote final, les syndicats comptent encore tenter de convaincre les parlementaires de modifier certaines dispositions de la SAP.