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Rajesh Bhagwan : «Ce sont les militants qui légitimisent notre présence au GM»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 21 mars 2026 à 10:37
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Les députés du MMM étaient face à la presse, le vendredi 20 mars, au quartier général du parti à la rue La Poudrière.
Les députés du MMM étaient face à la presse, le vendredi 20 mars, au quartier général du parti à la rue La Poudrière.

Face à la démission de Paul Bérenger du poste de Premier ministre adjoint, les parlementaires et ministres du MMM ont tenu une conférence de presse vendredi soir pour affirmer leur volonté de rester en gouvernement au nom des militants.

C’est un soir de crise que les ministres et députés du Mouvement militant mauricien (MMM) encore au gouvernement ont choisi de prendre la parole. Réunis au quartier général du parti, rue La Poudrière, Port-Louis, ils ont animé une conférence de presse en début de soirée du vendredi 20 mars pour préciser leur position. À l’exception de Joanna Bérenger, dont la posture reste inconnue, ils ont affirmé à l’unanimité leur intention de rester au gouvernement, jusqu’à ce qu’une décision formelle soit prise par les instances du parti. Cela en dépit de l’annonce, dans la matinée du même jour, de la démission de leur leader Paul Bérenger en tant que Premier ministre adjoint.

Présidant la conférence de presse, Rajesh Bhagwan a d’emblée planté le décor. « Sa bann moman ki nou finn viv o MMM se zour si li pe aport enn gran tristes dan leker bann militan », a-t-il déclaré. Il a rappelé que la population avait été témoin de l’évolution de la situation jusqu’à la conférence de presse de Paul Bérenger du mercredi 18 mars, à l’issue du comité central. « Azordi li tris ki bann militan kat kwin pei konstate ki Paul Bérenger lider MMM pe vinn dir ki li konpran ki bann militan ankoler, li konpran zot fristrasion, li konpran kifer bann militan le ki le MMM res dan gouvernman. »

Pour Rajesh Bhagwan, les parlementaires du MMM ont été élus grâce aux votes, au courage, au travail et aux sacrifices des militants. Après 20 ans passés dans l’opposition, ceux-ci suivent désormais la direction prise et souhaitent voir appliquer le programme présenté à la population au sein de l’Alliance du Changement. « Nou pa atase ar nou pos kouma sertin kinn telegide inn rod fer nou krwar », a-t-il insisté, écartant toute accusation d’intérêt personnel. Ce sont les militants, a-t-il dit, qui légitimisent leur présence au gouvernement. Il a cependant déploré la décision de leur leader : « Li tris parski Paul Bérenger pe abandonn le MMM ek bann militan. Li pe abandonn bann transformasion ki bann militan pe aporte. » Rajesh Bhagwan a néanmoins assuré que le travail se poursuivrait, même sans Paul Bérenger et Joanna Bérenger. « Nos structures sont toujours là », a-t-il affirmé.

Ajay Gunness a, pour sa part, déploré les tergiversations de Paul Bérenger, qui a annoncé sa démission à plusieurs reprises. Il a jugé inédit ce qui s’est passé le mercredi 18 mars, lorsque le CC du MMM, dans sa grande majorité, a demandé au parti de rester au gouvernement - avant que Paul Bérenger ne fasse comprendre, lors de la conférence de presse qui a suivi, que sa propre décision et celle de l’instance étaient deux choses distinctes. « Pou mwa Paul Bérenger li pa suiv sek iso linstans dir li fer », a-t-il martelé. 

Il a souligné que l’alliance entre le PTr, le MMM, le ND et le ReA demeurait intacte, et que ce qui avait changé, c’était uniquement le choix personnel de Paul Bérenger de démissionner comme Premier ministre adjoint. « Si le rol de MMM li rezim li a sa, sori, mo pa retrouv mwa dan sa kalite MMM-la », a-t-il ajouté, en référence à l’idée de quitter le gouvernement après l’avoir rejoint. 

Ajay Guness a également indiqué que le Premier ministre Navin Ramgoolam avait donné la garantie que les proches du MMM placés dans les corps paraétatiques resteraient en poste. Il a enfin annoncé que les députés du MMM descendraient sur le terrain pour rencontrer les militants dans les comités régionaux afin de leur expliquer la situation.

Dans la même veine, Aadil Ameer Mea a annoncé qu’à l’issue du BP de ce lundi 23 mars, il allait déposer une motion pour la tenue d’un CC le mercredi 25 mars. L’objectif : organiser un vote à bulletin secret afin de déterminer officiellement si le MMM doit rester au gouvernement et ainsi légitimer les actions des parlementaires.

