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Radio Plus: unanimité autour de la révision des méthodes de la police

Les charges provisoires de même que certaines méthodes de la police ont fait l’objet de débat sur le plateau de Radio Plus, jeudi. Cela dans le sillage de l’arrestation de Shakeel Mohamed survenuecette semaine.

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Le grand journal de Radio Plus était consacré, ce mercredi, à la polémique de la semaine : les procédures qu’utilise la police dans ses enquêtes, notamment l’utilisation des charges provisoires et l’arrestation des personnes à la lumière de simples allégations. À l’origine du débat : l’arrestation et la perquisition de la maison de Shakeel Mohamed, en début de semaine, dans le cadre de la réouverture de l’enquête sur l’affaire de la rue Gorah-Issac. Ritesh Ramful, avocat et parlementaire du Parti travailliste (Ptr), Samad Golamaully, avocat, et Lindsay Morvan, membre de l’ONG Justice, étaient sur la même longueur d’onde sur le plateau de Jean-Luc Émile. Intervenant au téléphone, Me Raouf Gulbul, candidat battu de l’Alliance Lepep aux dernières élections générales, a critiqué la manière de faire de la police. « La façon de procéder de la police est dépassée. J’ai toujours mené campagne contre les charges provisoires. On peut être sous une accusation provisoire durant plusieurs années pour que, finalement, les charges ne soient pas retenues, mais nous n’avons aucun recours. On ne peut réclamer des dédommagements », a-t-il déploré. D’autant plus, a-t-il rappelé, que seules trois personnes en liberté conditionnelle se sont enfuies du pays depuis l’indépendance. L’avocat a rappelé que l’ancien gouvernement avait circulé un ‘Police and Criminal Evidence Draft Bill’, mais on avait dû le retirer après avoir constaté que cela aurait débouché sur davantage d’abus. L’avocat s’est exprimé en faveur d’une nouvelle version de cette loi aussi vite que possible. « Il faut un code spécial pour que les policiers sachent comment agir dans telle ou telle circonstance. Il faut, par exemple, qu’il sache qu’on ne peut arrêter quelqu’un sur la base de simples allégations », a déclaré Raouf Gulbul. Lindsay Morvan n’a pas manqué d’égratigner la police. « Ce qui se passe aujourd’hui va au-delà des considérations politiques. » Selon ce dernier, on se retrouve actuellement dans une situation analogue à l’époque où le Major Crimes Investigation Team de feu le CI Prem Raddhoa agissait « comme une police parallèle ». Il a également déploré ce qu’il considère être « de l’excès de zèle » de la part des policiers, faisant référence au fait que Hurrydeo Bholah, arrêté dans le cadre des enquêtes sur la National Development Unit, ait été menotté à son lit d’hôpital. Me Golamaully est revenu sur le cas spécifique de Shakeel Mohamed : « Personnellement, je ne vois pas quelle preuve il y a contre lui », affirme-t-il. Pour l’avocat, quand l’assistant Commissaire de police Jangi parle de preuves, il fait référence aux seules allégations de Swaleha Joomun. Il a rappelé que Kadhafi Oozeer, qui avait incriminé l’élu du Ptr, s’était rétracté. « La manière dont la police mène ses enquêtes est dépassée. Les outils utilisés sont dépassés. Même avec toute la bonne volonté du monde, le policier honnête finit par entrer dans l’école ‘arete apre nou gete’ », a résumé Samad Golamaully.

‘Reasonable suspicion’

Interrogé sur l’expression « lord vinn depi lao », utilisée dans les milieux policiers, Ritish Ramful a lancé : « Je ne comprends pas. Est-ce qu’on parle de politiciens? Du commissaire? » Selon lui, que ce sentiment soit fondé ou pas, il y a une perception réelle que « des gens qui n’ont rien à voir avec les enquêtes policières interfèrent ». Ce dernier a entraîné le débat sur le terrain politique également, en soulignant que le retour à l’avant-plan de Swaleha Joomun arrive juste après le congrès du Ptr à Plaine-Verte. L’avocat travailliste a également estimé que le terme « reasonable suspicion », sur lequel les enquêteurs doivent se baser pour formuler une accusation provisoire, est la source du problème. « Que veut dire cette expression ? » s’est-il interrogé. « C’est sujet à diverses interprétations. Si votre voisin ne vous aime pas et fait une allégation contre vous, on vous emmène en cour et on objecte à votre libération sous caution. C’est cela le reasonable suspicion? Il faut venir avec la Police and Criminal Evidence Act », a-t-il déclaré. Samad Golamaully est également revenu sur la responsabilité directe du Commissaire de police. La descente effectuée chez Shakeel Mohamed relèverait, dit-il, d’un « exercice comique ». « C’était un gaspillage de fonds publics ». « Est-ce que monsieur Nobin vient nous dire que c’est lui qui a donné l’ordre de le faire? On ne peut se contenter de dire que c’est la faute au système et le perpétuer. Il faut changer de système! » a-t-il affirmé.

Procédures appliquées depuis toujours

Joint au téléphone, Ranjeet Johkoo, ancien enquêteur de la MCIT, aujourd’hui à la retraite, a expliqué qu’il était « tout à fait d’accord » qu’on revoie le système. « Ce que nous décrions, c’est une procédure qui est appliquée depuis toujours. Auparavant, certaines ‘objections to departure’ avaient subi les mêmes flots de critiques. Nous avons changé les choses et c’est désormais à la cour de décider. On pourrait faire de même pour les charges provisoires », a expliqué l’ancien policier à l’antenne de RadioPlus. « Il faut examiner la procédure policière. Si elle n’est plus convenable, il faut la changer », a-t-il ajouté. D’autant plus, rappelle l’intervenant, que c’est bien la première fois que des ministres d’un gouvernement critiquent le système. Selon l’ancien policier, il faudrait que le Premier ministre apporte des amendements à la loi. « Avant Jangi, ses prédécesseurs ont suivi les mêmes procédures », a-t-il souligné. Ranjeet Jokhoo a également émis une autre critique concernant la haute hiérarchie de la police : « La majorité de ceux qui dirigent la police aujourd’hui sont d’anciens gardes du corps de ministres. Ils se sont brusquement retrouvés propulsés au sommet. Cela aussi doit changer…»

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