Rapport du PAC - le scandale des médicaments mal stockés : les alertes ignorées
Par
Eshan Dinally
Par
Eshan Dinally
Le rapport spécial du Public Accounts Committee sur la Central Supplies Division du ministère de la Santé a fait l’effet d’un électrochoc : bâtiments délabrés, produits médicaux stockés sans conditions adéquates, infestation de rats, absence d’électricité, médicaments expirés, EIMS défaillant, failles de sécurité et projet d’entrepôt central toujours bloqué.
Mais ce tableau accablant n’est pas apparu du jour au lendemain. En relisant les rapports successifs du Directeur de l’Audit, un constat s’impose : les mêmes failles, ou des failles proches, étaient déjà signalées depuis plusieurs années. Le scandale n’est donc pas seulement celui des entrepôts. Il est aussi celui d’une accumulation d’alertes qui n’ont pas produit, à temps, les corrections nécessaires.
Le PAC insiste lourdement sur l’absence d’un entrepôt centralisé moderne. Ce projet est évoqué depuis 2009, mais il n’a toujours pas abouti. Entre-temps, la CSD continue de fonctionner avec des sites dispersés, des bâtiments vétustes et des espaces insuffisants. Le coût estimé du projet est passé d’environ Rs 60 millions à Rs 2,2 milliards.
Le rapport de l’Audit 2022-23 avait déjà posé le même problème. Il relevait que plusieurs projets avaient été initiés depuis 2009 pour doter la CSD d’un entrepôt moderne, sans réalisation concrète. Il indiquait aussi que des dépenses avaient déjà été engagées en études, location de terrain et conseil, sans que l’infrastructure ne soit livrée.
Constat sévère :
Il ne s’agit pas d’un retard de quelques mois, mais d’une inertie de plus d’une décennie. Plus le projet a été repoussé, plus les coûts ont augmenté et plus les entrepôts existants se sont dégradés.
L’entrepôt centralisé est devenu le symbole d’un État qui sait ce qu’il faut faire, mais qui ne le fait pas à temps.
L’un des paradoxes les plus graves est celui-ci : des produits expirent, mais d’autres manquent. Le PAC montre que les espaces sont mal utilisés, que des médicaments périmés occupent des zones climatisées, tandis que certains produits sensibles utilisables sont stockés dans des conditions dégradées.
Les rapports de l’Audit montrent que cette contradiction existait déjà. En 2022-23, l’Audit relevait que 111 items inclus dans les annual requirements des centres de santé étaient out-of-stock à la CSD en août 2023.
En 2023-24, l’Audit citait encore des médicaments indisponibles pendant plus de 14 mois à la CSD avant leur réapprovisionnement, notamment Spiramycin, Chloroxylenol Cream et Metoprolol IV.
Ce double phénomène — expiration d’un côté, rupture de l’autre — révèle une faille de pilotage. Ce n’est pas seulement une question de quantité globale de médicaments. C’est une question de bon produit, au bon endroit, au bon moment, dans les bonnes conditions.
Constat sévère :
La chaîne du médicament public souffre d’un paradoxe coûteux : certains produits dorment jusqu’à expirer, pendant que d’autres manquent aux hôpitaux.
Le rapport du PAC donne d’abord une image très concrète de la crise : des produits pharmaceutiques et médicaux stockés dans des bâtiments vétustes, certains datant de 1965, parfois sans électricité, sans ventilation adéquate, sans climatisation et dans des conditions incompatibles avec la conservation de produits sensibles. Le cas le plus frappant est celui de Plaine-Lauzun, où plusieurs stores sont décrits comme inadaptés à l’entreposage moderne de médicaments, consommables médicaux et produits sensibles.
Mais cette faille ne surgit pas avec le PAC. Le rapport de l’Audit 2022-23 relevait déjà que la Central Supplies Division (CSD) fonctionnait dans un bâtiment datant de 1965, jugé non approprié et inadéquat pour le stockage des produits pharmaceutiques et consommables médicaux. Il indiquait aussi que, faute d’espace, les stocks étaient dispersés dans plusieurs entrepôts.
