Protection de l’enfance : vers des centres d’accueil de transition
Par
Sharone Samy
Par
Sharone Samy
Ils sont 370 jeunes qui ont moins de 17 ans, dans un abri parce que leur famille n’a pas pu, n’a pas su, ou n’a pas voulu s’occuper d’eux. Pour beaucoup, ce qui devait être un refuge temporaire est devenu leur seul foyer connu, parfois jusqu’à la majorité. C’est pour briser cette logique que le ministère de l’Égalité des genres a ouvert, mercredi à Balaclava, un atelier de deux jours sur la révision des règlements encadrant les Residential Care Institutions.
Vingt-deux établissements accueillent aujourd’hui ces enfants à Maurice. Cinq sont logés dans des bâtiments appartenant à l’État, mais gérés par des ONG ; les dix-sept autres sont entièrement aux mains d’organisations non gouvernementales.
Tous font face à la même réalité : des enfants qui arrivent avec des blessures profondes, des besoins psychosociaux lourds, et souvent, nulle part ailleurs où aller.
« Un abri est avant tout temporaire », a rappelé la ministre Arianne Navarre-Marie devant les gestionnaires et représentants d’ONG réunis pour l’occasion. Mais entre l’intention et la réalité, le fossé est parfois immense.
Tout commence, en théorie, à l’hôpital. Lorsqu’un enfant y arrive dans une situation suspecte d’abus, une évaluation médicale est d’abord conduite. Un Medical Social Worker prend ensuite le relais pour l’accompagner. Si la famille est jugée capable d’assurer sa sécurité, le retour à domicile est privilégié. « Mais lorsque le cadre familial représente un danger, ou que la famille ne peut assumer cette responsabilité, l’enfant est placé dans une famille d’accueil ou dans un abri », explique la ministre.
C’est là que le système grippe. Dans de nombreux cas, l’enfant ne peut tout simplement pas rentrer chez lui après sa sortie d’hôpital : les enquêtes sont encore en cours, ou il n’y a pas de famille d’accueil disponible pour le recevoir. Faute d’alternative, il est orienté vers un abri. Ce qui devait durer quelques semaines s’étire en mois, puis en années. L’abri temporaire devient le cadre de vie permanent.
L’atelier de Balaclava vise précisément à corriger cette dérive. Réunissant pendant deux jours les acteurs de la protection de l’enfance, il a pour objectif d’identifier les lacunes, d’harmoniser les pratiques et de poser les bases d’une réforme des règlements de 2022. Pour la ministre, ces structures doivent cesser d’être de simples lieux d’hébergement et devenir de véritables espaces de transition. « Il faut une éducation, un programme de travail et un encadrement pour préparer ces jeunes à leur intégration dans la société », insiste-t-elle.