Législatives 2019

Questions à Takesh Luckho, économiste : «Le prochain GM a l’obligation de se mettre au travail dès à présent»

Dans l’entretien téléphonique réalisé le mercredi 6 novembre, Takesh Luckho, Docteur en économie et chercheur indépendant, affirme que le régime issu des législatives d’aujourd’hui ne peut se permettre le luxe de célébrer sa victoire. Compte tenu des diverses promesses et indicateurs, le travail devrait démarrer aussi vite que possible.

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Vendredi après-midi, le pays saura qui dirigera le prochain gouvernement. Et dès ce jour, quelles seront les priorités du nouveau régime ?
Le futur gouvernement devrait s’atteler à concrétiser sa principale promesse, destinée aux Mauriciens ayant 60 ans ou plus. Dépendant du parti ou des partis au pouvoir, la pension devrait augmenter de 45% pour passer à Rs 9 000 ou de 61%, se hissant à Rs 10 000 avec effet quasi immédiat. Dans le concret, cette mesure a un impact considérable sur les finances publiques.

Or, jusqu’ici, la population n’a eu droit qu’à l’annonce. Le nouveau gouvernement devrait venir expliquer d’où proviendra cet argent. Le Budget 2019/2020 ne prévoit que Rs 500 par Mauricien de 60 ans ou plus. Qui aura droit à ce montant ? Tout le monde? Est-ce que la mesure s’appliquera à ceux ayant 65 ans ou plus ? Qu’en est-il des veuves et autrement capables ? Le prochain Premier ministre et son ministre des Finances auront la charge d’expliquer comment cet important chantier financier sera mis à exécution.

Dans la foulée, le salaire minimal sera revu. Parce que cela ne fait aucun sens qu’un Mauricien à la retraite perçoit un montant supérieur à quelqu’un qui travaille. Si tel est le cas, le système s’effondrerait.

Est-ce qu’une hausse des pensions universelles et diverses allocations signifient que la taxe augmentera ?
C’est un fait. La mise en oeuvre des promesses électorales apportera une pression additionnelle sur les caisses de l’État. Plusieurs formules pour booster les revenus fiscaux sont possibles dont une taxe indirecte sur les produits pétroliers, ou un réajustement de la taxe sur la valeur ajoutée, ou une révision à la hausse des prélèvements sur les salaires, voire une réintroduction d’une nouvelle grille d’imposition. Ne nous voilons pas la face. Le présent système fiscal sera revu tôt ou tard. (…) À un moment donné, dans le proche avenir, nous devrons changer notre système fiscal ou notre façon de dépenser l’argent ou les deux à la fois…

Sans réajustement, le nouveau régime sera appelé à emprunter davantage, avec un impact sur la dette. Sommes-nous en passe d’être en banqueroute, comme la Grèce ?
Comparer la dette publique de Maurice à celle de la Grèce équivaut à de la démagogie ! La dette publique mauricienne est certes au-dessus des limites prescrites par le Fonds monétaire international. Mais notre dette a été contractée en grande partie auprès des institutions locales. La pression est moindre comparée à des pays tels que l’Afrique-du-Sud ou le Nigeria, des pays africains qui ont des dettes en dollars et qui sont donc davantage sous la loupe des observateurs et organismes internationaux. 
Ceci étant dit, la dette devra être ramenée à des proportions plus justes tant en termes monétaires que par rapport au produit intérieur brut. Comment ? Au prochain gouvernement de nous l’expliquer dès le début de mandat…

Est-ce là les seuls soucis du prochain gouvernement ?
Loin de là. La croissance a été revue à la baisse. L’économie roule au ralenti avec des pressions externes car nos marchés traditionnels, dont l’Europe et la Grande-Bretagne, sont en difficulté. Le tourisme, l’industrie manufacturière et le secteur cannier sont en difficulté. Ces industries essentielles demandent une attention particulière et rapide avec une stratégie bien définie, rapide et simple. Pour moi, le nouveau gouvernement a l’obligation de se mettre au travail aussi vite que possible. La situation l’exige.

Est-ce que le prochain gouvernement pourra se permettre de recommencer à zéro avec des politiques novatrices ou bien s’adapter au présent contexte d’abord ?
Je ne crois pas que le nouveau gouvernement peut se payer le luxe de tout recommencer. Il y a beaucoup de projets en cours. Certains de ces projets, s’il y a changement de pouvoir, seront revus par les nouveaux gouvernants à travers davantage de consultations et de suggestions d’améliorations afin de gommer les imperfections…

 

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