Rapport du PAC sur le stockage de médicaments : Adrien Duval accusé de «récupération politique»
Par
Patrick Hilbert
Par
Patrick Hilbert
Cinq des dix membres du Public Accounts Committee dénoncent ce qu’ils qualifient d’« utilisation abusive, politicienne [et] démagogique » du rapport spécial sur le stockage des fournitures médicales par le président du comité, Adrien Duval.
Ils expriment leurs griefs dans une lettre datée du samedi 9 mai. Les signataires ont alerté la présidente de l’Assemblée nationale, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, au sujet de ce qu’ils considèrent comme « un abus de fonction » de la part du président du Public Accounts Committee (PAC). Le rapport spécial a été rendu public le 28 avril.
Dans ce document, les cinq membres rappellent qu’ils sont signataires du rapport spécial intitulé Warehousing of Medical Supplies – Central Supplies Division, Ministry of Health and Wellness, stemming from the Audit Reports 2021–2024 . Ils soutiennent avoir « activement contribué à l’élaboration de ce rapport ».Le ra
pport met en lumière « un problème structurel ancien relatif au stockage des médicaments ». Selon les signataires, le rapport s’appuie notamment sur « les rapports du directeur de l’Audit pour les exercices 2021–2022, 2022–2023 et 2023–2024 », ainsi que sur « deux visites de terrain effectuées par le PAC à Plaine-Lauzun et à New Grove en octobre 2025 ».
Toutefois, les cinq membres expriment leur profond désaccord face à « l’usage politicien, partisan et démagogique » fait du rapport par Adrien Duval. Ils soutiennent que « le comité a mené ses travaux avec sérieux, rigueur et dans un esprit strictement non partisan », ajoutant qu’il s’agit « d’une problématique d’intérêt national et de santé publique ».
Les signataires estiment que le président du PAC « a, dans ses multiples interventions à la presse, outrepassé le cadre du rapport en attribuant de manière infondée la responsabilité de la situation au gouvernement en place ». Ils lui reprochent également d’être « allé jusqu’à suggérer la démission du ministre de la Santé ».
Ils considèrent qu’« une telle posture relève […] d’une instrumentalisation regrettable d’un dossier sensible à des fins politiques partisanes ».
Les membres du PAC signataires de cette correspondance avancent que « certaines des déclarations publiques du président du PAC ont laissé entendre que les conditions de stockage des médicaments mettaient directement la vie des patients en danger ». Ils soutiennent que ces propos sont amplifiés et non étayés par les observations faites lors de leurs visites, notamment « en ce qui concerne des allégations d’infestation ».
Selon eux, ces déclarations « visent savamment à éroder la confiance envers le système de santé publique », qu’ils décrivent comme un pilier essentiel dont bénéficie la grande majorité des Mauriciens.
Les signataires regrettent aussi que « les explications fournies par les cadres du ministère de la Santé n’aient pas été prises en compte dans les interventions publiques du président du PAC ». Ils indiquent que les responsables du ministère avaient évoqué « des démarches en cours visant à identifier un site alternatif pour le stockage des médicaments ». Il est question d’un bâtiment appartenant à la Banque de développement de Maurice, mais dont « l’assainissement nécessiterait de gros investissements » en raison de la présence d’amiante.
Ils précisent enfin que « d’autres solutions à court terme semblent aujourd’hui à vue » et que « le rapport annuel du PAC, attendu prochainement, devrait en faire état ».
La lettre est signée par Ram Etwareea, Kaviraj Roukny, Reza Saumtally, Raveen Jagurnauth et Tony Apollon. Kugan Parapen, Junior Minister à la Sécurité sociale et l’intégration sociale, Francisco Francois, Sandeep Prayag et Manoj Seeburn n’ont, pour leur part, pas signé la lettre.
Le président du Public Accounts Committee (PAC), Adrien Duval, a réagi à la lettre publiée par cinq membres du comité concernant le rapport spécial sur le stockage des fournitures médicales au sein de la Central Supplies Division du ministère de la Santé.
Dans une déclaration au Défimedia Group, il avance que « tous les faits relatés dans ce rapport ont eu l’approbation et le vote à l’unanimité des membres du PAC ». Il dit ne pas être surpris par la réaction de certains membres du comité, soutenant que « le gouvernement a fait pression sur plusieurs membres du PAC, étant donné la gravité des faits relatés dans le rapport ».
Selon lui, les conclusions du document embarrassent l’ancien et le gouvernement actuel, parce qu’on a vu des lacunes dans la gestion même du stockage de médicaments jusqu’à ce jour.
Selon Adrien Duval, des pressions ont été exercées et il estime que « le gouvernement a décidé de ne pas respecter le rôle important et le fonctionnement du PAC ». Il accuse aussi l’exécutif d’« essayer de discréditer son travail et d’entraver son bon fonctionnement ».
Le président du PAC plaide pour une révision de la composition du comité. Il souligne que « dans la pratique », le PAC comptait traditionnellement « une parité de l’opposition et du gouvernement, avec la présidence qui est laissée à un membre de l’opposition ». Selon lui, « le PAC actuel a neuf membres du gouvernement et un seul de l’opposition ».
Il estime ainsi qu’« il est important et urgent de revoir la composition pour garantir le fonctionnement du PAC, qui est essentiel dans le fonctionnement de la démocratie parlementaire ».