Quelle est cette proposition de paix iranienne rejetée par Trump ?
Par
Defimedia.info
Par
Defimedia.info
Le président des États-Unis, Donald Trump, a rejeté la réponse de l’Iran à sa dernière proposition de paix visant à mettre fin à la guerre, un conflit qui a bouleversé l’économie mondiale.
Réagissant à la contre-proposition envoyée par Téhéran aux États-Unis par l’intermédiaire du Pakistan, Donald Trump a accusé l’Iran de « jouer à des jeux » dans un message publié dimanche soir sur sa plateforme Truth Social.
Selon lui, l’Iran « joue avec les États-Unis et le reste du monde depuis 47 ans ». « Ils ne riront plus désormais », a-t-il écrit.
Deux heures plus tard, Donald Trump a ajouté : « Je viens de lire la réponse des soi-disant “représentants” de l’Iran. Je ne l’aime pas du tout - TOTALEMENT INACCEPTABLE ! »
Plus d’un mois après le début d’un cessez-le-feu temporaire, instauré le 8 avril, les discussions entre Washington et Téhéran piétinent. L’Iran réclame une fin permanente de la guerre, tandis que Donald Trump exige d’abord la réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième des exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel en temps de paix. Le président américain a également fixé comme « ligne rouge » la question des capacités nucléaires iraniennes.
Le blocus de facto imposé par l’Iran dans le détroit est intervenu après les attaques lancées contre le pays par les États-Unis et Israël le 28 février. Le maintien d’un blocus naval américain contre les ports iraniens, malgré le cessez-le-feu, a accentué les tensions.
Les États-Unis et l’Iran continuent également d’attaquer, d’intercepter et de capturer des navires, tandis que plusieurs pays du Golfe ont de nouveau été visés par des attaques.
Que contient la nouvelle proposition iranienne ?
Selon des médias iraniens, Téhéran a présenté une contre-proposition exigeant notamment la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, où Israël mène des frappes intensives et une offensive terrestre.
L’Iran souhaite que la première phase des négociations porte sur :
• la cessation des hostilités ;
• la sécurité maritime dans le Golfe et le détroit d’Ormuz ;
• avant d’aborder les questions secondaires, notamment le programme nucléaire iranien et le soutien à des groupes alliés au Moyen-Orient.
« Notre réponse se concentre sur la fin de la guerre dans toute la région, particulièrement au Liban, et sur le règlement des différends avec Washington », a déclaré une source iranienne à Al Jazeera.
Selon cette même source, la réponse iranienne est « réaliste et positive ». Elle estime qu’une réaction favorable des États-Unis permettrait de faire avancer rapidement les négociations.
Le dossier nucléaire au cœur des tensions
Concernant les quelque 440 kilos d’uranium hautement enrichi détenus par l’Iran, que Washington réclame, des sources citées par le Wall Street Journal affirment que Téhéran propose :
• de diluer une partie de cet uranium ;
• et de transférer le reste vers un pays tiers.
L’Iran aurait également accepté de suspendre temporairement l’enrichissement d’uranium, mais pour une période plus courte que le moratoire de vingt ans exigé par les États-Unis.
En revanche, Téhéran rejette tout démantèlement de ses installations nucléaires.
Dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015, conclu sous l’administration Obama - le Joint Comprehensive Plan of Action - l’Iran était autorisé à enrichir l’uranium à 3,67 %, un seuil suffisant pour un programme nucléaire civil, mais très éloigné des 90 % nécessaires à la fabrication d’une arme nucléaire.
Donald Trump avait retiré les États-Unis de cet accord en 2018.
Aujourd’hui, Washington exige un enrichissement réduit à zéro.
Les exigences iraniennes
Selon l’agence iranienne Tasnim, l’Iran demande également :
• la levée des sanctions sur le pétrole iranien ;
• le déblocage des avoirs iraniens gelés à l’étranger ;
• la fin du blocus naval américain autour des ports iraniens.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a accusé Washington de maintenir des « exigences déraisonnables ».
Il a qualifié les demandes iraniennes de « légitimes », notamment :
• la fin de la guerre ;
• la levée du blocus et des actes de « piraterie » ;
• la libération des avoirs iraniens gelés ;
• la garantie d’un passage sécurisé dans le détroit d’Ormuz ;
• et l’établissement de la sécurité dans la région ainsi qu’au Liban.
Pourquoi Trump rejette-t-il cette proposition ?
Le plan américain en 14 points présenté la semaine dernière exige notamment que l’Iran :
• renonce au développement d’une arme nucléaire ;
• cesse tout enrichissement d’uranium pendant au moins douze ans ;
• remette son stock d’uranium enrichi à 60 %.
En échange, Washington promettait :
• une levée progressive des sanctions ;
• le déblocage de milliards de dollars d’avoirs iraniens ;
• ainsi que la fin du blocus des ports iraniens.
Les deux camps auraient également dû rouvrir le détroit d’Ormuz dans les trente jours suivant la signature d’un accord.
Donald Trump n’a pas détaillé précisément les raisons de son rejet catégorique, mais selon plusieurs analystes, les revendications iraniennes touchent des points sur lesquels Washington refuse de céder.
Les États-Unis souhaitent également mettre fin au soutien iranien à des groupes comme le Hamas et le Hezbollah, tout en réduisant fortement l’influence régionale de Téhéran.
Quelle suite possible ?
Le politologue Chris Featherstone, de l’University of York, estime que l’Iran n’a jusqu’ici cédé à aucune exigence américaine, ce qui semble avoir déstabilisé Donald Trump.
Selon lui, le président américain se retrouve « coincé » :
• il refuse de faire davantage de concessions à l’Iran pour préserver l’image de puissance américaine ;
• mais il ne parvient pas non plus à forcer Téhéran à céder.
Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group, estime pour sa part qu’« aucune pression économique ni force militaire ne contraindra l’Iran à capituler face aux exigences maximalistes américaines ».
Il considère que Donald Trump n’a désormais que deux mauvaises options :
• intensifier une guerre difficile à gagner ;
• ou accepter un compromis difficile à défendre politiquement.
D’autres analystes pensent toutefois qu’un retour à une guerre ouverte reste peu probable à ce stade, même si Washington pourrait renforcer davantage les sanctions et accroître la pression militaire autour du détroit d’Ormuz.
Source : Al Jazeera