Arianne Navarre-Marie a, elle, déploré qu’un homme qui se dit démocrate comme Paul Bérenger ait pu faire fi d’une décision prise à une large majorité par le comité central. Avec son expérience des crises gouvernementales de 1983, 1993 et 1997, elle a soutenu qu’à chaque fois, le vœu des militants avait été respecté. Elle a également dénoncé les attaques dont font l’objet ceux qui ont choisi de rester. « Ena militan kinn vot nou, ek la popilasion an zeneral inn vot pou enn sanzman, pou ki sa gouvernman-la travay pou sanz bann zafer ek se seki nou pe fer », a-t-elle affirmé, soulignant que c’est de l’intérieur du gouvernement que le travail peut se faire, avec le soutien d’un Premier ministre à leur écoute.

Deven Nagalingum, colistier de Paul Bérenger à la circonscription n°19, a lui aussi exprimé sa surprise face à la décision de son camarade. « Enn kout koumsa mett tou dimoun orfelin, mo pa krwar ki li ti dan nou lintere. Kamarad Paul ti bizin panse seki li pe fer », a-t-il déclaré. Malgré sa tristesse, il a affirmé son intention de rebondir et de poursuivre son travail en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports, convaincu que le temps leur donnera raison.

Enfin, c’est Reza Uteem, président du MMM, qui a conclu les prises de parole. Reconnaissant la stature de Paul Bérenger - « li leader du MMM ek linn akonpli ek kontribie boukou pou Moris ek li ti ena ankor bokou pou kontribie » -, il a néanmoins justifié la décision de rester au gouvernement. Il a indiqué que les membres du MMM avaient consulté les comités régionaux avant de se prononcer, et que ceux-ci leur avaient demandé de rester, en dépit de la position contraire de Paul Bérenger. 

Face à la crise économique qui se profile et aux tensions au Moyen-Orient, Reza Uteem a plaidé pour la responsabilité collective. « Se pa le moman pou sove divan nou responsabilite ek al asiz dan lopozition », a-t-il dit, estimant que le pays a besoin du MMM et des compétences de ses députés élus pour implémenter le programme gouvernemental. « Paul Bérenger inn swazir pa pran se responsabilite », a-t-il conclu.

À l’heure des questions

La révocation de Paul Bérenger comme leader a-t-elle été demandée ?
« Non, ce n'est pas à l’agenda. Nous n’avons pas discuté de cela », a affirmé Rajesh Bhagwan. Ce qui sera au menu des discussions, c’est la motion d’Aadil Ameer Mea à la réunion du bureau politique sur la question de savoir si le MMM va rester au gouvernement, a ajouté Ajay Guness.

Quelle sera la posture des parlementaires du MMM vis-à-vis de Paul Bérenger ?
« Paul Bérenger sait que 90 % des instances sont contre lui », a affirmé Rajesh Bhagwan, qui s’est également interrogé sur le fait de savoir si Paul Bérenger a été coupé de la réalité et s’il n’est pas au courant des problèmes auxquels fait face la population. Pour Ajay Guness, Paul Bérenger n’a pas respecté la voix des militants au comité central. Rajesh Bhagwan a pour sa part rappelé que ce sont les militants qui lui ont permis d’être vice-Premier ministre. « Zordi li vir ledo li ale, kouma pou appel sa ? », s’est-il interrogé.

Qui va remplacer Paul Bérenger au poste de vice-Premier ministre ?
C’est la prérogative du Premier ministre. « Se pa nou priorite pou le moman. Nou pa mett kouto amba lakoz, premie minis asse ena lexperians, li respekte le MMM ek nou respekte li », a affirmé Rajesh Bhagwan.

Paul Bérenger a-t-il averti qu'il allait démissionner ?
« Non, nous n'avons pas été informés. Nous étions en Conseil des ministres au moment de sa conférence de presse. C'est à la sortie que nous avons pris connaissance de la nouvelle », ont affirmé les animateurs de la conférence de presse.

Qui est cet ami commun dont parle Paul Bérenger, qui l’aurait poussé à démissionner comme vice-Premier ministre ?
Paul Bérenger aurait dû informer les instances du parti. « A oken moman le Premie Minis pa finn dir Paul Bérenger demisione », a affirmé Reza Uteem, pour qui Paul Bérenger a fait preuve d'un manque d'égard envers les membres du parti, et particulièrement envers l'état-major, en ne les informant pas de sa décision de démissionner.

Selon Rajesh Bhagwan, le Premier ministre Navin Ramgoolam a été extrêmement patient malgré toutes les déclarations et critiques de Paul Bérenger envers le gouvernement. « Dan le passe mo trouv bann minis kinn fer bann deklarasion, avan mem li kot li, motar vini vinn devan so laport avek enn papie. » Pour lui, le Premier ministre a été patient et n'a à aucun moment demandé à Paul Bérenger de démissionner.

Paul Bérenger a parlé de pourriture au sein du MMM ?
« Nous le mettons au défi de venir dire de qui il s'agit. Paul Bérenger abitie dir li mett o défi, nou osi nou mett li o défi : vinn dir ki sa bann pouritir li pe koze la. Li pa kapav nek sali dimoun san prev, sa li fasil sa », a martelé Ajay Guness.

Après le stress que Paul Bérenger a mis sur la population, Rajesh Bhagwan lui a souhaité bonne chance pour la suite.

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