Projets sociaux : des fondations de grands groupes privés obtiennent un peu moins de Rs 10M de la National Social Inclusion Foundation
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Le Défi Plus
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Alors que plusieurs ONG dénoncent une réduction des ressources disponibles pour le secteur associatif après le passage de 75 % à 50 % des fonds centralisés à la National Social Inclusion Foundation (NSIF) dans le Budget 2025-2026, un autre sujet suscite aujourd’hui malaise et incompréhension. Lors de l’émission Au Cœur de l’Info du mercredi 14 mai, il a été révélé que trois fondations privées liées à de grands groupes ont obtenu ensemble un peu moins de Rs 10 millions de la NSIF pour financer leurs projets sociaux. Une situation qui fait grincer des dents dans le secteur associatif.
Le débat autour du financement des ONG a pris une nouvelle tournure cette semaine après les révélations faites lors de l’émission Au Cœur de l’Info. Plusieurs intervenants ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une « anomalie » dans le fonctionnement du système Corporate Social Responsibility à Maurice.
Pour eux, il est difficilement compréhensible que des fondations liées à de puissants groupes privés puissent bénéficier de financements provenant de la National Social Inclusion Foundation, alors que cette structure est elle-même alimentée par les contributions CSR de ces entreprises, soit 1 % de leurs profits.
Les données disponibles sur le site de la NSIF montrent d’ailleurs que certaines fondations privées ont bénéficié de financements récurrents au fil des années. C’est notamment le cas d’une fondation liée à l’un des grands groupes du pays. Selon les chiffres consultés, celle-ci a obtenu Rs 2 999 497 en 2018. En 2020, le montant accordé est passé à Rs 4 098 873, avant d’atteindre Rs 4 157 930 en 2021. Pour la période 2022-2023, le financement alloué s’élevait à Rs 4 781 620. Le même montant lui a également été accordé pour la période 2023-2024.
Une autre fondation d’un autre grand conglomérat figure également parmi les bénéficiaires des fonds de la NSIF. En 2018, elle a obtenu Rs 1 016 448. En 2020, le montant alloué était de Rs 600 000, avant de passer à Rs 1 384 723 en 2021. Pour la période 2023-2024, cette fondation a bénéficié de Rs 1 595 923. Quant à une autre fondation du secteur privé, elle a obtenu Rs 690 000 pour la période 2023-2024 et Rs 700 000 en 2026.
Lors de l’émission Au Cœur de l’Info, la présidente de la NSIF, Caroline Fitz-Gibbon, a reconnu que la question mérite réflexion. Elle a indiqué que trois grandes fondations privées ont bénéficié de financements représentant un peu moins de Rs 10 millions au total. « Il serait peut-être temps de revoir cette situation. Oui, on serre les boulons pour éviter le gaspillage, mais aussi permettre aux organisations sans gros revenus de réaliser leurs projets et d’aider au capacity building », a-t-elle déclaré. Elle entend bien revoir cette situation car, dit-elle, il y a un loophole dans la loi. Ce qui fait que ce mécanisme donne la possibilité aux fondations de récupérer légalement une partie de leurs contributions.
Pour Lindley Couronne, directeur général de l’ONG Dis-Moi, qui a interpellé la présidente de la NSIF sur ce dossier au cours de l’émission, le débat intervient dans un contexte déjà tendu pour les petites associations qui œuvrent dans le social. « Je suis quelque peu irrité par la situation, car le nouveau gouvernement, à son arrivée, a réduit la marge de manœuvre des ONG, faisant passer le montant centralisé de 75 % à 50 %. Malgré ses imperfections, la NSIF essaie de s’améliorer et de donner du sens au travail des ONG. Mais il faut revoir ce mécanisme en ce qui concerne les fondations privées. Ce n’est pas acceptable », affirme-t-il.
Sollicité par la rédaction du Défi Plus, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, dit « partager l’avis de la présidente de la NSIF sur la nécessité de réfléchir au mécanisme actuel », sans toutefois donner davantage de détails sur d’éventuels changements envisagés. La rédaction a également sollicité les principales fondations privées concernées par cette polémique afin d’obtenir leurs explications sur les financements obtenus à travers la NSIF ainsi que leur position sur les critiques formulées par plusieurs ONG. Toutefois, jusqu’au moment de mettre sous presse, aucune réponse ne nous était parvenue.