Réforme de la pension : nouvelles mesures fiscales et administratives pour compenser l’abandon du ‘means test’
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Navin Ramgoolam défend un « choix entre une réforme maîtrisée aujourd'hui ou un effondrement demain ». Le Premier ministre et ministre des Finances a consacré une partie de son discours de clôture des débats budgétaires, vendredi soir, à l'Assemblée nationale, à défendre la réforme du système de pension, qu'il a présentée comme une nécessité financière et démographique.
Face aux critiques suscitées par les mesures annoncées dans le Budget 2026-2027, notamment par rapport au « means test », Navin Ramgoolam a affirmé que le gouvernement a choisi de modifier son approche après avoir entendu les inquiétudes de la population, tout en maintenant qu'une réforme demeure incontournable pour assurer la pérennité du système.
Abandon du « means test » et nouvelles pistes
Le Premier ministre est revenu sur la décision du gouvernement d'abandonner le projet de ciblage des bénéficiaires selon leurs revenus. Il a estimé que les propositions visant à relever le plafond de suppression de pension à ceux qui ont des revenus de Rs 100 000 ou Rs 200 000 au lieu de Rs 50 000 n'auraient eu qu'un impact marginal.
« Ce ne serait pas une réforme. Cela ne concerne qu'un très petit nombre de personnes. Et ceux qui disposent de moyens trouvent toujours des façons de contourner le système. » Afin de compenser le retrait du « means test », plusieurs mécanismes ont été annoncés.
Un comité présidé par le Secrétaire au Cabinet sera chargé de revoir les priorités des projets d’investissement publics afin de préserver la croissance économique. Un second comité, dirigé par le Deputy Financial Secretary, examinera l'ensemble des dépenses des ministères.
Le gouvernement procédera également à une révision fondamentale du système fiscal à travers un comité de haut niveau composé notamment d'experts fiscaux et bénéficiant de l'appui du Fonds monétaire international.
Parmi les autres mesures figurent la cession de certains actifs de l'État ainsi que le retrait de certaines entreprises publiques de la Bourse.
Concernant la réforme des cotisations liées à la CSG, prévue initialement à partir du 1er juillet 2027, Navin Ramgoolam a indiqué que le gouvernement allait reconsidérer son calendrier afin de procéder de manière progressive. Il a également annoncé la création d'un comité sur l'efficacité du secteur public, qu'il présidera lui-même, afin de réduire le gaspillage et d'améliorer la performance des ministères et organismes parapublics.
Le chef du gouvernement a inscrit cette réforme dans une réflexion plus large sur l'état des finances publiques au moment de l'arrivée au pouvoir de son gouvernement. Selon lui, l'exécutif a hérité d'une économie « en soins intensifs », confrontée à des pressions budgétaires croissantes et à des moteurs de croissance affaiblis. « Il faut toujours replacer les choses dans leur contexte », a-t-il déclaré, évoquant « des pressions budgétaires grandissantes » et « des moteurs de croissance en panne ». Il a notamment rappelé que rien les intérêts de la dette publique pour l'exercice 2025-2026 s'élevaient à Rs 26,9 milliards.
Navin Ramgoolam a expliqué que son gouvernement faisait face à un choix : reporter les décisions difficiles ou engager des réformes afin de préserver la soutenabilité des finances publiques. « Nous aurions pu continuer à repousser les décisions difficiles, risquer une dégradation de la situation et laisser le fardeau aux générations futures. Nous avons choisi une autre voie », a-t-il affirmé.
Le Premier ministre a également rejeté les appels à financer davantage les dépenses publiques par la création monétaire. « Nous aurions pu choisir la facilité, imprimer des milliards de roupies. Mais ce n'est pas notre conception de la responsabilité. »
Selon lui, le premier Budget présenté par son gouvernement avait permis de stabiliser l'économie et de renforcer le tissu social. Le Budget 2026-2027 constituerait désormais « la deuxième étape », centrée sur les réformes et la justice sociale.
Il a estimé que les marges de manœuvre demeuraient limitées par un déficit budgétaire plus important que prévu, tout en soulignant que plusieurs indicateurs économiques s'étaient améliorés depuis l'arrivée de son gouvernement, notamment l'emploi et l'inflation, même si cette dernière pourrait repartir à la hausse en raison des tensions internationales.