Constat sévère :
La progression est donc claire : l’Audit avait identifié le problème structurel ; le PAC en a montré la gravité physique. Entre les deux, la situation ne semble pas avoir été renversée. Au contraire, elle apparaît comme ayant atteint un niveau de dégradation beaucoup plus visible.
Le PAC relève que des médicaments expirés continuent d’occuper des espaces précieux, y compris des zones climatisées qui auraient dû être réservées à des produits sensibles encore utilisables. Il souligne aussi les lenteurs dans le processus de destruction des produits périmés, avec des délais administratifs pouvant dépasser plusieurs mois.
Les rapports de l’Audit montrent que le problème est ancien. En 2022-23, l’Audit indiquait que Rs 54 millions de produits pharmaceutiques avaient expiré à la CSD entre juillet 2022 et août 2023. Il précisait que les informations sur les produits expirés dans les hôpitaux, mediclinics, Area Health Centres et Community Health Centres n’étaient pas disponibles, ce qui signifie que l’ampleur réelle du gaspillage pouvait être plus importante.
En 2023-24, l’Audit relevait encore Rs 31,2 millions de produits pharmaceutiques expirés à la CSD et dans quatre hôpitaux régionaux. Là encore, certaines données n’étaient pas disponibles pour d’autres institutions de santé.
Le rapport 2020-21 signalait déjà une logique proche avec les vaccins anti-influenza : 150 000 doses achetées alors que les années précédentes tournaient autour de 75 000 doses, une utilisation partielle, de mauvaises conditions de stockage pour certaines doses et Rs 16,5 millions considérées comme dépenses inutiles à cause du surstockage et de l’expiration imminente.
Constat sévère :
Les produits expirés ne sont pas un accident ponctuel. Ils révèlent une faille répétée de planification, de rotation, de stockage et de destruction.
Le PAC constate que l’EIMS, censé permettre un suivi électronique des stocks, ne fonctionne pas efficacement dans plusieurs entrepôts. Dans certains sites, l’absence d’électricité, de réseau, de terminaux informatiques ou de scanners empêche son utilisation normale. Résultat : les registres papier et la mémoire des employés continuent de jouer un rôle important.
Mais l’EIMS était déjà au centre des critiques de l’Audit. En 2021-22, le rapport indiquait qu’après près de trois ans de fonctionnement, l’objectif d’obtenir une position de stock en temps réel n’était toujours pas atteint. L’Audit relevait des soldes inexacts, des transactions enregistrées avec de longs retards, des demandes d’hôpitaux non saisies, des Goods Forms non enregistrés et même un risque de fictitious issues.
En 2023-24, l’Audit constatait encore que l’EIMS n’était pas utilisé de façon optimale. Les niveaux minimum, maximum et les reorder levels n’étaient pas pleinement intégrés, ce qui empêchait le système de jouer son rôle d’alerte.
Le recul est évident : un outil numérique a été mis en place, mais il n’a pas permis de maîtriser les stocks. Pire, les décisions ont parfois été prises sur la base de données inexactes.
Constat sévère :
La CSD avait un système électronique. Mais un système sans données fiables, sans infrastructure et sans discipline d’utilisation devient une façade numérique.
Le PAC s’intéresse surtout aux conditions de stockage. Mais les rapports de l’Audit montrent la conséquence financière directe des ruptures : les hôpitaux achètent localement.
En 2020-21, l’Audit relevait environ Rs 19,1 millions d’achats locaux de médicaments par les hôpitaux. Certains produits étaient achetés jusqu’à 17 fois plus cher que les prix obtenus par le ministère dans ses annual tenders.
En 2022-23, les hôpitaux ont dû acheter localement pour Rs 32,9 millions à cause des ruptures à la CSD. L’Audit relevait aussi des écarts de prix considérables, avec un médicament acheté jusqu’à 17 fois le prix payé par le ministère.
