Recrutées pour être photographe : trois Mauriciennes forcées à se prostituer à La Réunion

Par Le Défi Plus
Publié le: 21 février 2026 à 19:00
Image
Nirousha Vanita Gangoo, présumée proxénète d’un réseau de prostitution à La Réunion.
Nirousha Vanita Gangoo, présumée proxénète d’un réseau de prostitution à La Réunion.
  • La mère des victimes : « Lin fer mo zenfan souffer, lin kokin loner mo zenfan »
  • Les connexions à La Réunion de la présumée proxénète Nirousha Vanita Gangoo à la loupe

« Mo lev mo la main sept fois au ciel, mo ban tifi ine resi retourn Maurice, zot ti kav perdi la vie sa », confie une mère de famille âgée de 48 ans. Ses deux filles, Pinky, 21 ans, et Poonam, 24 ans (prénoms fictifs), qui résident dans l’ouest du pays, auraient été attirées par des promesses d’emploi comme photographes à La Réunion par une amie de la famille, Nirousha Vanita Gangoo, 37 ans.

Une fois sur place, les deux jeunes femmes auraient été embrigadées dans un réseau de prostitution opérant entre les deux îles. Celui-ci serait actif dans la ville du Tampon, situé dans le sud de La Réunion. La présumée proxénète connait les deux jeunes femmes depuis leur enfance, affirme la mère : « Li conne mo ban zenfan depi tipti, sa em mone fer confiance mon avoy mo ban zenfan ». Depuis le week-end dernier, la police de Petite Rivière et la CID, sous la houlette des sergents Dumree et Jules, est mobilisée à enquêter sur le rôle de Nirousha Vanita Gangoo. 

Les dessous de cette filière de prostitution inter-îles ont été mis au jour après que Pinky et Poonam ont révélé les « secrets » de leur voyage à La Réunion. Tout commence le 10 janvier, quand à la demande de Nirousha Vanita Gangoo, Pinky et une femme originaire de Mahébourg, s’envolent pour La Réunion. Un voyage organisé et financé par la trentenaire. 

Pinky, qui vit avec son copain, s’est préparée pour ce voyage sans se douter qu’elle ferait face aux pires cauchemars de sa vie. « Li ti alle faire so zongle, li pe content pour alle la Reunion, naif, li pe alle travaille, ine dire li li pou gagne Rs 60 000 », indique Nathalie (prénom fictif), la demi-sœur de Pinky et Poonam, au Defi Plus.

Une fois à l’île soeur, Pinky et la Mahébourgeoise sont hébergées dans un lodge au Tampon, situé dans le sud de La Réunion. Nirousha Vanita Gangoo se charge des courses et des autres dépenses pour ces deux jeunes femmes qui doivent exercer le métier de photographe sur place. Le lieu où elles sont installées est équipé de caméras de surveillance avec la présence d’hommes opérant comme vigiles.

250 euros l’heure

Toutefois, les deux femmes réalisent qu’elles n’exerceront pas le métier de photographe, mais qu’au contraire elles seront obligées de participer à des séances de photos osées, dénudées et sexy. Des photos qui seront ensuite téléchargées sur internet, où Nirousha Vanita Gangoo est accusée de monnayer leurs charmes pour des prestations sexuelles tarifées.

Puis, la situation se complique pour les deux victimes qui refusent de se livrer au plus vieux métier du monde. Elles sont alors sévèrement réprimandées par Nirousha Vanita Gangoo. « Li’nn dir li pe pey nou lozman, li’nn tir komision enn mwa, li’nn aste linz sexy pou nou ek nou bizin travay pou rann li sa bann depans », racontent-elles.

Entre-temps, les clients défilent et déboursent 250 euros l’heure avec les deux Mauriciennes qui sont forcées à avoir des rapports sexuels avec eux. Pinky a expliqué aux enquêteurs mauriciens qu’elle a été contrainte de satisfaire les pulsions sexuelles d’une dizaine d’hommes pendant dix jours.

