Economie

Propositions budgétaires : Business Mauritius et la Chambre de Commerce donnent le ton

pravind La présentation du prochain Budget arrive à grands pas et les préparations vont bon train.

Les acteurs socio-économiques avaient jusqu’à la semaine dernière pour soumettre leurs propositions budgétaires. Business Mauritius et la Chambre de Commerce et d’Industrie, deux organismes importants du secteur privé, ont soumis leurs mémoires contenant une pléiade de mesures économiques et sociales.  Parmi les propositions susceptibles de déclencher des débats, il y a la demande pour un ciblage de pensions et la réduction de la Corporate Tax à 5 %.

La présentation du prochain Budget arrive à grands pas et les préparations vont bon train. Les principaux porte-parole du secteur privé, à savoir Business Mauritius et la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) ont déjà soumis leurs mémoires au ministère des Finances.

Dans un volumineux document de plus de 90 pages, la Chambre de Commerce fait un véritable plaidoyer en faveur d’un assouplissement des procédures administratives et d’un nouveau programme de réformes touchant plusieurs secteurs. L’organisme va encore plus loin en proposant la fusion de pas moins de quinze départements publics pour créer une nouvelle entité, la Food and Drug Agency de même que la création d’un guichet unique, la Single Licensing Agency, pour l’octroi de tous les permis et licences.  Elle suggère l’adoption d’une nouvelle stratégie industrielle pour contrer la chute du secteur manufacturier. Mais le clou de ce document demeure sans conteste la demande de ramener la Corporate Tax à 5 %. La CCI fait l’historique de cette taxe à Maurice et explique la rationalité derrière sa proposition.

L'organisme veut une exemption fiscale sur les bénéfices de société jusqu'au seuil de RS 500 OOO.

Par ailleurs, elle soutient que la patente municipale n’apporte aucune valeur ajoutée et doit être abolie. L’organisme veut aussi une exemption fiscale sur les bénéfices de société jusqu’au seuil de Rs 500,000.

Une meilleure gestion

De son côté, Business Mauritius, qui représente les intérêts de plus de 1,200 entreprises locales, axe ses propositions sous quatre principales catégories : (i) une meilleure gestion de nos ressources naturelles, (ii) le développement du capital humain pour devenir une économie à hauts revenus, (iii) le renforcement de la gouvernance pour une réglementation intelligente et (iv) la résolution des problèmes liés aux changements climatiques. Business Mauritius veut que le gouvernement redonne un nouveau souffle à l’état océan en exploitant de manière soutenable notre vaste zone économique exclusive. À noter que le ‘Ocean Economy’ tarde à décoller et l’on se souvient toujours de l’échec retentissant de l’ancienne ‘Land-Based Oceanic Industry’.

Ensuite, l’organisme du secteur privé plaide pour davantage de recours à l’énergie renouvelable, une gestion plus efficace de nos ressources en eau et plus de recyclage pour réduire le volume de déchets envoyés au centre d’enfouissement, entre autres. Business Mauritius préconise aussi un début de ciblage sélectif en ce qui concerne le paiement de la pension. L’organisme veut aussi être partie prenante dans les nominations des membres des conseils d’administration de certains corps paraétatiques dont les activités et décisions impactent sur l’entrepreneuriat.


Les défis de 2019

Les deux organismes du secteur privé sont unanimes à reconnaitre que l’année 2019 présente de nombreux défis, avec l’incertitude économique au niveau international. Ils citent les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, l’instabilité entourant le Brexit, l’impact des manifestations ‘gilets jaunes’ en France, les effets du changement climatique, entre autres. Trois secteurs importants, notamment le manufacturier, le tourisme et les services financiers démontrent des signes de faiblesse.


Capital artistique et culturel

La CCI plaide pour une régénération de Port-Louis, en proposant la création d’un ‘Cultural and Art District’ dans la région de l’Aapravasi Ghat. Elle déplore un développement non-planifié dans cette région au cours des dernières années et souhaite que Port-Louis devienne une ville culturelle et artistique. À noter que le souhait de la CCI contraste différemment avec l’objectif du ministère des Arts et de la Culture, qui veut se délocaliser vers Ebène. Or, pour les artistes et les passionnés de la culture, ce ministère doit absolument rester à Port-Louis.