En 2023-24, les achats locaux étaient tombés à Rs 13,24 millions. C’est un signe de progrès apparent. Mais l’Audit relevait encore des prix hospitaliers deux à quatre fois supérieurs à la moyenne EIMS pour certains produits.
Il y a donc une amélioration partielle sur le montant, mais pas une disparition du problème. Les achats locaux continuent d’être le symptôme d’une chaîne centrale qui ne fournit pas toujours ce qu’elle doit fournir.
Constat sévère :
Chaque rupture à la CSD peut devenir une facture plus lourde pour les contribuables.
Les rapports de l’Audit montrent que les retards de procurement aggravent les ruptures. En 2022-23, l’Audit rappelait que les délais fixés par la Procurement Policy Office étaient de 85 jours pour les contrats non majeurs et 110 jours pour les contrats majeurs. Or, dans l’échantillon examiné, les délais dépassaient cinq mois et pouvaient aller de 142 à 278 jours entre la préparation des documents d’appel d’offres et la livraison en store.
En 2023-24, l’Audit constatait encore des délais excessifs : deux exercices de procurement ont pris 234 jours et 263 jours, contre un délai de référence de 110 jours.
Ces délais ne sont pas de simples lenteurs administratives. Dans la santé, un retard d’achat peut provoquer une rupture de stock, qui force les hôpitaux à acheter localement, parfois beaucoup plus cher. Il peut aussi perturber la continuité des soins.
Constat sévère :
Dans la chaîne pharmaceutique publique, les lenteurs administratives finissent dans les pharmacies des hôpitaux.
Le PAC insiste sur le manque de personnel à la CSD. Ce manque affecte le tri, la manutention, la livraison, la rotation des stocks, l’utilisation du principe FIFO, la supervision des véhicules et le fonctionnement quotidien des entrepôts.
Les rapports de l’Audit rejoignent ce constat. En 2023-24, le ministère reconnaissait que le manque de personnel retardait l’intégration des données dans l’EIMS et affectait la gestion des niveaux minimum, maximum et reorder levels. Le rapport évoquait aussi la nécessité urgente de combler les pénuries dans le Procurement and Supply cadre.
Cela signifie que la faille n’est pas seulement matérielle ou informatique. Elle est aussi humaine. Un entrepôt moderne ne peut pas fonctionner sans effectifs suffisants, sans formation, sans supervision et sans continuité dans les postes.
Constat sévère :
On ne peut pas digitaliser, contrôler et sécuriser une chaîne pharmaceutique avec des équipes insuffisantes.
C’est le thème transversal. Les rapports existent. Les recommandations existent. Les réponses du ministère existent aussi. On y trouve des annonces : meilleure utilisation de l’EIMS, réunions mensuelles, instructions aux pharmaciens, recours au FEFO, redistribution des produits proches de l’expiration, recherche de personnel, discussions sur l’entrepôt centralisé.
Mais le rapport du PAC montre que ces réponses n’ont pas suffi. Les entrepôts restent dégradés. L’EIMS reste fragile.
Les produits expirés continuent d’encombrer l’espace. Les conditions de stockage restent problématiques. L’entrepôt central n’est pas réalisé. La Section C doit être évacuée.
La question est donc légitime : les rapports de l’Audit sont-ils tombés dans des oreilles de sourds ? La réponse doit être nuancée. Ils n’ont pas été totalement ignorés, puisque des mesures ont été annoncées et certaines actions engagées.
Mais ils n’ont pas provoqué la rupture nécessaire. Quand une faille revient pendant quatre ou cinq exercices financiers, elle cesse d’être un simple problème technique. Elle devient une faille de gouvernance.
Constat sévère :
L’administration a répondu aux rapports. Mais elle n’a pas suffisamment transformé les réponses en résultats visibles.
Sur ce thème, le PAC va beaucoup plus loin que les rapports annuels de l’Audit. Il relève l’absence de CCTV dans les zones de stockage, l’absence de sentinelle policière pendant les heures de travail malgré la présence de produits de valeur et de substances contrôlées comme la méthadone, ainsi que des failles dans la sécurité incendie.
