Ranjiv Woochit : la politique du pas-de-porte
Par
Ajagen Koomalen Rungen
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Ajagen Koomalen Rungen
De l’entreprise aux bancs de l’Assemblée, l’actuel ministre des Collectivités locales conserve l’habitude de recevoir directement ses mandants. Entre souvenirs de football et gestion publique, retour sur un parcours d’élu.
Les gens viennent encore le voir directement. Ils arrivent avec leurs problèmes, leurs dossiers, parfois simplement pour parler. Ranjiv Woochit écoute, répond, promet parfois d’essayer d’aider. C’est une habitude qu’il dit n’avoir jamais perdue. « J’écoute tout le monde. Si je peux aider, je le fais. »
Cette manière de faire, il la rattache souvent à son histoire personnelle. Ranjiv Woochit a grandi dans une famille modeste. À la maison, ils sont cinq garçons. Les moyens sont limités, mais certaines règles ne changent jamais : travailler, rester solidaires, avancer. Son père croit profondément à l’effort. Sa mère, femme au foyer, s’occupe des enfants et veille à l’équilibre du foyer.
« Nous n’avions pas beaucoup, mais nous avions l’essentiel : l’unité et le courage de travailler. » Dans ce contexte, il apprend tôt que rien ne se gagne facilement. Avec ses frères, il partage la même réalité : il faut travailler pour construire quelque chose. « Rien ne nous a été offert sur un plateau. »
Avant d’entrer en politique, il se tourne vers l’entreprise. Il y développe ce qu’il décrit aujourd’hui comme une discipline de travail et un sens de l’organisation. La politique arrive ensuite. En 2005, il se présente aux élections locales. Il est élu. C’est le début d’un parcours public qui s’installe progressivement.
À la présidence du conseil de district de Pamplemousses, il découvre surtout le contact direct avec les habitants. Les demandes concrètes, les petites urgences du quotidien, les problèmes qui arrivent sans prévenir. « C’est là que j’ai compris que la politique doit être proche des gens. »
Devenu député de la circonscription n˚5 (Pamplemousses-Triolet), il garde cette relation directe avec ses mandants. Les permanences se succèdent, les visites aussi. Des Mauriciens viennent lui parler de leurs difficultés, parfois simplement chercher un conseil. « Si je peux mettre un sourire sur le visage d’une personne, je considère que ma journée est réussie. »
Sa nomination comme ministre des Collectivités locales représente une étape supplémentaire dans ce parcours. Il dit vouloir y apporter son expérience du terrain et ce qu’il appelle la discipline acquise dans le secteur privé.
Mais lorsqu’il parle de ce qui compte vraiment, la conversation glisse souvent vers la famille. Son épouse, femme au foyer, l’accompagne depuis le début. Ensemble, ils ont trois enfants : Nishtha, Ashna et Soobham. Il reconnaît que ses responsabilités lui laissent peu de temps, mais insiste sur l’importance de ces moments partagés. « La famille est ce qu’il y a de plus précieux pour moi. » Ses souvenirs préférés sont simples : des voyages réalisés avec toute la famille. « Voyager ensemble reste mon plus beau moment dans la vie. »
Il y a aussi le football. Adolescent, il y joue souvent avec ses amis. Il garde de cette époque le souvenir d’un sport qui apprend l’esprit d’équipe et la persévérance. Supporter du club anglais Liverpool FC, il suit toujours les matchs dès que son emploi du temps le lui permet.
En août 2025, une rencontre le marque particulièrement : la visite à Maurice de l’ancien champion du monde Emmanuel Petit. À Pointe-aux-Piments, lors d’un match amical avec les habitants, il partage le terrain avec lui pendant une trentaine de minutes. « C’était un grand moment pour moi. Nous avons échangé sur notre passion pour le football. »
Lorsqu’il évoque son parcours, Ranjiv Woochit ne parle pas de trajectoire spectaculaire. Il énumère plutôt les étapes : entrepreneur, élu local, président de district, député, puis ministre. Entre ces fonctions, une idée revient souvent. Ne pas oublier d’où l’on vient. Ses origines modestes, dit-il, restent une référence. Et peut-être aussi une manière de se rappeler que, derrière les fonctions et les titres, la politique commence souvent par une chose simple : écouter les gens qui viennent frapper à la porte.