Quand l’IA transforme le travail dans le monde...
Par
Kinsley David
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Kinsley David
De New Delhi à Port-Louis, l’intelligence artificielle s’impose comme le grand bouleversement économique de la décennie. Les chefs d’État et les décideurs mondiaux débattent de son impact lors de l’India–AI Impact Summit 2026. Une question est posée : l’IA est-elle une menace pour l’emploi ou une opportunité stratégique à saisir ?
L’India–AI Impact Summit 2026 est un tournant majeur dans le débat international sur l’intelligence artificielle. Présenté comme un point d’inflexion mondial, ce sommet ambitionne de passer du simple dialogue à un impact concret. Ancré autour des principes People, Planet, Progress, il promeut une IA au service de l’humanité, inclusive et responsable, capable de soutenir la croissance tout en protégeant l’équilibre social et environnemental.
La présence de chefs d’État et de figures politiques internationales, dont le président français Emmanuel Macron, ainsi que de hauts responsables gouvernementaux et dirigeants d’entreprises technologiques, témoigne de l’envergure stratégique du sujet. L’intelligence artificielle n’est plus un thème réservé aux ingénieurs ou aux startups. Elle est désormais au cœur des politiques économiques mondiales. Mais au-delà des grandes déclarations, une réalité s’impose : l’IA transforme déjà le monde du travail. Automatisation des tâches administratives, robots logiciels capables de traiter des milliers de données en quelques secondes, outils génératifs produisant textes, images et analyses… La mutation est rapide, parfois invisible, mais réelle.
À Maurice, économie largement orientée vers les services, BPO, finance, tourisme, commerce, administration publique, les implications sont majeures. Contrairement aux idées reçues, l’intelligence artificielle ne concerne pas uniquement les entreprises technologiques. Elle touche progressivement l’ensemble du tissu économique. Dès lors, plusieurs interrogations émergent : quels emplois sont menacés, quels secteurs seront transformés plutôt que supprimés, les jeunes générations sont-elles suffisamment préparées à cette mutation rapide, et surtout, Maurice doit-il craindre l’intelligence artificielle ou apprendre à en faire un véritable levier de compétitivité ? Pour comprendre les enjeux, nous avons croisé les regards d’un syndicaliste, d’un expert en recrutement, d’un universitaire et d’une économiste. Quatre perspectives pour décrypter un changement qui pourrait redessiner le marché du travail mauricien à l’horizon 2030.
L’intelligence artificielle influence déjà le marché du travail mauricien, mais son impact reste plus progressif que brutal. C’est le constat dressé par Barthelemy Aupee, expert en recrutement, qui évoque la transformation sous plusieurs angles bien distincts.
Le premier concerne le processus de recrutement lui-même. De plus en plus de candidats utilisent l’IA pour peaufiner leur CV ou rédiger leurs messages aux recruteurs. L’outil est devenu un réflexe pour tout ce qui touche à la rédaction et à la présentation. Du côté des entreprises, le mouvement est similaire. Les métiers des ressources humaines, historiquement chargés en tâches administratives, s’appuient désormais sur des solutions capables de générer des fiches de poste, d’optimiser le tri des candidatures ou de structurer des évaluations. L’IA s’intègre donc progressivement dans les coulisses du recrutement.
Le second angle est plus structurel et concerne l’impact sur le volume et la nature des embauches. Sur ce point, il se montre nuancé. En 2026, l’effet reste limité à Maurice. Les métiers évoluent, mais ils ne disparaissent pas. Les entreprises forment graduellement leurs équipes à l’utilisation de nouveaux outils intégrant l’IA, sans opérer de ruptures radicales. Il rappelle qu’à Maurice, licencier un salarié qui a plusieurs années d’ancienneté n’est ni simple juridiquement ni toujours cohérent sur le plan humain, surtout lorsqu’il s’agit d’un collaborateur fiable et expérimenté.
