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Raja Vencatasawmy : L’homme qui ramène la rivière à la maison

Raja Vencatasawmy est aquascaper. Raja Vencatasawmy est aquascaper.
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Dans ses aquariums, Raja Vencatasawmy compose des mondes aquatiques. Un art fragile et envoûtant, où la nature miniature devient tableau vivant, entre méditation, science et pure poésie visuelle.

« La nature est un trésor. Mon rôle, c’est de la reproduire, de la préserver, et surtout de la partager. »

À Montagne Blanche, sur les hauteurs de l’île, un atelier scintille de reflets verts et bleus. Derrière les vitres, des paysages miniatures se dessinent : forêts sous-marines, rivières captives, cascades miniatures. Ici vit Raja Vencatasawmy, 45 ans, aquascaper. Un mot étrange, encore inconnu de la plupart des Mauriciens, mais qui, pour lui, définit un art total.

Il se fait promeneur avant d’être créateur, capteur d’ambiances qu’il restitue en mondes vivants.
Il se fait promeneur avant d’être créateur, capteur d’ambiances qu’il restitue en mondes vivants.

« L’aquascaping, ce n’est pas mettre des poissons dans un bocal », dit-il en souriant. « C’est recréer un écosystème, une harmonie, un paysage où chaque être vivant a sa place. »

Il s’inspire de ce qu’il observe dans la nature, dans les forêts et les rivières, et le transpose en miniature.
Il s’inspire de ce qu’il observe dans la nature, dans les forêts et les rivières, et le transpose en miniature.

Dans son atelier, les aquariums scintillent comme des fenêtres ouvertes sur d’autres mondes. Les crevettes se faufilent entre les mousses, les plantes aquatiques ondulent comme des algues au fond d’une rivière, des pierres noires rappellent les berges volcaniques de l’île. Certains décors évoquent les rivières de Maurice, d’autres les cascades de l’Est ou encore des sous-bois tropicaux où prospèrent fougères et mousses. 

Raja

Plus loin, s’alignent des paludariums bruissant d’eau, des terrariums humides, des ripariums et même des vivariums. Dans son jardin, des bassins avec cascades côtoient des volières où évoluent des oiseaux. « La nature est mon canevas », résume Raja. « Je m’inspire de ce que j’observe dehors, dans les forêts et les rivières, puis je le transpose en miniature, chez les gens. »

Chaque projet commence par une marche. « J’aime parcourir les rivières, les lacs, les cascades. J’observe les plantes qui poussent sur les berges, les pierres, les mousses, les petits invertébrés. Ensuite, je tente de reproduire le même biotope dans un aquarium, avec les mêmes espèces, les mêmes textures, la même harmonie. » Raja se fait promeneur avant d’être créateur, capteur d’ambiances qu’il restitue en mondes vivants.

Passionné par les invertébrés d’eau douce endémiques, il collecte, observe, photographie, catalogue.
Passionné par les invertébrés d’eau douce endémiques, il collecte, observe, photographie, catalogue.

Il aime à dire que son métier est un mélange de science, d’art et de poésie. La science d’abord : passionné par les invertébrés d’eau douce endémiques, il collecte, observe, photographie, catalogue. Un travail de fourmi qu’il consigne dans un livre en préparation, List of New Undescribed Species of Shrimps. La poésie ensuite : celle de paysages aquatiques qui tiennent à la fois du jardin zen et du conte de rivière.

« Les Mauriciens connaissent la mer, mais peu nos rivières », regrette-t-il. Ses créations sont pour lui une mission de transmission. Dans les bassins qu’il installe dans les jardins, avec une cascade, des plantes aquatiques et parfois des poissons, les familles redécouvrent une nature qu’elles croyaient lointaine. « Quand les gens viennent voir mes aquariums, ils me disent souvent qu’ils se sentent apaisés, comme transportés ailleurs. C’est ma plus belle récompense. »

Il prépare actuellement un livre, « List of New Undescribed Species of Shrimps ».
Il prépare actuellement un livre, « List of New Undescribed Species of Shrimps ».

Chaque réalisation est unique, pensée comme un écosystème autonome. « Je ne fais pas des décors. Je crée des mondes vivants », insiste Raja. Et derrière cette affirmation perce une philosophie forgée au contact de l’eau et des pierres. « L’aquascaping m’a appris la patience et l’humilité. Dans la nature, rien n’est jamais figé. Une plante peut mourir, une pierre peut se déplacer, un courant d’eau peut changer. Il faut s’adapter, accepter. »

L’avenir, il le voit plus grand. Son livre sur les crevettes est une étape, mais il rêve d’un centre de découverte dédié aux écosystèmes aquatiques mauriciens. « J’aimerais que les enfants, les familles puissent voir et comprendre la richesse de nos rivières et de nos forêts. Si on ne connaît pas, on ne protège pas. »

Dans le silence de Montagne-Blanche, ses aquariums racontent à leur manière ce combat discret. Des mondes fragiles où l’eau, la pierre, la verdure et la vie s’unissent dans une harmonie patiemment recréée. Raja, lui, s’efface. « La nature est un trésor, dit-il simplement. Mon rôle, c’est de la reproduire, de la préserver, et surtout de la partager. »

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