Promesses électorales : les propos de Kugan Parapen interpellent
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Le Défi Quotidien
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Les explications de Kugan Parapen sur les promesses électorales de l’Alliance du Changement ont provoqué une onde de choc. Il a reconnu, dans la soirée du 15 juillet, sur le plateau d’au Cœur de l’info sur Radio Plus, que certaines annonces avaient été faites pour ne pas laisser le champ libre au MSM durant la campagne électorale.
«Pou pa perdi eleksyon. » C’est cette formule, prononcée par Kugan Parapen, qui alimente depuis mercredi une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux et dans la classe politique.
Le Junior Minister était l’invité de Murvind Beetun dans l’émission Au cœur de l’info, le mercredi 15 juillet. Selon lui, l’Alliance du Changement a été contrainte de revoir plusieurs engagements sociaux après la publication du rapport State of the Economy 2025.
Il a également reconnu que certaines promesses formulées durant la campagne électorale répondaient à une logique de surenchère politique, citant notamment le 14ᵉ mois annoncé par l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth.
Selon lui, l’Alliance a dû s’aligner sur certaines propositions afin de ne pas se retrouver désavantagée électoralement. Elle a découvert, une fois au pouvoir, une situation économique préoccupante.
Si ce dernier a voulu se justifier, pour les internautes, son argumentation ne passe pas. Alors que durant la campagne de nombreuses promesses avaient été faites, dont une double pension pour les veuves et les handicapés et la pension de vieillesse à Rs 21 500.
Pour le politologue Dr Avinaash Munohur, le débat dépasse largement la question de la réforme de la retraite. À ses yeux, le véritable malaise réside dans la perception de l’électorat que laissent transparaître les déclarations de Kugan Parapen.
« Ce qui est particulièrement décevant n’est pas qu’il reconnaisse l’existence d’une surenchère électorale. Ce phénomène existe depuis longtemps. Ce qui est plus grave, c’est qu’en expliquant que l’Alliance du Changement devait entrer dans ce jeu pour gagner les élections. Il laisse entendre qu’il fallait promettre monts et merveilles parce que les électeurs étaient prêts à croire n’importe quoi. Pour moi, ils ont pris l’électorat pour des imbéciles. »
Le politologue se dit d’autant plus surpris que ces propos émanent d’un représentant de Résistans ek Alternativ, un parti qui s’est toujours présenté comme une formation de gauche misant sur la conscience citoyenne.
« Les Mauriciens n’ont pas voté uniquement pour des cadeaux électoraux. Ils ont aussi exprimé un choix politique. Si le gouvernement pense aujourd’hui que son élection repose uniquement sur une surenchère de promesses, il n’a peut-être pas compris les véritables raisons de sa victoire. Cette incompréhension explique en partie la déconnexion actuelle entre le pouvoir et la population », estime-t-il.
Les syndicats n’ont pas tardé à réagir. Pour Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs du secteur privé, les déclarations du Junior Minister constituent « un aveu ».
« En regardant cette émission, je me suis dit qu’ils se démasquent eux-mêmes. Le plus grave est de tenter de justifier une stratégie politique fondée sur des promesses qui ne figuraient finalement plus dans l’action gouvernementale. Pendant des mois, ils se sont réfugiés derrière le State of the Economy. Aujourd’hui, ils reconnaissent avoir changé de direction. J’espère que la population prendra la mesure de cet aveu », lance-t-il.
Même tonalité chez Clency Bibi, président de la Government Workers Federation. « C’est choquant d’entendre un membre d’un parti qui s’est toujours présenté comme intègre reconnaître une telle stratégie. Pour moi, c’est une trahison de la confiance des électeurs. Où est le sérieux ? Aujourd’hui, beaucoup se demandent si nos dirigeants sont encore des hommes de parole », déplore-t-il.
L’avocat Dev Ramano note, lui, un « aveu extrêmement immoral ». « Lorsqu’un parti qui se réclame de la gauche explique qu’il est entré dans une alliance non par conviction mais parce qu’il n’avait pas d’autre choix, la question de principe se pose. Les travailleurs pensaient soutenir un projet politique. Aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment d’avoir été trompés. »
L’opposition n’a pas laissé passer cet aveu. Dans un communiqué publié jeudi, le Mouvement socialiste militant (MSM) évoque « l’aveu d’une tromperie électorale pour berner toute une nation ». Le parti estime que les déclarations de Kugan Parapen confirment que certaines promesses de campagne relevaient davantage d’un calcul électoral que d’un véritable engagement politique. Le MSM demande au gouvernement de dire « toute la vérité » aux Mauriciens et s’interroge sur la crédibilité des engagements pris durant la campagne électorale.
Pendant ce temps, cet aveu continue de circuler massivement sur les réseaux sociaux et il suscite des centaines de commentaires. Au-delà de la réforme de la retraite, c’est désormais la confiance entre les électeurs et leurs dirigeants qui s’invite au cœur du débat politique.
La séquence de l’émission Au cœur de l’info a rapidement été largement partagée sur Facebook, suscitant des centaines de réactions. Si plusieurs internautes ont dit avoir été surpris par les explications de Kugan Parapen, d’autres ont estimé que ses propos confirmaient leurs doutes sur les promesses électorales de l’Alliance du Changement.
Un commentaire très partagés résume cet étonnement : « Monn bizin borde mo loto pou écoute li. Mo ti krwar mo pe mal tander! »
D’autres internautes ont reproché au Junior Minister d’avoir reconnu ce qu’ils considèrent comme une stratégie de campagne basée sur la surenchère électorale. « Si zot ti koné lekonomi pas bon, kifer zot ti promet sa ? »
Certains y voient une perte de crédibilité de la classe politique, tandis que d’autres saluent sa franchise, estimant qu’il a eu le mérite d’expliquer les contraintes auxquelles le gouvernement affirme avoir été confronté après la publication du State of the Economy 2025. « Li finn gagné kouraz dir les choses ki lezot krwar me pa dir. »
Si les avis restent partagés, une constante se dégage : cette intervention continue d’alimenter les débats sur les réseaux sociaux et relance les interrogations sur le respect des engagements pris durant la campagne électorale.