Selon lui, l’IA n’est d’ailleurs pas la principale tension du marché du travail mauricien aujourd’hui. La hausse des salaires durant les trois dernières années, l’inflation et la pénurie de main-d’œuvre locale liée au vieillissement de la population et aux départs des jeunes constituent des défis bien plus immédiats. L’arrivée de travailleurs étrangers pour combler ces manques, notamment dans des métiers manuels peu exposés à l’automatisation, illustre cette réalité. En résumé, Maurice n’en serait encore qu’aux prémices de la révolution annoncée.
Néanmoins, certains postes apparaissent plus vulnérables que d’autres. Un indicateur simple permet de s’en rendre compte : lorsque plus de 80 % du temps de travail est passé derrière un écran à réaliser des tâches informatisées, le risque d’automatisation devient réel. Les fonctions administratives et de back-office, le service client de premier niveau, la finance, la comptabilité, ainsi que certains métiers du droit et de la conformité devront se réinventer pour maintenir leur valeur ajoutée face aux agents intelligents.
Ce qui rend cette mutation inédite, c’est qu’elle touche d’abord les cols blancs. Là où la mécanisation industrielle remplaçait le travail physique, l’IA automatise désormais le travail cognitif : rédiger, analyser, synthétiser, coder, traiter des dossiers ou répondre à des clients. L’impact se concentre en priorité sur les tâches d’exécution, bien plus que sur les fonctions décisionnelles. En 2026, l’IA assiste encore, elle ne décide pas. La responsabilité stratégique reste entre les mains du management. Dans ce contexte, les jeunes diplômés qui entrent sur le marché du travail se retrouvent plus exposés que les cadres expérimentés. L’IA fragilise davantage le début de carrière que son sommet.
Du côté des profils recherchés, certaines constantes demeurent. La première qualité évoquée par les employeurs est la fiabilité. À tous les niveaux, les entreprises recherchent des collaborateurs stables et engagés. Sur les postes les moins rémunérés, l’absentéisme constitue une préoccupation récurrente. Ce qui pousse certaines structures à se tourner vers la main-d’œuvre étrangère. À l’inverse, sur les postes plus élevés, la rareté des opportunités favorise naturellement une plus grande stabilité.
Sur le plan stratégique, les profils capables de générer de la croissance restent prioritaires. Les métiers de la vente, du marketing et de la communication conservent une forte valeur, à condition de savoir vendre des produits à forte valeur ajoutée, de développer des offres orientées vers l’international et d’exploiter efficacement les leviers numériques. En parallèle, les fonctions support subissent une pression d’optimisation constante. Lorsqu’un directeur financier ou un DRH est recruté, l’objectif implicite est souvent d’améliorer la performance avec des ressources limitées. La maîtrise des nouvelles technologies, y compris l’IA, devient alors un différenciateur important.
Certains secteurs continuent toutefois de recruter naturellement, notamment la santé, la grande distribution et l’hôtellerie. Le secteur informatique, quant à lui, connaît une transformation plus profonde. Les postes juniors se raréfient, tandis que les profils seniors capables d’utiliser l’IA pour accroître leur productivité sont privilégiés. La cybersécurité, la fintech et le développement d’applications conservent de belles perspectives, à condition de se former en permanence.
En vingt ans de métier, Barthelemy Aupee a vu les attentes des employeurs évoluer considérablement. Le diplôme et l’expertise technique ne suffisent plus. Les entreprises recherchent désormais des profils fiables, capables d’apprendre en continu et de résoudre des problèmes de manière autonome. Passé un certain niveau de responsabilité, un collaborateur est recruté pour être une solution, capable d’analyser, de questionner le statu quo et de proposer des options crédibles tout en travaillant en équipe.
