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Rajendraparsad Boodhun : «La vache est notre mère et nous devons la protéger»

Rajendraparsad Boodhun, l’homme qui vaut 60 vaches.

Une vidéo montrant une vache voyageant dans une berline a été commentée, partagée et aimée des milliers de fois sur Facebook. Le propriétaire de l’animal est Rajendraparsad Boodhun (Surya Narayan). Ce recteur possède 60 vaches. 

Il a vécu six ans sans eau et sans électricité à Belle-Rive. « Je pense que la vidéo a été prise quand je me rendais à Petit-Raffray ou que j'en revenais la semaine dernière », dit-il. Rajendraparsad Boodhun soutient que chaque 12 ans, les kovils et les mandirams effectuent une rénovation. « Avant la cérémonie d’inauguration, les divinités doivent être dévoilées devant une vache. Les temples font donc appel à moi. C’est la raison pour laquelle, je transporte mes vaches dans ma voiture. Je dois enlever le siège arrière pour faire de la place. Elles sont habituées à ce mode de déplacement », confie-t-il. Le religieux indique qu’il ne dispose pas de véhicule adapté pour transporter ses vaches.

Le recteur se tient aux côtés de Saraswati Mata (nom de la déesse de l’intelligence).
Le recteur se tient aux côtés de Saraswati Mata (nom de la déesse de l’intelligence).

Cet homme de 59 ans est sous les feux des projecteurs depuis une semaine, après que le site www.defimoteurs.mu a publié une vidéo dans laquelle on aperçoit une vache dans une berline blanche. L’article a été publié sur la page Facebook de defimedia.info le 19 février. Intitulé « Île Maurice : Une vache voyage dans une voiture », il a suscité plus de 3 400 réactions, 463 commentaires et 426 partages (chiffres au 21 février).

Dans les commentaires, certains ont salué son initiative et d’autres l’ont critiqué. Quelques internautes l’ont reconnu. « Depuis quelques jours, mon téléphone n’arrête pas de sonner. Des connaissances me félicitent. Ensuite, j’ai compris que quelqu’un a publié une vidéo de ma vache voyageant dans ma voiture. Je suis agréablement surpris. Mo espere sa video fer piblisite mo bann vass », dit-il.

Rajendraparsad Boodhun  possède 60 vaches. Il en avait 175 ! Chacune a un prénom par exemple Shabri Mata, Anjani Mata, Arjun, Balaram ou encore Kunti Mata. Chaque appellation est liée à une divinité et suivie de Mata qui signifie maman en hindi.

Il indique qu’il sauve les vaches pour qu’elles ne finissent pas à l’abattoir. Cela, depuis 1997. Un jour, il rentrait à la maison quand il aperçoit un boucher devant la porte de sa belle-sœur. Il apprend qu’elle s’apprête à vendre ses deux vaches.

« J’étais choqué et triste. La vache est considérée comme sacrée dans l’hindouisme. Elle est notre mère et nous devons la protéger. J’ai fait remarquer à ma belle-sœur qu’elle a pu construire sa maison, organiser le mariage de ses trois enfants et gagner sa vie, grâce à ses vaches laitières. Comment pouvait-elle s’en débarrasser quand elles n’étaient plus productives ? Ma belle-sœur a campé ses positions », dit ce natif de L’Espérance-Trébuchet.

Il débourse Rs 25 000 et remet la somme à sa belle-sœur. Il rentre avec les deux vaches. Il leur donne même un prénom, Yashoda Mata et Satyabhama Mata. Les prénoms sont respectivement celui de la mère et d’une des épouses de la divinité Krishna.

 Il dépense Rs 30 000 par mois pour l’alimentation de ses 60 vaches.
 Il dépense Rs 30 000 par mois pour l’alimentation de ses 60 vaches.

Petit à Petit, Rajendraparsad Boodhun se fait connaître comme un fervent militant des vaches. Il est souvent sollicité pour sauver les vaches. « Aujourd’hui, j’achète une vache entre Rs 40 000 et Rs 50 000. Je prends soin d’elles. J’ai aussi deux employés pour s’occuper d’elles en mon absence », dit-il. Il ajoute que cela fait six ans depuis qu’il loue un terrain de neuf arpents.

« Je vis sans eau ni électricité pendant toutes ces années. Je dois payer Rs 30 000 aux deux employés, la ration mensuelle des vaches tourne autour de Rs 30 000 et je dois aussi payer la location. Mon salaire ne suffit pas. Certains viennent se recueillir auprès des vaches et me remettent une donation », dit-il. Il collecte l’eau de pluie et se sert de la lampe torche de son téléphone cellulaire. 
Rajendraparsad Boodhun est recteur du collège Quartier-Militaire SSS. Il a fait sa scolarité au Bhujoharry College à Port-Louis.

Ensuite, il a opté pour des études supérieures en mathématiques à l’Université de Delhi en Inde. Trois ans après, il est retourné à Maurice et a enseigné pendant huit ans dans un collège à Montagne-Longue. Puis, il a passé huit ans dans un autre établissement scolaire. En 1998, il est promu recteur.

Il découvre les enseignements de Krishna dans la Bhagavad Gita à l’âge de 28 ans. Quelque temps après, il renonce à une alimentation carnée. « Chaque verset indique que la vie est précieuse et qu’il nous faut protéger chaque entité vivante. Nous avons sept mères, dont notre maman biologique, la Terre et la vache. Il est donc de mon devoir d’assurer la sécurité de ma mère. Il nous faut cultiver de la compassion pour chaque être vivant. Mem enn fourmi mo pa touye », confie-t-il.


 Une capture d’écran de la vidéo montrant la vache voyageant dans une berline.
 Une capture d’écran de la vidéo montrant la vache voyageant dans une berline.

Infraction à la Road Traffic Act

Selon la National Transport Authority (NTA),  il est interdit de transporter une vache ou tout autre animal à bord d’une voiture.  « La carte grise d’un véhicule indique clairement le nombre de sièges qu’il contient. Ces derniers sont prévus pour des passagers et non des animaux », fait ressortir un préposé de la NTA. « Transporter un animal dans sa voiture constitue ainsi une infraction à la Road Traffic Act. »