Réforme constitutionnelle : des juristes réclament bien plus qu’une commission
Par
Kursley Thanay
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Kursley Thanay
Le Parlement s’apprête à examiner le projet de commission constitutionnelle. Des juristes réclament, eux, une révision plus ambitieuse, englobant le système électoral et le financement des partis.
À la veille des débats parlementaires sur le Constitutional Review Commission Bill, des juristes de renom ont tiré la sonnette d’alarme : une réforme constitutionnelle digne de ce nom ne saurait se limiter à la création d’une commission. Transparence, droits citoyens, réforme électorale et financement des partis… autant de chantiers jugés incontournables, débattus ce lundi 25 mai dans l’émission « Au Cœur de l’Info » animée par Patrick Hilbert sur Radio Plus. Autour de la table : Mes Antoine Domingue et Ajay Daby, tandis que Mes Satyajit Boolell et Parvez Dookhy sont intervenus à distance.
Ce projet de loi vise à mettre sur pied une commission chargée de revoir en profondeur la Constitution mauricienne, près de 60 ans après l’Indépendance. L’idée centrale qui a traversé l’ensemble du débat : « Une Constitution doit évoluer avec son époque. »
C’est Me Antoine Domingue, Senior Counsel, qui a d’emblée posé le diagnostic le plus sévère. Si la révision constitutionnelle découle logiquement des engagements électoraux de l’Alliance du Changement, il a regretté avec insistance l’absence de réforme électorale dans le mandat annoncé de la future commission. Le système électoral, a-t-il martelé, constitue « un aspect fondamental » de la Constitution mauricienne et ne peut être dissocié d’une révision globale.
L’avocat a par ailleurs rappelé que la Constitution a déjà été amendée « une trentaine, voire une quarantaine de fois » depuis l’Indépendance en 1968, parfois dans des contextes controversés, notamment lorsqu’il avait été question de prolonger la durée du Parlement ou de suspendre certains droits fondamentaux. Il a plaidé pour l’inscription dans la loi fondamentale de nouveaux droits : protection de l’environnement, données personnelles, handicap, voire reconnaissance des droits de la nature. Il a également appelé à l’introduction d’un Freedom of Information Act et du Public Interest Litigation, deux mécanismes qui élargiraient l’accès des citoyens à l’information publique et faciliteraient les recours judiciaires dans l’intérêt collectif, notamment sur des questions environnementales ou institutionnelles.
Me Ajay Daby a, lui, posé la question qui fâche : « La vraie question est de savoir si nous faisons face à un besoin national réel ou simplement à un débat politique. » L’avocat a rappelé que nombre d’amendements constitutionnels passés répondaient avant tout à des « priorités politiques », citant la création du poste de Deputy Prime Minister ou le passage à la République en 1992. Il s’est interrogé sur la pertinence de créer une nouvelle commission par voie législative, alors que certaines réformes pourraient être menées plus rapidement par d’autres voies.
Il a également déploré l’absence criante d’un autre sujet dans les réformes envisagées : le financement des partis politiques. « Le public ne connaît pas réellement le fonctionnement du financement politique », a-t-il affirmé, appelant à davantage de transparence sur ce terrain.
Désigné comme futur membre de la commission, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel et ancien Directeur des poursuites publiques, a défendu l’exercice avec conviction. Pour lui, il s’agit avant tout de « consolider la démocratie et renforcer les institutions », à condition que la démarche soit portée par une large participation citoyenne, afin que « chacun se sente partie prenante de cet exercice ». Il a souligné que la Constitution demeure « la loi suprême du pays », qu’elle reflète toujours « une certaine vision de la société », et que les évolutions sociales, technologiques et institutionnelles rendent aujourd’hui certaines adaptations inévitables.