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Quand le cerveau garde les cicatrices

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 7 June 2026 à 17:30
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L’addictologue et directeur du centre de traitement de Les Mariannes alerte sur l’entrée des drogues de synthèse.
Le Dr Siddick Maudarbocus appelle à ne pas sous-estimer les ravages neurologiques et psychiatriques des drogues synthétiques.

Arrêter de consommer ne suffit pas à tout effacer. C’est, en substance, ce qu’affirme le Dr Siddick Maudarbocus, addictologue et directeur du Centre de traitement Les Mariannes : avec les nouvelles drogues synthétiques, certains dommages neurologiques peuvent s’avérer durables, voire irréversibles. Et le sevrage, aussi difficile soit-il à atteindre, ne constitue que la première étape d’un long processus de rétablissement.

Pourquoi est-ce le cas ? Il faut d’abord comprendre ce que ces substances font au cerveau. Les drogues synthétiques agissent en perturbant les systèmes de communication cérébraux, en modifiant la transmission de neurotransmetteurs – dopamine, sérotonine, noradrénaline – qui régulent le plaisir, l’humeur, la motivation et l’attention. Certaines provoquent une stimulation excessive de ces circuits, entraînant une euphorie intense ; d’autres induisent des hallucinations, de l’anxiété ou des comportements imprévisibles. 

Ce qui distingue les nouvelles molécules de synthèse des drogues traditionnelles, c’est précisément leur imprévisibilité : leur composition change constamment, elles peuvent associer des effets stimulants, hallucinogènes ou sédatifs, « souvent avec une puissance imprévisible et des risques encore mal connus », souligne le médecin. Contrairement au cannabis, à l’héroïne ou aux méthamphétamines, dont les effets sur l’organisme sont aujourd’hui documentés, les drogues synthétiques de nouvelle génération entrent dans un territoire scientifique encore largement inexploré.

C’est là que réside le danger le plus souvent sous-estimé. Une partie des effets peut s’améliorer avec l’arrêt de la consommation et un accompagnement adapté, mais certains dommages résistent. Des mois, parfois des années après l’arrêt, certaines personnes continuent de souffrir de troubles de la mémoire, de difficultés de concentration, d’anxiété ou de symptômes dépressifs. 

Dans les cas les plus graves, des épisodes psychotiques – hallucinations, idées délirantes, perte de contact avec la réalité – peuvent persister malgré l’abstinence. Chez les personnes présentant une vulnérabilité préexistante, la consommation peut avoir précipité ou aggravé une maladie psychiatrique qui, sans elle, serait peut-être restée latente. 

Ces séquelles dépendent du type de substance consommée, de la durée et de la fréquence de consommation, de l’âge du patient et de sa vulnérabilité biologique. Autant de variables que les nouvelles molécules de synthèse rendent plus difficiles à évaluer, faute de données scientifiques suffisantes sur leurs effets réels.

C’est chez les jeunes consommateurs que ces enjeux atteignent leur dimension la plus préoccupante. Le cerveau continue de se développer jusqu’au milieu de la vingtaine : une exposition précoce aux substances psychoactives est donc particulièrement dommageable, à un moment où les circuits neurologiques sont encore en construction. Les séquelles cognitives et psychiatriques y sont plus profondes, et certaines peuvent persister durablement malgré le rétablissement.

Ce rétablissement, justement, mérite d’être redéfini. L’objectif ne consiste pas uniquement à arrêter la consommation, mais à reconstruire une qualité de vie, des relations saines et un équilibre durable, « physique, psychologique et social », précise le médecin. Un processus qui s’inscrit dans la durée, et qui exige un accompagnement bien au-delà du sevrage.

Avec ce soutien, de nombreuses personnes retrouvent néanmoins un niveau de fonctionnement remarquable. Mais à condition, souligne le Dr Maudarbocus, de ne pas s’arrêter à la première étape en croyant que le travail est fait.

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