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Réforme des pensions : Ashok Subron dénonce «une clique de non-élus»

Par Fateema Capery
Publié le: 23 June 2026 à 11:00
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Le ministre Ashok Subron, aux côtés du Junior Minister Kugan Parapen, a dénoncé un manque de consultations.

Face à la presse, Ashok Subron est revenu sur la réforme des pensions mais avant toute chose, il a surtout estimé que des non-élus auraient induit le Premier ministre en erreur sur ce dossier.

Le ministre de la Sécurité sociale a attribué le gel du « means testing » annoncé lundi par le Premier ministre Navin Ramgoolam à la mobilisation de la population, des syndicats et de plusieurs membres du gouvernement. Mais lors d’un point de presse tenu quelques heures après cette décision, il a également lancé de sérieuses critiques sur la manière dont la réforme des pensions a été élaborée, évoquant l’influence d’« une clique de non-élus » qui aurait, selon lui, induit le Premier ministre en erreur. 

« La sagesse a prévalu », a déclaré le ministre en saluant la décision prise par le Premier ministre de retirer le mécanisme de « means testing » qui devait être introduit dans le cadre de la réforme des pensions présentée dans le Budget. Selon Ashok Subron, la mesure avait suscité de vives inquiétudes au sein de la population, ainsi que dans le mouvement syndical. Il a indiqué avoir rencontré une trentaine de dirigeants syndicaux afin d’échanger sur les différentes composantes de la réforme.
Le ministre a toutefois réservé ses propos les plus sévères au processus ayant conduit à l’annonce du « means testing » vendredi dernier. Selon lui, certaines décisions ont été influencées par des personnes qui n’occupent aucune fonction élective. « Il y a eu une clique de non-élus qui a induit le Premier ministre en erreur », a-t-il affirmé. Interrogé à plusieurs reprises sur l’identité de ces personnes, il a refusé de citer des noms, tout en maintenant que des individus n’ayant aucun mandat électif avaient joué un rôle important dans les recommandations formulées autour de la réforme des pensions. 

Ashok Subron a révélé avoir écrit au Premier ministre dès le 27 mai afin d’obtenir une réunion sur ce dossier et que c’est le 16 juin, quelques jours avant le Budget, que cette rencontre a eu lieu. Selon lui, il existait déjà des divergences au sein du gouvernement concernant certaines projections financières liées au système de pension. Il a expliqué qu’avec le Junior Minister Kugan Parapen, il avait préparé un document démontrant que la pension allait être réduite. Le ministre a également critiqué la manière dont le comité d’experts sur les pensions a fonctionné. Selon lui, les recommandations n’ont pas suivi le processus de consultation qui avait pourtant été prévu. Il a rappelé que les termes de référence du comité prévoyaient que toute proposition de réforme soit débattue. « Prior to any implementation, the proposal of the steering committee shall be made publicly available for national consultations and debate », a-t-il rappelé en citant les dispositions qui, selon lui, n’ont pas été respectées. 

Pour Ashok Subron, la controverse autour du « means testing » démontre l’importance du dialogue social et de la consultation. Il a estimé que les représentations faites par les syndicats, les députés et plusieurs ministres ont contribué au revirement annoncé lundi matin à l’Assemblée nationale.

Au-delà du gel du « means testing », le ministre a souligné que d’autres éléments de la réforme demeurent à l’étude. Il a notamment évoqué la réintroduction du National Pension Fund (NPF), supprimé par l’ancien gouvernement en septembre 2020, ainsi que l’intégration éventuelle du Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF) et du National Savings Fund dans le nouveau système de retraite. « Il y a aussi eu une proposition selon laquelle tout changement au niveau de la réforme des pensions serait placé au-dessus de l’Assemblée nationale, du Cabinet ministériel et de l’intervention gouvernementale. C’est-à-dire, si le peuple a voté pour un gouvernement et que ce dernier souhaite faire des changements dans le système de pension, il ne pourra pas le faire, car celui-ci sera ‘locked’. C’est une question démocratique très importante », a-t-il insisté.

Khushal Lobine : «Le Premier ministre a écouté la voix du peuple»

Interrogé lundi après l’annonce faite à l’Assemblée nationale, le député Kushal Lobine considère que cela démontre que le gouvernement a pris en considération les préoccupations exprimées ces derniers jours. « Il (NdlR, le Premier ministre) a écouté la voix du peuple, les parties concernées, les ministres, les députés et la population. » Pour Kushal Lobine, « le ‘welfare state’ est un pilier extrêmement important de notre pays. C’est son ADN, tout comme l’éducation gratuite et la santé gratuite. Ce sont les trois fondements de l’île Maurice moderne post-indépendance, basée sur le welfare state. Et tout ce qui touche à ce welfare state touche à mes convictions politiques ».

Joanna Bérenger : «Li finn tromatiz popilasyon enn deziem fwa»

Pour la députée Joanna Bérenger, le gouvernement a créé une confusion inutile autour d’une mesure qui a suscité de nombreuses inquiétudes au sein de la population. « Li finn tromatiz popilasyon enn deziem fwa. » La députée demande désormais au gouvernement de clarifier ses intentions concernant l’avenir de la réforme des pensions. Elle estime que les autorités doivent rendre public le rapport du comité technique mentionné dans le Budget et expliquer comment elles comptent compenser les économies qui étaient attendues grâce au « means testing ». Joanna Bérenger a également appelé à un changement au ministère des Finances : « Je pense que la moindre des choses est que le ministre des Finances démissionne et qu’un ministre des Finances à plein temps soit nommé. »

Suttyhudeo Tengur : «Une évolution majeure qui mérite d’être saluée»

Le président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs, Suttyhudeo Tengur, estime que la suspension du mécanisme de « means test » dans le cadre de la réforme de la State Age Pension (SAP) constitue 
« une évolution majeure qui mérite d’être saluée ».

Cette décision, commente-t-il, répond aux inquiétudes exprimées par plusieurs syndicats, associations de retraités, éducateurs et une partie de la population. Le gel du « means test » permet, selon l’APEC, de préserver temporairement le principe selon lequel la pension de vieillesse demeure un droit social et non une prestation conditionnée strictement aux revenus. L’organisation souligne toutefois que la réforme globale du système de pension n’est pas remise en cause. Suttyhudeo Tengur insiste sur la nécessité de poursuivre le dialogue social. Il appelle à davantage de consultations afin d’assurer un système jugé à la fois soutenable et équitable. Il conclut que la pension demeure « avant tout un contrat social entre les générations ».

Patrick Belcourt: « Aret pran Morisien pou lerat laboratwar »

Le leader d’En Avant Maurice appelle à une vigilance accrue. « Aret pran Morisien pou lerat laboratwar. Pe fer nou aval tou kalite boul. » Patrick Belcourt dénonce des mesures qu’il juge imposées sans suffisamment de consultation. Il salue également la mobilisation citoyenne. « Bravo aux Mauriciens. Ils ont montré que si dans les partis politiques il y a des yes men et si au Parlement les ministres et députés sont prêts à “aval tou kalite koulev”, nous dans la rue allons faire respecter nos droits. » Selon lui, les travaux préparatoires du budget, soulèvent des interrogations. Certains projets élaborés par « des technocrates » ne seraient pas suffisamment solides, et les élus ne parviendraient pas à défendre efficacement les intérêts de la population, estime-t-il. Le leader d’En Avant Maurice appelle ainsi à une poursuite de la mobilisation citoyenne afin de garantir une meilleure prise en compte des préoccupations de la population dans les décisions du gouvernement.

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