Le PAC signale également des produits chimiques toxiques stockés à proximité de médicaments à New Grove, avec des contenants qui fuyaient sur des boîtes de médicaments. Ce point donne au dossier une dimension sanitaire directe : il ne s’agit plus seulement de mauvaise gestion, mais de risque potentiel de contamination ou d’altération.
Les rapports de l’Audit avaient déjà signalé des problèmes de stockage et de sécurité dans certains cas, notamment avec les vaccins anti-influenza stockés dans de mauvaises conditions en 2020-21. Mais le PAC met en évidence une dégradation beaucoup plus large : sécurité physique, sécurité incendie, stockage de produits toxiques, protection du personnel et intégrité des produits.
Constat sévère :
Avec le PAC, le dossier quitte le terrain de la mauvaise gestion pour entrer dans celui du risque sanitaire et sécuritaire.
Stockage défaillant
Signalé par l’Audit en 2022-23 ; exposé brutalement par le PAC avec les bâtiments délabrés, l’absence d’électricité, les rats et les produits chimiques.
EIMS non fiable ou sous-utilisé
Déjà visible en 2020-21 ; largement détaillé en 2021-22 ; encore signalé en 2023-24 ; confirmé par le PAC sur le terrain.
Produits expirés
Vaccins gaspillés en 2020-21 ; Rs 54 millions de produits expirés à la CSD en 2022-23 ; Rs 31,2 millions en 2023-24 ; produits périmés occupant encore des espaces utiles selon le PAC.
Achats locaux coûteux
Rs 19,1 millions en 2020-21 ; Rs 32,9 millions en 2022-23 ; Rs 13,24 millions en 2023-24. Baisse apparente, mais problème non éliminé.
Ruptures de stock
111 items out-of-stock en 2022-23 ; certains produits indisponibles plus de 14 mois en 2023-24.
Entrepôt centralisé
Projet évoqué depuis 2009 ; coût passé d’environ Rs 60 millions à Rs 2,2 milliards ; toujours pas livré.
Créer un Steering Committee de haut niveau
Création urgente d’un comité de pilotage comprenant la Santé, les Finances, le Logement et les Terres, les Infrastructures publiques et d’autres parties prenantes, avec mandat de finaliser et accélérer le projet.
Installer immédiatement électricité, climatisation et contrôle climatique
Accorder la priorité immédiate à l’installation de l’électricité, de la climatisation et du contrôle climatique dans tous les entrepôts stockant des médicaments sensibles et des produits de dialyse.
Évacuer immédiatement la Section C
Évacuation sans délei de la Section C à Plaine-Lauzun et relocalisation de ses opérations à New Grove, qui semble sous-utilisé.
Rendre l’EIMS pleinement opérationnel
Opérationnalisation complète de l’EIMS, avec utilisation du système de codes-barres.
Éliminer rapidement les médicaments expirés
Les médicaments périmés doivent être rapidement détruits et ils ne doivent pas occuper les espaces climatisés nécessaires aux produits sensibles.
CCTV et sentinelle armée permanente
Installation de CCTV dans toutes les zones de stockage et présence d’une sentinelle armée permanente dans tous les entrepôts de la CSD.
Renforcer toute la sécurité incendie
Le rapport recommande sprinklers, hydrants, alarmes, plans de contingence et autres dispositifs de sécurité incendie.
Séparer les produits chimiques des médicaments
Séparation stricte des produits dangereux et fourniture d’équipements de protection au personnel.
Envisager une unité d’incinération pharmaceutique
Étude de la faisabilité d’une installation dédiée d’incinération ou d’un autre mécanisme approprié pour les déchets pharmaceutiques.
Redéployer temporairement du personnel
Le PAC recommande, en attendant les recrutements, de former et redéployer temporairement des agents d’autres ministères pour aider à la livraison, au stockage, à la manutention et au tri des produits médicaux.
Mobiliser des véhicules d’autres institutions publiques
Utiliser, si nécessaire, des véhicules d’autres organismes publics, y compris des collectivités locales et de la police, pour aider aux livraisons urgentes.