Mauritiusfinance.com le grand disparu

mauritiusfinanceLancée dans le sillage du Budget 2016, la plateforme MauritiusFinance.com a depuis disparu du web. L’objectif de cette plateforme était d’engager le citoyen, afin qu’il puisse proposer des idées, commenter l’actualité économique et faire des critiques constructives. Le projet a été un véritable succès et les concepteurs avaient promis que ce serait, désormais, un lien efficace entre les membres du public et les gouvernants, en matière de politique économique. Mais faute de suivi, il a rapidement sombré. Selon une source, le projet est mort à cause de sa transparence et la liberté des usagers à commenter et critiquer, alors que les autorités se rechignent plutôt à une opacité.


Les propositions phares de la CCI

  • Revoir la déduction fiscale concernant les enfants dépendants qui étudient à l’université dans le sillage de l’éducation tertiaire gratuite.
  • Déduction fiscale de Rs 100 000 pour les investissements sur la Bourse de Maurice.
  • Abolition de la patente municipale.
  • Adoption du principe ‘Silent is Consent’ dans les cas où les autorités publiques ne déterminent pas une demande de permis dans un délai prescrit.
  • Revoir la définition des PME en poussant le plafond de chiffre d’affaires de Rs 50 à Rs 200 millions.
  • Ramener la Corporate Tax à 5 %.

Duty Free Island : le revenant ?

Verra-t-on le retour du projet de faire de l’Île Maurice une ‘Duty Free Island’ ? Ce projet datant de 2004-2005 a depuis été relégué aux oubliettes. Mais l’on a quand même assisté à une baisse graduelle ou l’enlèvement des droits de douane sur beaucoup de produits, pendant la dernière décennie. Et, en ce moment, il y a bien un courant de pensée, à l’effet que l’Île Maurice hors taxe sera bénéfique à l’industrie du tourisme. 


Dan Maraye : «L’idéal, c’est un taux uniforme de 5 % pour tous»

danInvité à commenter une éventuelle réduction de la Corporate Tax à 5 %, Dan Maraye, ancien gouverneur de la Banque de Maurice et expert-comptable, explique que cela impactera, certes, sur les revenus du gouvernement, mais cela dépend du poids de cet item dans les revenus publics. Cependant, cela laissera plus d’argent entre les mains des compagnies. Ainsi, les entrepreneurs pourront réinvestir dans l’expansion et créer plus d’emplois ou encore mieux rémunérer les employés. Il pense que ce sera une bonne mesure si le gouvernement baisse la Corporate Tax. Toutefois, concernant le secteur du ‘global business’, il pense qu’il sera plus raisonnable, si jamais la proposition de 5 % est retenue, de l’étendre aussi aux compagnies offshores. « Actuellement, le secteur offshore est sujet à un taux de 3 %. Un taux uniforme sera bénéfique à toutes les compagnies, offshore ou pas. Maurice pourra ainsi se vanter de traiter toutes les compagnies sur un pied d’égalité et les instances internationales, comme l’OECD ne pourront plus nous critiquer », explique Dan Maraye.


Frankie Tang : «Mesurer l’impact sur le secteur global»

frankieL’économiste Frankie Tang, également consultant en investissements, dit accueillir favorablement la demande de ramener la Corporate Tax à 5 %, mais il pense qu’il faut bien mesurer son impact non seulement sur le manque à gagner de l’État, mais aussi sur le secteur offshore. « Si l’État perd des revenus sur la Corporate Tax, il aura à les recouvrer autrement. Donc, est-ce qu’il augmentera une autre taxe ? », se demande-t-il. Ensuite, les compagnies offshores perdront de leur attrait si les compagnies domestiques, moins coûteuses, paient la taxe à 5 %.

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