Certaines entreprises mauriciennes ont intégré cette mutation et considèrent le recrutement comme un levier stratégique de transformation. Elles valorisent le potentiel autant que l’expérience passée et encouragent la formation continue. D’autres adoptent une approche plus défensive, utilisant le recrutement comme un simple outil de maintien de position. À long terme, estime-t-il, ce sont les entreprises qui feront du recrutement un outil offensif et stratégique qui prendront une avance structurelle durable.
La révolution technologique qui s’annonce ne peut être analysée sans distinguer clairement automatisation et intelligence artificielle. C’est le point de départ de la réflexion de Reeaz Chuttoo, membre de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP). Selon lui, le débat public tend à amalgamer ces notions, alors que leurs implications pour l’emploi ne sont pas identiques.
L’automatisation existe depuis longtemps, notamment dans la production en série. Aujourd’hui, elle est plus sophistiquée : imprimantes 3D, machines intelligentes, systèmes robotisés capables d’exécuter des tâches complexes avec une précision accrue. L’intelligence artificielle franchit toutefois une nouvelle étape : elle analyse, apprend, interagit et peut même opérer à un niveau de supervision.
« Nous parlons désormais de systèmes capables de remplacer certaines fonctions décisionnelles. Mais une machine reste dépourvue de valeurs, d’émotions et de conscience sociale. Dans le monde du travail, cette situation peut avoir des conséquences graves. » À Maurice, le niveau de robotisation est limité, mais des transformations sont déjà perceptibles dans les secteurs administratifs. Rédaction de courriers, traitement de données, correction de textes : des outils d’IA peuvent accomplir ces tâches rapidement. « L’être humain commence à entrer en compétition directe avec la machine. »
Dans un contexte dans lequel la recherche de rentabilité est constante, il redoute que les employeurs soient tentés d’arbitrer en faveur de la solution la moins coûteuse. « Si une machine produit plus vite et à moindre coût, le risque est que le travailleur devienne une simple variable d’ajustement. » Au-delà de l’intelligence artificielle, il note que la culture du travail a profondément évolué depuis la pandémie de la covid-19. Le Work from Home et le travail basé sur des objectifs mesurables ont modifié les repères traditionnels. « On parle désormais de performance et d’objectifs. Ce qui augmente la pression sur les salariés. »
Cette transformation soulève aussi des questions de surveillance. Caméras connectées, logiciels de suivi et traçage des performances. « Le CCTV n’est plus un simple circuit fermé. Les données peuvent être analysées, archivées, croisées. » Pour le syndicaliste, l’absence de cadre réglementaire clair constitue le principal danger. La combinaison robotisation–automatisation–intelligence artificielle, sans garde-fous solides, pourrait accentuer les inégalités et fragiliser certains travailleurs.
La CTSP plaide ainsi pour la mise en place d’un cadre régulateur national afin d’anticiper l’impact socio-économique et culturel de l’IA, notamment sur l’emploi. « Il faut analyser en profondeur les conséquences sur les travailleurs avant que la technologie ne s’impose comme une évidence. »
La question de l’intelligence artificielle ne se limite pas aux entreprises. Elle interroge directement la capacité du système éducatif mauricien à préparer les jeunes générations à un marché du travail en mutation rapide. Pour Gaël H-Bolli, Senior Lecturer à l’Open University of Mauritius, le pays se trouve dans une phase d’adaptation encore incomplète.
À ce jour, même si des initiatives émergent, le système éducatif reste en transition, à l’image de nombreux autres pays. « Le rythme doit toutefois s’accélérer si nous voulons combler le retard face à l’essor de l’intelligence artificielle », estime-t-il.
Les universités mauriciennes ont commencé à intégrer des programmes liés à la data science et à l’IA. L’Université de Maurice, l’Open University of Mauritius et certaines institutions privées proposent désormais des cursus spécialisés. Mais ces avancées restent limitées en volume.