Le Premier ministre a reconnu que la réforme de la pension avait été la mesure la plus débattue depuis la présentation du Budget. « Je comprends l'anxiété. Beaucoup de fausses informations ont circulé. Les gens voulaient des clarifications. Dans une démocratie, lorsqu'un peuple s'exprime, un gouvernement responsable doit l'écouter. »
Il a opposé cette attitude à celle du précédent gouvernement. « Le gouvernement MSM ne répondait jamais aux protestations de la population. Nous avons écouté. C'est pourquoi nous avons décidé d'abandonner le « means test ». » Navin Ramgoolam a toutefois insisté sur le fait que l'abandon de ce mécanisme ne signifiait pas que le problème financier avait disparu. « Écouter ne signifie pas faire comme si le problème n'existait plus. Ce qui doit changer, c'est la méthode. Le véritable choix est entre une réforme maîtrisée aujourd'hui ou un effondrement demain. »
Navin Ramgoolam a attribué les difficultés actuelles aux décisions prises sous le précédent gouvernement, en particulier l'augmentation de la pension universelle décidée avant les élections générales de 2019. « Pour gagner les élections de 2019, ils ont fait passer la pension de Rs 9 000 à Rs 13 500 sans aucune considération pour la viabilité du système. Ils savaient déjà que celui-ci n'était plus soutenable. Mais pour gagner les élections, ils ont mis le pays en danger. »
Il a accusé l'ancien gouvernement d'avoir démantelé les fondements du système de retraite. « Ils ont introduit la Contribution sociale généralisée (CSG) uniquement pour financer leur promesse électorale. Ils ont détruit le système de pension en supprimant les cotisations au NPF, qui constituait la pierre angulaire de notre système de retraite. »
Selon lui, l'ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, avait lui-même reconnu qu'il ne restait plus de réserves liées aux contributions de la CSG. Selon lui, les difficultés du système ne sont pas nouvelles. « Les préoccupations concernant la viabilité de la pension de vieillesse sont évoquées depuis plus de vingt ans, mais personne n'a eu le courage d'agir. » Il a cité plusieurs déclarations d'anciens Premiers ministres, notamment « mon ami » Paul Bérenger en 2003 et Pravind Jugnauth en 2016, estimant que tous avaient déjà reconnu la nécessité d'une réforme.
Au-delà de la réforme des pensions, le Premier ministre a défendu les autres orientations du Budget. Répondant aux critiques du leader de l'opposition sur l'importance accordée à l'intelligence artificielle, il a estimé que cette technologie constituait un levier stratégique. « L'intelligence artificielle n'est pas une option, mais un choix stratégique. Elle permettra d'accélérer la productivité et d'attirer davantage d'investissements. D'ici l'année prochaine, 15 000 Mauriciens seront formés à son utilisation pratique. »
Il a également évoqué la future zone économique spéciale de Côte-d'Or, présentée comme un futur moteur d'investissements étrangers, l'objectif de doubler les exportations vers les États-Unis, ainsi qu'un programme d'infrastructures économiques de plus de Rs 70 milliards.
Parmi les autres priorités figurent le développement des énergies renouvelables, l'amélioration de l'accès à l'eau potable, la modernisation des services de santé, l'augmentation du congé de maternité à douze mois et du congé de paternité à six semaines, ainsi que la poursuite des programmes de logements sociaux.
Navin Ramgoolam a présenté son Budget comme un engagement en faveur des générations futures. « Nous refusons le repli sur le clientélisme électoral alors que l'avenir du pays est en jeu. » Il s'est dit convaincu que Maurice disposait des ressources nécessaires pour réussir une nouvelle étape de son développement. « Notre histoire montre que la population a toujours été à la hauteur de ses responsabilités dans les moments difficiles. Je suis convaincu que Maurice possède tous les atouts nécessaires pour réussir cette nouvelle étape de son développement. »
Il a enfin résumé la philosophie de son Budget en affirmant qu'il ne s'agissait pas de laisser le pays « dériver vers l'abîme », mais de poser les bases d'un redressement durable fondé sur des réformes structurelles et une gestion plus rigoureuse des finances publiques.