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Promesses électorales : faut-il désormais mieux les encadrer?

Par Sharone Samy
Publié le: 18 July 2026 à 16:30
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Pour l'avocat, les déclarations de Kugan Parapen soulèvent une question de responsabilité politique et plaident en faveur d'un meilleur encadrement des promesses électorales. Faizal Jeerooburkhan, fondateur de Think Mauritius, estime qu'une loi devrait obliger les partis politiques à respecter les engagements pris dans leur manifeste électoral. Pour l'ancien ministre Jean Claude de l’Estrac, la surenchère électorale est devenue une dérive du système politique.
Parvez Dookhy, Faizal Jeerooburkhan et Jean Claude de l’Estrac.

La controverse suscitée par les déclarations de Kugan Parapen ouvre un débat plus large sur la crédibilité des engagements pris devant les électeurs. Entre obligation de transparence, réalisme budgétaire et responsabilité politique, juristes et observateurs appellent à une réflexion de fond sur les règles du jeu démocratique.

Les propos de Kugan Parapen continuent de faire réagir. Après la vague de condamnations politiques suscitée par ses déclarations, le débat prend désormais une autre tournure. Au-delà de la personne du député de Rezistans ek Alternativ, plusieurs observateurs estiment que cette affaire met en lumière une question fondamentale : les promesses électorales doivent-elles être mieux encadrées afin d'éviter qu'elles ne deviennent de simples outils de conquête du pouvoir ?

Pour Me Parvez Dookhy, les déclarations du député sont d'une « particulière gravité ». L'avocat considère qu'elles s'apparentent à « un aveu d'escroquerie électorale », dans la mesure où elles laisseraient entendre que des engagements majeurs ont été pris en toute connaissance des difficultés qu'ils poseraient une fois au pouvoir.

Selon lui, une telle reconnaissance soulève une question de responsabilité politique. Il estime que si Kugan Parapen assume pleinement cette position, il devrait aller jusqu'à remettre son mandat de député aux électeurs.

Au-delà de ce cas précis, Me Parvez Dookhy appelle surtout à une évolution des pratiques politiques. À ses yeux, les citoyens doivent désormais exiger davantage de rigueur des partis lorsqu'ils présentent leurs programmes. Il plaide pour que chaque engagement d'importance soit accompagné d'une estimation de son coût ainsi que des modalités de son financement. Sans cet exercice de transparence, les promesses électorales risquent, selon lui, « de rester superficielles et difficilement vérifiables ».

Limite du système

Le fondateur de Think Mauritius, Faizal Jeerooburkhan, estime lui aussi que la polémique révèle les limites du système actuel. Il considère qu'il est temps « de réfléchir à un mécanisme juridique permettant de renforcer la valeur des manifestes électoraux ».

Selon lui, une loi pourrait imposer au gouvernement de respecter les engagements pris devant les électeurs, sauf circonstances exceptionnelles dûment justifiées. Une telle mesure constituerait, dit-il, une garantie supplémentaire pour les citoyens et contribuerait à restaurer la confiance dans la parole politique.

« Il ne faut pas que les partis politiques continuent à prendre les Mauriciens pour des imbéciles », affirme-t-il. À ses yeux, les déclarations de Kugan Parapen sont certes « regrettables », mais elles ne font que révéler une pratique qui dépasse largement un seul responsable politique. « Combien de partis politiques ont-ils fait usage de la démagogie pour rester au pouvoir ? » s'interroge-t-il, estimant que cette culture des promesses excessives existe depuis de nombreuses années.

Cette analyse rejoint, sous un autre angle, celle de Jean Claude de l'Estrac. Pour l'ancien ministre, la surenchère électorale est progressivement devenue l'une des dérives du système démocratique mauricien. Il estime que les responsables politiques se retrouvent souvent enfermés dans une logique où il devient indispensable de multiplier les promesses pour convaincre les électeurs. 

Jean Claude de l'Estrac observe également une évolution du rapport entre les élus et les citoyens. Selon lui, les campagnes électorales sont de plus en plus dominées par les avantages immédiats promis aux électeurs, au détriment des projets de société et des réformes de long terme. Cette dynamique nourrit une escalade permanente des engagements et rend leur mise en œuvre de plus en plus difficile une fois confrontée aux réalités économiques. 

Pour l’observateur politique, cette situation appelle un leadership capable d'assumer un discours de vérité, même lorsqu'il est politiquement coûteux. À ses yeux, les responsables politiques doivent privilégier des engagements réalistes et compatibles avec les capacités financières de l'État plutôt que de céder à une logique de surenchère électorale. 

Si les réactions divergent sur la portée des déclarations de Kugan Parapen, un constat semble faire consensus parmi ces observateurs : la polémique dépasse aujourd'hui le simple cadre d'une phrase controversée. Elle remet au premier plan une interrogation plus profonde sur la crédibilité de la parole politique, la sincérité des manifestes électoraux et les garanties que les citoyens sont en droit d'attendre de ceux qui sollicitent leur confiance au moment des élections.
 

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