Projet KPMM à Bel-Ombre : «Annuler le bail coûterait plus de Rs 600 millions»
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Le Dimanche /L' Hebdo
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La mise en vente, en mai 2026, sous le mode « as is where is », du terrain de KPMM (Mauritius) Ltd à Bel-Ombre par le cabinet KPMG suscite une nouvelle controverse. Alors que des collectifs citoyens dénoncent une privatisation indirecte du littoral, le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, soutient que les paramètres financiers et juridiques de ce dossier restent mal compris par le public.
Dix ans après l’annonce de ce projet de complexe hôtelier cinq-étoiles de Rs 1,6 milliard, le terrain de 19,4 arpents (environ 66 447 m²) situé en bord de mer le long de la route côtière B9 fait l’objet d’une tentative de cession par son administrateur judiciaire. Cette décision réactive l’opposition des mouvements écologistes, notamment le collectif Aret Kokin Nu Laplaz, qui réclame la restitution de ces Pas géométriques au domaine public en raison de la non-réalisation du projet et de sa localisation dans la zone de transition de la Réserve de Biosphère UNESCO.
Interrogé sur ces contestations, le ministre Shakeel Mohamed a tenu à apporter des clarifications basées sur les documents en possession de ses services. Il insiste d’abord sur la nature juridique du site : le terrain concerné n’est pas une plage publique proclamée, mais une « State Land » faisant l’objet d’un bail.
Le ministre rejette l’argument selon lequel des plages auraient été vendues à des intérêts privés. « L’État loue ses terrains, il ne les vend pas », rappelle-t-il. Il précise toutefois que, conformément aux dispositions prévues par la législation mauricienne, les détenteurs d’un bail sont légalement autorisés à céder leurs droits à un tiers.
Selon l’analyse de Shakeel Mohamed, l’évolution du dossier KPMM est désormais dictée par la situation financière de l’entreprise, actuellement placée sous administration judiciaire (receivership). La société a contracté une dette supérieure à Rs 600 millions auprès de la MauBank, une réalité financière qui, selon lui, empêche l’annulation unilatérale du bail par l’État.
« Si on annule ce bail-là, la MauBank se retrouve avec une dette de plus de Rs 600 millions », explique le ministre. Ce dernier rappelle que l’État est actionnaire de cette institution bancaire et qu’une telle décision comptable entraînerait des répercussions directes sur les finances publiques.
Pour contracter ce prêt, KPMM avait utilisé ses droits au bail comme garantie. « Aujourd’hui, l’administrateur judiciaire cherche à vendre ces droits pour rembourser la banque », développe le ministre. Pour Shakeel Mohamed, la gestion de ce dossier impose de concilier plusieurs impératifs nationaux. « Il y a une balance à faire entre l’environnement, le développement économique et les droits du public », affirme-t-il, plaidant pour une approche équilibrée dans l’administration du littoral.
Initialement développé en partenariat avec la marque hôtelière Avani (Minor Hotels), le projet prévoyait la construction de 150 chambres et villas de luxe. Dès son annonce en 2016, l’octroi d’une lettre de réservation rapide par le ministère du Logement et des Terres en 78 jours en faveur d’un promoteur détenu à 85 % par Kuros Construction Solutions Ltd avait suscité la controverse. Les critiques portaient sur le respect de la National Development Strategy pour la côte sud et l’impact sur le cordon dunaire et la lagune.
Malgré l’obtention des autorisations requises, les travaux n’ont jamais démarré. KPMM Mauritius Ltd a accumulé des pertes s’élevant à plus de Rs 134 millions avant d’être placée sous administration. Parallèlement, son actionnaire principal, Kuros Construction, est cité dans un dossier distinct lié à des financements de la Mauritius Investment Corporation (MIC).
La procédure de vente menée par KPMG réactive ainsi le débat sur les modalités de récupération ou de transfert des baux sur les terres de l’État lorsque les projets initiaux n’aboutissent pas.