Qu’est-ce que le détroit d’Ormuz ? Quel serait l’impact de sa fermeture sur les prix du pétrole ?

Par Defimedia.info
Publié le: 1 mars 2026 à 17:42
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Qu’est-ce que le détroit d’Ormuz ? Quel serait l’impact de sa fermeture sur les prix du pétrole ?

Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont déclenché une riposte rapide de Téhéran, visant des intérêts américains et israéliens dans plusieurs pays du Moyen-Orient, notamment Israël, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn, la Jordanie, l’Arabie saoudite, l’Irak et Oman.

Des analystes mettent en garde contre une flambée des prix mondiaux du pétrole après que des responsables iraniens ont évoqué la possibilité de fermer le détroit d'Ormuz, l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde.

Samedi, un responsable de l’Union européenne a indiqué à l’agence Reuters que des navires transitant par le détroit avaient reçu des communications radio en très haute fréquence (VHF) émanant des Gardiens de la révolution islamique (IRGC), affirmant qu’« aucun navire n’est autorisé à franchir le détroit d’Ormuz ». Il a toutefois précisé que l’Iran n’avait pas officiellement fermé le passage.

Plusieurs armateurs ont néanmoins suspendu leurs expéditions de pétrole et de gaz via cette route, dans un contexte de conflit régional.

Où se situe le détroit d’Ormuz ?

Le détroit d’Ormuz se trouve entre Oman et les Émirats arabes unis d’un côté, et l’Iran de l’autre. Il relie le Golfe (arabo-persique) au golfe d’Oman puis à la mer d’Arabie.

Large de 33 kilomètres à son point le plus étroit, il ne dispose que de chenaux de navigation d’environ 3 kilomètres dans chaque sens, ce qui le rend particulièrement vulnérable en cas d’attaque.
Malgré son étroitesse, il accueille les plus grands pétroliers du monde. Les principaux exportateurs de pétrole et de gaz du Moyen-Orient en dépendent pour acheminer leurs cargaisons vers les marchés internationaux, tandis que les pays importateurs comptent sur son fonctionnement ininterrompu.

Quels volumes de pétrole et de gaz y transitent ?

Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), environ 20 millions de barils de pétrole ont transité chaque jour par le détroit en 2024, représentant près de 500 milliards de dollars d’échanges énergétiques annuels.

Le brut provient notamment d’Iran, d’Irak, du Koweït, du Qatar, d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

Le détroit joue également un rôle clé dans le commerce du gaz naturel liquéfié (GNL) : près d’un cinquième des flux mondiaux de GNL y ont transité en 2024, le Qatar représentant la majeure partie de ces volumes.

Quelles destinations ?

En 2024, 84 % des cargaisons de brut et de condensats passant par le détroit étaient destinées aux marchés asiatiques. Une tendance similaire s’observe pour le gaz, avec 83 % des volumes de GNL dirigés vers l’Asie.

La Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud ont absorbé à eux seuls 69 % des flux de pétrole brut et de condensats transitant par le détroit l’an dernier. Leurs industries, leurs réseaux de transport et leurs systèmes électriques dépendent fortement de l’énergie du Golfe.

Une flambée des prix du pétrole toucherait donc particulièrement ces économies, ainsi que plusieurs pays d’Asie du Sud-Est.

Quel impact sur les prix du pétrole ?

Selon les médias d’État iraniens, toute décision de fermeture du détroit doit être prise par le Conseil suprême de sécurité nationale et validée par le gouvernement.

Mais les marchés énergétiques sont déjà en état d’alerte. Depuis le début du conflit, le trafic maritime dans le détroit a fortement diminué, tandis que le nombre de navires immobilisés dans le golfe d’Oman et dans le Golfe a nettement augmenté.

Environ 30 % du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde transite par le détroit d’Ormuz. Près de 20 % du kérosène mondial et 16 % des flux d’essence et de naphta y passent également.

Selon des données maritimes, au moins 150 pétroliers — transportant du brut ou du GNL — ont jeté l’ancre au-delà du détroit. Ils sont regroupés au large des grands producteurs du Golfe, notamment l’Irak, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Des autorités maritimes britanniques ont par ailleurs signalé une activité militaire « significative » dans la zone et fait état d’un incident au large d’Oman.

Des experts estiment qu’une fermeture du détroit perturberait immédiatement près d’un cinquième du pétrole échangé dans le monde.

Les prix ne se contenteraient pas d’augmenter : ils pourraient bondir brutalement sous l’effet de la panique des marchés.

Quelles conséquences pour l’économie mondiale ?

Toute perturbation durable des flux énergétiques via le détroit d’Ormuz aurait des répercussions bien au-delà du marché pétrolier. Une hausse soutenue des cours renchérirait les coûts du carburant, du transport et de la production industrielle.

Une envolée du baril à 100 dollars, si elle devait se prolonger, pourrait ajouter entre 0,6 et 0,7 point de pourcentage à l’inflation mondiale, selon certains économistes. Elle entraînerait également une hausse des prix du gaz naturel.

Un tel scénario risquerait de retarder l’assouplissement monétaire des grandes banques centrales et de fragiliser davantage les économies déjà vulnérables, rapprochant certaines d’entre elles du risque de récession.

Source : Al Jazeera

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