Fin du cauchemar

Séquestrées dans ce lodge, les deux femmes tentent de se libérer de l’emprise de Nirousha Vanita Gangoo. Prenant son courage à deux mains, Pinky affronte cette dernière à maintes reprises pour récupérer son passeport. Une fois celui-ci en poche, elle veut maintenant retourner à Maurice. La Mahébourgeoise contacte alors une connaissance réunionnaise pour raconter leur calvaire. Avec son aide, les deux victimes réussissent à s’enfuir fin janvier et sont prises en charge, puis déposées à l’aéroport Roland-Garros à Saint-Denis.

À Maurice, Pinky, couverte de honte et traumatisée, se mure dans le silence et ne pipe mot à aucun de ses proches sur sa mésaventure subie en terre réunionnaise. Non contente que Pinky ait quitté les lieux, Nirousha Vanita Gangoo contacte sa mère pour se plaindre de sa fille. « Li dir so mama ki Pinky finn fer li perdi bann kontrak fotografi, makiyaz pou maryaz ek tou sa », explique Nathalie.

La vérité éclate

Cette histoire prend une autre tournure quand Poonam est aussi recrutée par Nirousha Vanita pour venir à La Réunion et exercer comme photographe contre une somme de Rs 60 000 pour une durée de 20 jours. « Lin dir Poonam ki Pinky pan konn so sans, vini toi », ajoute la mère. 

Depuis toute petite, Poonam a été prise en charge par une autre famille. Par conséquent, elle n’entretient que peu de contacts avec sa mère biologique et sa sœur Pinky.  Ainsi, ignorant ce que cette dernière a vécu durant son séjour – car celle-ci, submergée de honte, n’a jamais révélé sa mésaventure – elle accepte la proposition de la proxénète. 

La mère des deux victimes avoue avoir essayé de convaincre Nirousha Vanita Gangoo de l’aider elle aussi à décrocher un emploi à La Réunion. « Li dir ena travay photographer avek dans la cuisine kan ena maryaz. Mo dir li mo kon fer gajak, mo kone kouma prepar manze, si mo gagn mo pou gagne lafors mo pou ale, me Nirousha dir non, zot pran zis dimounn aze 18 ziska 35 an, pa pran madam apre 40 an ».

De son côté, depuis le départ de sa sœur, Pinky a un comportement inhabituel. Intriguée par ce changement, sa mère s’enquiert du déroulement de son séjour. « Pinky dans honter pan rod dire ki martyr line pase, lin dir ki tout ine passe korek, lerla so mama ine dire li ki Nirousha Vanita ine avoy so ser Poonam aussi laba », dit Nathalie. Pour Pinky, c’est le choc. Elle se démène et joint sa sœur Poonam au téléphone. « Li dir so ser fer atansion, to dan danze avek Nirousha Vanita, si bizin mo retourn La Reunion, mo pou vini ed twa », confie la demi-sœur. 

En vue de secourir sa sœur du danger qui la guette, Pinky brise le silence et alerte ses proches de sa mésaventure subie entre les mains de Nirousha Vanita. À La Réunion, Poonam parvient à s’échapper, avant d’être prise en charge par des proches. « Noun resi fer li sover, galoper are valise al cachet kot plaine football », indique Nathalie.  

La justice resserre l’étau

À Maurice, les proches se mobilisent et, le 13 février, Poonam parvient à rentrer au pays. Puis, sa sœur et elle déposent plainte au poste de police de Petite-Rivière. Leur mère, révoltée, confie : « Ca madam la telma nu kon zot bien, zamer mo pa ti pou croir zon fer ene zafer komsa. Lin fer mo zenfan soufer lin kokin loner mo zenfan ».

Le dimanche 15 février, les limiers de la Criminal Investigation Division de Petite-Rivière ont procède à l’arrestation de Nirousha Vanita Gangoo. Son époux, aussi interpellé, a été autorisé à partir par la suite. Depuis le mardi 17 février, elle fait face à une accusation provisoire de trafic humain devant la justice. 

Les enquêteurs, dirigés par le Chef Inspecteur Vally et de l’inspecteur Baungally, approfondissent leurs investigations sur les dessous de cette filière de prostitution inter-îles. Les véritables raisons derrière les nombreux allers-retours de la suspecte à l’île sœur sont passées à la loupe. Ils comptent solliciter le concours de la Gendarmerie Réunionnaise pour faire la lumière sur le réseau de prostitution.

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE
defiplus