Selon un rapport du ministère de l’Éducation publié en 2023, moins de 15 % des étudiants universitaires suivent actuellement des modules spécialisés en intelligence artificielle. L’introduction récente d’un cours obligatoire constitue une avancée, mais elle ne résout pas tout. « La question de l’éthique et de l’utilisation responsable de l’IA demeure un défi majeur, notamment face aux risques de plagiat et de dépendance excessive aux outils numériques », indique Gaël H-Bolli.
À l’horizon 2030, le marché mauricien devrait voir émerger de nouveaux métiers hybrides, combinant compétences techniques et savoir-faire humain. Les domaines de la cybersécurité, de l’analyse de données, de la gestion de plateformes numériques et de la transition écologique figurent parmi les secteurs porteurs.
Selon les projections de Statistics Mauritius, plus de 20 000 emplois pourraient être créés dans ces domaines au cours des prochaines années. Mais cette dynamique suppose une adaptation rapide des profils. L’apprentissage tout au long de la vie deviendra central pour réduire l’écart entre formation académique et exigences du terrain.
Dans ce contexte, le diplôme traditionnel ne suffit plus à lui seul. La digitalisation croissante de l’économie mauricienne modifie les critères d’employabilité. Les employeurs valorisent de plus en plus les certifications professionnelles et les compétences pratiques. Les tendances du marché de l’emploi relayées par DefiMedia indiquent que 68 % des recruteurs accordent davantage d’importance aux formations continues et aux certifications numériques qu’au seul diplôme académique. « Face à l’IA, le diplôme reste une base, mais il ne garantit plus l’employabilité durable », observe-t-il.
La formation professionnelle et la requalification continue apparaissent ainsi comme des impératifs stratégiques. Les bouleversements provoqués par la pandémie ont accéléré cette prise de conscience. En 2022, les inscriptions à des formations courtes en ligne ont augmenté de 35 %, selon la HRDC. L’essor de l’entrepreneuriat, soutenu par plusieurs dispositifs nationaux, témoigne également de cette dynamique de réinvention.
Pour Gaël H-Bolli, l’enjeu dépasse la seule adaptation technologique. Il s’agit de préparer les jeunes Mauriciens à évoluer dans un environnement où la compétence clé ne sera plus uniquement le savoir accumulé, mais la capacité à apprendre, désapprendre et réapprendre en permanence.
L’intelligence artificielle ne doit pas être perçue comme une simple menace pour l’emploi ni comme un remède miracle pour l’économie. Elle constitue avant tout une rupture technologique dont l’impact dépendra de la capacité d’adaptation collective du pays. Pour l’économiste Manisha Dookhony, l’enjeu est stratégique.
Le gouvernement mauricien a clairement positionné l’IA comme un moteur de croissance à travers le Digital Transformation Blueprint 2025-2029 et les orientations du budget 2025-2026. L’objectif affiché repose sur les gains de productivité, tant dans le service public que dans le secteur privé. Une étude de Goldman Sachs, citée par les autorités, estime d’ailleurs que l’intelligence artificielle pourrait augmenter la croissance mondiale de 7 % grâce à ces gains d’efficacité. Dans le domaine de la santé, par exemple, les avancées observées à l’international, les diagnostics assistés par algorithmes et les traitements personnalisés pourraient à terme bénéficier au système mauricien.
Le principal risque, selon elle, ne réside pas dans la technologie elle-même, mais dans la vitesse de son adoption. Une transition trop rapide pourrait provoquer un choc pour une main-d’œuvre insuffisamment préparée, notamment dans les services administratifs et le BPO, piliers de l’économie mauricienne. Les débats du Harvard Alumni Summit for Middle East & Africa 2026 ont d’ailleurs insisté sur la nécessité de développer une « IA responsable et inclusive », adaptée aux réalités locales et non importée sans préparation sociale.
La participation du Premier ministre mauricien au India–AI Impact Summit 2026 à New Delhi donne cependant une dimension concrète à cette transition. Aux côtés de dirigeants internationaux, dont Emmanuel Macron, et dans un cadre de coopération renforcée avec l’Inde, Maurice affiche son ambition de ne pas subir la révolution technologique, mais d’y prendre part activement.
