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Recrutement de la main-d’œuvre étrangère : plus de contrôle, mais les quotas d'emploi font débat

Par Fabrice Laretif
Publié le: 16 June 2026 à 16:30
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Travailleurs d'usine

Le gouvernement entend renforcer l’encadrement du recrutement des travailleurs bangladais, au nombre de 8 975 à ce jour dans des secteurs confrontés à une pénurie de main-d’œuvre. À cette fin, le ministre du Travail Reza Uteem a rencontré son homologue bangladais lors de la 114e session de la Conférence internationale du travail à Genève.

Il a ainsi été convenu qu’un protocole d’accord serait signé entre Maurice et le Bangladesh. Celui-ci prévoit la création, par les autorités bangladaises, d’un organisme gouvernemental qui fera office d’agence centrale de recrutement pour des secteurs spécifiques en manque de main-d’œuvre à Maurice.

Entre-temps, un comité interministériel, présidé par Reza Uteem et Ashok Subron, ministre de la Sécurité sociale, travaille déjà sur plusieurs propositions concernant le recrutement de travailleurs étrangers. Selon Reeaz Chuttoo, porte-parole de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), 76 recommandations auraient été formulées. L’une des mesures envisagées concerne la suppression des quotas imposant une proportion minimale de travailleurs mauriciens dans certains secteurs. Selon le syndicaliste, cette réforme permettrait à une entreprise de recruter jusqu’à 100 % de travailleurs étrangers. 

Pour Reeaz Chuttoo, cette orientation risque de modifier durablement l’équilibre du marché du travail. Il estime qu’elle favoriserait davantage les intérêts des entreprises et pourrait avoir des conséquences sur la répartition des opportunités d’emploi. Il craint également que la négociation collective devienne plus difficile dans des entreprises composées uniquement de travailleurs étrangers.

Le porte-parole de la CTSP dénonce, par ailleurs, ce qu’il qualifie de « système parallèle » de recrutement. Il affirme que certains travailleurs étrangers ne passent plus par le ministère du Travail, mais par l’Economic Development Board (EDB) à travers le régime de l’Occupation Permit. Selon lui, cette situation crée une différence de traitement entre les détenteurs d’un Work Permit et ceux d’un Occupation Permit. Il avance notamment que les contrats de travail des bénéficiaires d’un Occupation Permit ne sont pas validés par le ministère du Travail et s’interroge sur l’application effective de certaines normes relatives au logement.

Reeaz Chuttoo insiste : les discussions touchant à la législation du travail devraient se dérouler sous la responsabilité du ministère du Travail. Il critique notamment des consultations menées au ministère de l’Agro-industrie sur l’introduction de labour contractors, jugeant cette démarche inappropriée.

De son côté, Ravin Bara, directeur d’Expertability, appelle à distinguer clairement les deux régimes. Il rappelle que le Work Permit est délivré par le ministère du Travail, tandis que l’Occupation Permit relève de l’EDB. Les travailleurs bangladais jouent un rôle important dans plusieurs secteurs de l’économie mauricienne, rappele-t-il. Il estime toutefois qu’une éventuelle relance du recrutement doit s’accompagner d’un encadrement rigoureux et de critères de sélection clairement définis. « Les critères de sélection sont importants. Ce sera un moyen d’éviter le travail au noir par la suite », affirme-t-il.

Ravin Bara estime également que Maurice continuera à recourir à la main-d’œuvre étrangère pour répondre aux besoins de certains secteurs. Il souligne toutefois la nécessité de s’interroger sur la disponibilité des demandeurs d’emploi mauriciens à occuper les postes concernés.

Sur le plan légal, le Workers’ Rights Act 2019 contient plusieurs dispositions relatives aux travailleurs migrants. Les normes détaillées concernant les logements mis à leur disposition sont prévues dans les Occupational Safety and Health (Employees’ Lodging Accommodation) Regulations 2011.

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