Prévisions de Care Edge : les perspectives de croissance sont modérées, avec des risques à la baisse
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
Selon le dernier rapport de Care Edge, l’économie mauricienne aborde 2026 dans un climat incertain, marqué par des risques externes croissants et des marges de manœuvre internes limitées.
Publié en fin de semaine dernière, le rapport « Mauritius Economy Update » de Care Edge dresse un état des lieux prudent de la conjoncture économique nationale et met en lumière des perspectives fragilisées pour l’année à venir.
En 2025, la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’est établie à 3,2 %, un niveau conforme aux estimations de Statistics Mauritius publiées en décembre, et légèrement supérieur aux prévisions de 3,1 % de la Banque de Maurice. Ce résultat, selon les auteurs du rapport, marque toutefois un net ralentissement par rapport à l’expansion de 4,9 % enregistrée en 2024.
Pour 2026, les projections initiales faisaient état d’une progression de 3,4 %, soutenue notamment par la résilience du secteur touristique et une reprise attendue de l’investissement privé. Cependant, l’évolution récente du conflit au Moyen-Orient est venue modifier cet équilibre, accentuant les incertitudes liées aux échanges internationaux et aux prix des matières premières.
Dans ce contexte, le scénario de référence table désormais sur une croissance proche de 3 %, à condition que les tensions géopolitiques soient contenues. En revanche, une aggravation du conflit pourrait ramener la progression économique à environ 2,3 %. Cette hypothèse repose sur une augmentation des coûts du carburant et des intrants, comme les engrais, le gaz et les tarifs aériens, ainsi que sur d’éventuelles perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Ces évolutions pourraient peser sur plusieurs secteurs clés : le tourisme, la construction et l’agriculture. De plus, les contraintes budgétaires et les tensions inflationnistes limiteraient la capacité des autorités à soutenir l’activité par la dépense publique.
Dans le même temps, les investissements privés devraient rester mesurés, freinés par des conditions de financement contraignantes et un marché immobilier moins dynamique, laissant entrevoir une activité modérée dans la construction.
L’évolution récente des prix à la consommation traduit une accalmie apparente, qui masque toutefois des tensions persistantes sur les composantes structurelles de l’inflation.
En mars 2026, l’inflation globale a ralenti pour atteindre 2,7 % en glissement annuel, contre 3,5 % le mois précédent. Cette décélération, selon les auteurs, confirme une tendance à l’apaisement des pressions immédiates sur les prix. Elle s’explique principalement par le repli observé dans la catégorie des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées, où l’inflation a diminué de 3 %. Une baisse a également été relevée dans les services de restauration et d’hébergement, en recul de 0,7 %.
Cependant, Care Edge estime que cette amélioration ne reflète pas l’ensemble de la dynamique des prix. L’inflation sous-jacente, qui exclut les éléments les plus volatils, est restée stable à 5,5 % en mars, indiquant que les pressions de fond demeurent significatives.
Les perspectives pour 2026 laissent entrevoir une inflation supérieure aux prévisions initiales de la Banque de Maurice, fixées à 3,6 % avant la montée des tensions géopolitiques. La crise au Moyen-Orient et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont contribué à une hausse des prix mondiaux de l’énergie, affectant directement une économie mauricienne fortement dépendante des importations.
Cette situation devrait se traduire par une augmentation des coûts des carburants et de la production d’électricité au niveau local. D’autre part, la reconfiguration des routes commerciales, l’allongement des délais de transport et la hausse des primes d’assurance alimentent une progression des coûts logistiques.
« Ces facteurs combinés devraient exercer une pression accrue sur les prix à l’importation, avec des répercussions attendues sur plusieurs secteurs, notamment l’alimentation. La hausse des coûts des intrants agricoles, comme les engrais et le carburant, ainsi que l’augmentation des frais de transport, pourrait ainsi prolonger les tensions inflationnistes dans les mois à venir. »
Les perspectives de la balance commerciale à Maurice pour 2026 suggèrent une relative stabilité en apparence, mais exposée à des risques externes susceptibles de modifier l’équilibre prévu.
Selon les estimations actualisées en mars 2026, intégrant les effets du conflit au Moyen-Orient, les exportations totales devraient progresser de 3,6 % pour atteindre environ Rs 501 milliards. Dans le même temps, les importations sont attendues en hausse de 3,2 %, pour s’établir autour de Rs 574 milliards. Cette évolution parallèle conduit à un déficit commercial globalement stable, estimé à Rs 73,5 milliards en 2026, contre Rs 73,4 milliards l’année précédente.
Ce scénario de base repose toutefois sur des hypothèses de continuité dans les flux commerciaux et les conditions de prix internationaux. Or, selon Care Edge, la balance commerciale pourrait se détériorer si les tensions géopolitiques s’intensifient, notamment en raison des perturbations des routes maritimes et des approvisionnements énergétiques.
La hausse attendue des coûts du carburant, du fret maritime, des assurances et d’autres intrants énergivores risque d’alourdir significativement la facture des importations. Dans une économie fortement dépendante des achats extérieurs, même une stabilité des volumes importés pourrait se traduire par une augmentation de la valeur totale des importations.
Du côté des exportations, certains soutiens demeurent, notamment l’accès prolongé aux marchés préférentiels via l’Africa Growth and Opportunity Act jusqu’en décembre 2026, qui continue de soutenir les ventes de textiles et de vêtements vers les États-Unis. Cependant, la hausse des coûts logistiques mondiaux et les perturbations des chaînes d’approvisionnement pourraient freiner la dynamique d’expansion des exportations, précise le rapport.
Dans ce contexte, les perspectives commerciales restent conditionnées à l’évolution des coûts internationaux et à la stabilité des routes maritimes.