Rajesh Chikhuri, Client Financial Adviser dans le secteur des assurances : «Certains Mauriciens vont réduire ou abandonner leurs couvertures»
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
En tant que professionnel du secteur des assurances, comment avez-vous accueilli la nouvelle de la taxe de 5 % sur les assurances générales ?
Cette mesure budgétaire visant à introduire une taxe de 5 % sur les compagnies d’assurance générale constitue une véritable surprise. Il y a à peine quelques semaines, lors d’une conférence de presse, la ministre des Services financiers soulignait pourtant que les primes d’assurance santé étaient devenues trop élevées, promettant de remettre de l’ordre dans le secteur. Elle avait même affirmé que le gouvernement allait réguler les tarifs des cliniques privées. L’imposition soudaine de cette taxe sur les assurances apparaît donc en complète contradiction avec ces déclarations.
Cette augmentation du coût des assurances risque-t-elle d’inciter certains clients à réduire leurs couvertures, à retarder le renouvellement de leurs polices ou même à renoncer à certaines assurances facultatives ?
Absolument. Le risque majeur est celui de la sous-assurance et du renoncement. Face à l’érosion du pouvoir d’achat, l’assurance est malheureusement souvent perçue, à tort, comme une variable d’ajustement budgétaire par les particuliers. En assurance auto, certains clients pourraient passer d’une couverture « tous risques » (comprehensive) à une formule « tiers » (third party), s’exposant ainsi à des pertes financières importantes en cas d’accident, ou réduire certaines options comme la voiture de remplacement ou l’assistance dépannage 24/7. On observe également un abandon progressif des couvertures facultatives, comme les assurances accident ou incendie/cyclone, ou encore une réduction des garanties, par exemple en assurant uniquement le bâtiment sans le contenu. Le même phénomène peut être constaté en assurance santé, avec des annulations pures et simples ou des renouvellements avec des couvertures réduites, en conservant uniquement l’inpatient au détriment de l’outpatient.
Au-delà des clients, quelles pourraient être les conséquences de cette taxe pour le secteur de l’assurance lui-même ?
Pour le secteur de l’assurance, cette mesure va créer une pression sur le volume d’affaires. Si les clients réduisent leurs couvertures ou résilient leurs contrats, le chiffre d’affaires global du segment de l’assurance générale risque de se contracter.
Les assureurs ne font que collecter cette taxe pour le compte de l’État ; ils n’en tirent aucune marge, mais en subissent les effets indirects sur leurs ventes. Lorsque la hausse des prix entraîne une baisse de la demande, les compagnies ne peuvent plus se contenter d’augmenter leurs tarifs. Elles doivent impérativement protéger leurs marges en optimisant leurs coûts. Aujourd’hui, les outils d’intelligence artificielle sont particulièrement utiles à cet égard. Ils permettent, par exemple, de récompenser les bons clients grâce à la personnalisation. Les assureurs peuvent identifier les clients fidèles et prudents afin de leur proposer des réductions ciblées lors du renouvellement, limitant ainsi l’impact de la hausse des prix.
Depuis deux années consécutives, les débats autour de la réforme des pensions et de la retraite suscitent de nombreuses interrogations au sein de la population. Pensez-vous que ce contexte pourrait encourager davantage de Mauriciens à souscrire des régimes de retraite privés ou à augmenter leurs contributions aux plans existants afin de mieux préparer leur retraite ?
Les Mauriciens constatent que le gouvernement se trouve dans l’obligation de réformer le système de pension national pour préserver les équilibres financiers, compte tenu notamment du vieillissement accéléré de la population. C’est en l’absence de nouveaux pôles de développement économique. Les débats constants et les incertitudes autour de la viabilité des réformes des pensions publiques créent une réelle prise de conscience chez les Mauriciens depuis quelques années, en particulier chez les jeunes professionnels et la classe moyenne. Ils réalisent que la pension de l’État ne suffira pas à maintenir leur niveau de vie. Ce n’est plus une garantie, mais un filet de sécurité. Ces dernières années, nous avons observé une hausse de la demande pour les produits de retraite et autres plans d’investissement, qui s’imposent progressivement comme des outils essentiels de sécurité financière face à l’avenir.