La ministre Jyoti Jeetun a évoqué un « privilège » de participer à cette nouvelle phase du développement mondial, notamment dans les services financiers pilotés par l’IA, la FinTech et la gouvernance numérique. L’objectif n’est pas d’importer passivement des solutions, mais de co-développer un écosystème d’innovation locale.
L’ambition de positionner Maurice comme un hub technologique régional est crédible, estime l’économiste, mais elle s’accompagne de défis structurels majeurs. Le pays dispose d’atouts reconnus : stabilité politique, cadre juridique avancé, infrastructure numérique solide et position stratégique entre l’Afrique et l’Asie. La création d’une AI Unit, la consultation publique-privée pour une future Stratégie nationale IA et l’annonce d’un Future Fund doté de Rs 3 milliards par an à partir de 2026 témoignent d’une volonté politique claire.
Un obstacle crucial demeure toutefois : l’énergie. Le développement de data centers et d’infrastructures de calcul intensif exige une capacité électrique importante. Sans coordination étroite entre stratégie numérique et stratégie énergétique, le risque serait de créer des infrastructures performantes sur le papier, mais limitées dans leur fonctionnement réel. La dimension énergétique devient ainsi centrale dans toute ambition de hub régional.
Sur le plan de la productivité, les gains potentiels sont significatifs. L’administration mauricienne expérimente déjà certaines applications, notamment dans la compréhension de textes législatifs ou l’optimisation des procédures. À terme, l’IA pourrait être intégrée dans la gestion budgétaire, la lutte contre la fraude ou l’optimisation des dépenses publiques. Dans le secteur privé, l’automatisation des tâches à faible valeur ajoutée permettrait de libérer du temps pour des activités plus stratégiques, renforçant ainsi la compétitivité globale.
La visibilité internationale acquise lors du sommet de New Delhi envoie également un signal fort aux investisseurs. Maurice consolide sa réputation de place financière crédible et conforme aux standards internationaux. La stratégie de « passerelle vers l’Afrique », mise en avant par les autorités, pourrait attirer des capitaux et des technologies indiens vers le continent africain via la plateforme mauricienne.
Cependant, les risques économiques sont réels. Sans politique inclusive, la transition pourrait accentuer les inégalités et creuser la fracture numérique. Une société à deux vitesses, où certaines populations seraient exclues faute d’accès ou de compétences, constituerait un échec stratégique. La réponse passe par une IA centrée sur l’humain, à l’image d’initiatives nationales visant à faciliter l’accès aux services publics grâce à des assistants numériques conçus pour être accessibles et inclusifs.
L’accompagnement public apparaît donc déterminant. L’investissement massif dans le capital humain est, selon Manisha Dookhony, la priorité absolue. Il ne s’agit pas seulement de former une élite d’experts, mais de diffuser une compréhension générale de l’IA auprès des élèves, des enseignants, des fonctionnaires et des travailleurs du secteur privé. La formation continue devient la clé pour éviter un choc social.
Un cadre réglementaire solide et éthique devra également encadrer la transition. Protection des données, respect des droits humains, équité et inclusion doivent être intégrés dans la future Stratégie nationale IA. Enfin, une coordination interministérielle renforcée, notamment avec le secteur énergétique, s’impose pour garantir la cohérence des investissements.
Inscrite dans une dynamique de coopération Sud-Sud, soulignée par les autorités mauriciennes, la stratégie IA vise aussi à éviter un nouveau « technological divide ». Pour l’économiste, l’enjeu est clair : Maurice ne peut se permettre de rater cette transformation. Bien encadrée, l’intelligence artificielle pourrait devenir un levier puissant de développement économique. Mal préparée, elle risquerait d’amplifier les fractures existantes.