Rapport de performance de l’Audit - consommation de drogue : 55 000 usagers à Maurice
Par
Thierry Laurent
Par
Thierry Laurent
Le dernier rapport d’audit de performance réalisé par le Bureau national de l’Audit, intitulé Enhancing The Effectiveness of Interventions related to Drug Demand and Harm Reduction, met en évidence la situation de la consommation de drogue à Maurice et souligne une série de lacunes dans différents programmes mis en place par le gouvernement.
Selon l’étude Integrated Behavioural and Biological Surveillance (IBBS) de 2020, le nombre estimé d’utilisateurs actifs de drogues par injection à Maurice s’élevait à 6 600. En décembre 2021, les résultats de la première enquête nationale sur l’usage de drogues ont révélé l’ampleur de la consommation de drogues par d’autres voies que l’injection. Selon cette enquête, environ 55 000 personnes âgées de 18 à 59 ans à Maurice utilisent des drogues illicites par d’autres voies, ce qui représente environ 7,4 % de la population de cette tranche d’âge.
Ni le ministère ni le National Drug Secretariat (NDS) ne disposaient de statistiques sur les jeunes parmi les utilisateurs de drogues. Cependant, au cours de la période 2016-20, une moyenne de 169 personnes âgées de 19 ans étaient admises chaque année dans des établissements de santé publics en raison de complications liées à la consommation de drogues, y compris l’abus de produits médicaux. Les jeunes de de 14 ans ou moins représentaient en moyenne 17 admissions par an.
En 2021, environ les deux tiers des admissions liées aux drogues dans les hôpitaux publics concernaient des patients de 20 à 34 ans, tandis que ceux de moins de 20 ans représentaient 11 % , principalement des adolescents de 15 à 19 ans.
En 2021, des 2 375 nouvelles personnes cherchant un traitement de réadaptation auprès des ONG, environ 92 avaient moins de 18 ans.
En 2020, un comité de prévention des drogues a été créé sous l’égide du NDS. Ce comité regroupe plusieurs acteurs impliqués activement dans la mise en œuvre des activités de prévention des drogues. Ce comité, composé de représentants de huit ministères, dont le ministère de la Santé, de services gouvernementaux et de représentants de 12 ONG, devait se réunir tous les deux mois. Or, lors des réunions de ce Comité, plusieurs lacunes ont été identifiées, dont :
En avril 2022, il a été constaté que les programmes et activités de prévention des drogues mis en place par la Harm Reduction Unit ces dernières années ne bénéficiaient d’aucun dispositif de suivi et d’évaluation. Cette absence de structures appropriées limitait la capacité à mettre en œuvre des bonnes pratiques et à garantir une efficacité accrue dans la prévention de la consommation de drogues, en particulier chez les jeunes.
Le rapport recommande la réalisation d’une enquête visant à déterminer quelle proportion des personnes qui s’injectent des drogues, estimée à 6 600 en décembre 2020, est actuellement inscrite au programme de méthadone. De plus, il est nécessaire de recueillir des informations sur les 4 600 personnes qui s’injectent des drogues et qui ont été incluses dans le programme depuis 2006, mais qui ont été perdues de vue. Ces données permettraient d’évaluer si une couverture de traitement adéquate est offerte.
Pendant la période 2017-20, le pourcentage d’infractions liées aux drogues par rapport aux infractions criminelles a augmenté de manière significative, passant d’environ 12 % à 32 %. Environ 81 % des utilisateurs de drogues par injection ont rapporté avoir été arrêtés au moins une fois par la police, dont 64 % pour des infractions liées aux drogues, 21 % pour des vols et 7 % pour des actes de violence. Parmi ceux ayant été arrêtés au moins une fois,
76 % ont été condamnés à une peine de prison. Parmi les quelque 55 000 utilisateurs de drogues, environ 28 % ont déclaré avoir été arrêtés au moins une fois pour usage de drogue.