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Prévention du VIH sur les campus : «Rapprocher les services des jeunes adultes»

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 14 June 2026 à 16:00
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La PrEP permet de réduire jusqu’à 99 % le risque de transmission du VIH par voie sexuelle, affirme le Dr (Mme) Shivanee Woodun-Annah.

Pour enrayer la hausse des cas de VIH chez les jeunes adultes, le ministère de la Santé déploie des unités mobiles sur les campus. Une stratégie de proximité décryptée par la responsable de l’AIDS Unit.

Une unité mobile de santé, des équipes multidisciplinaires, dépistage, conseil, accès à la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Et des visites régulières dans les universités mauriciennes. C’est ce que promet le projet annoncé en Conseil des ministres. Une première à Maurice. Le Dr Shivanee Woodun-Annah, Officer-in-Charge à l’AIDS Unit/National AIDS Secretariat, en détaille les contours et les ambitions.

Les chiffres qui motivent ce projet sont connus, mais leur persistance inquiète. En 2025, 491 nouveaux cas de VIH ont été détectés à Maurice. Les 25-34 ans représentent 32,8 % de ces nouvelles infections, les 35-44 ans 24,4 %. Les jeunes adultes constituent la majorité des nouveaux diagnostics. 

« Les nouvelles infections ont augmenté de manière marquée en 2024 avant de diminuer en 2025 », note le Dr Woodun-Annah. « Toutefois, malgré cette baisse, les niveaux observés restent supérieurs à ceux enregistrés sur une grande partie de la dernière décennie. » 

Les données épidémiologiques disponibles ne mesurent pas directement les comportements individuels, mais elles permettent d’identifier des dynamiques de transmission souvent associées à des facteurs de risque tels que les rapports sexuels non protégés, la multiplicité des partenaires, l’usage de drogues injectables ou le recours tardif au dépistage. À ces dynamiques s’ajoutent, chez les jeunes adultes en particulier, une autonomie nouvelle. 

« Cette étape de la vie est généralement caractérisée par une autonomie accrue, l’expérimentation de nouveaux comportements et une perception parfois réduite du risque lié au VIH », résume le Dr Woodun-Annah.

Un choix stratégique

C’est précisément cette réalité qui justifie le choix des campus. Les universités accueillent des étudiants de 18 ans et plus ; des jeunes adultes autonomes, capables de prendre seuls leurs décisions de santé, sans accord parental. C’est ce qui distingue cette population des adolescents scolarisés, pour lesquels l’accès aux services de prévention, de dépistage et à la PrEP reste conditionné à l’accord des parents. 

« Les établissements d’enseignement supérieur constituent ainsi un point d’entrée pertinent pour la mise en œuvre d’interventions de prévention structurées, intégrées et confidentielles », explique le Dr Woodun-Annah. « Ils permettent de rejoindre une population en phase de transition vers l’âge adulte, au moment où s’expriment de nouveaux comportements et enjeux de santé. »

Ce que le projet propose concrètement est large. Les services offerts comprendront l’évaluation des risques, le conseil personnalisé, le dépistage volontaire du VIH, la distribution d’autotests, de préservatifs et de lubrifiants, ainsi que des activités d’éducation à la santé sexuelle et reproductive et de promotion de comportements protecteurs. Ils seront dispensés par une unité mobile de santé composée d’équipes multidisciplinaires effectuant des visites régulières dans les établissements participants. 

Au cœur du dispositif, la PrEP occupe une place centrale. « Destinée aux personnes séronégatives exposées à un risque d’infection, la PrEP permet, lorsqu’elle est prise correctement et de manière régulière, de réduire jusqu’à 99 % le risque de transmission du VIH par voie sexuelle et d’au moins 74 % chez les personnes qui s’injectent des drogues, selon le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) », rappelle le Dr Woodun-Annah. « Les étudiants éligibles pourront bénéficier d’une évaluation individuelle, de conseils adaptés, de l’initiation à cette méthode de prévention, ainsi que d’un suivi médical régulier assuré par les équipes de l’AIDS Unit. »

Pour que ce dispositif fonctionne, il faudra que les étudiants s’y rendent. Ce qui suppose de lever l’obstacle le plus persistant dans la lutte contre le VIH à Maurice : la stigmatisation. « Elle demeure l’un des principaux obstacles à l’accès au dépistage et aux services de prévention », reconnaît le Dr Woodun-Annah. À cela s’ajoute un autre frein, qu’elle identifie sans détour : le déficit de connaissance et d’acceptabilité des outils modernes de prévention, à commencer par la PrEP. Disponible et gratuite à Maurice depuis 2019, elle reste largement méconnue, un constat que l’AIDS Unit formule elle-même comme l’une des lacunes majeures du dispositif actuel. 

Confidentialité et continuité thérapeutique

Pour y remédier, la confidentialité est présentée comme un principe fondamental, non comme une option. L’ensemble des services sera organisé pour garantir le strict respect de la vie privée des étudiants, dans un environnement « bienveillant, confidentiel et sans jugement ». La communication sera adaptée aux jeunes, avec pour objectif de promouvoir le dépistage et la PrEP « comme des démarches normales et responsables de protection de sa santé ».

Le projet s’inscrit dans une continuité revendiquée. Interrogée sur les grandes campagnes de prévention des années 1990 et sur ce qu’elles disent de la génération aujourd’hui la plus touchée, le Dr Woodun-Annah refuse la lecture d’un échec : « Les campagnes de prévention menées au fil des années ont joué un rôle essentiel dans la sensibilisation et la promotion de comportements de protection. » Ce que les données actuelles soulignent, selon elle, c’est surtout « l’importance de renforcer, de multiplier et d’intensifier les campagnes de prévention », qui « doivent rester continues et visibles afin de s’adapter à l’évolution des comportements et des réalités sociales ». 

Sur la question de savoir si ce projet reconnaît implicitement un retard dans la prévention, elle est catégorique : « Il ne s’agit pas de rattraper un retard, mais de poursuivre et d’adapter les efforts de prévention afin qu’ils demeurent pertinents tout au long du parcours de vie. »

Cette continuité revendiquée se heurte pourtant à une réalité que les chiffres rendent difficile à esquiver. Depuis le début de l’année, 74 adolescentes enceintes ont déjà été prises en charge en moins de six mois ; autant d’expositions potentielles au VIH et aux IST. Un chiffre qui pointe vers une vulnérabilité bien plus précoce que celle que ce projet entend adresser. 

Face à cette question, le Dr Woodun-Annah maintient la ligne d’une stratégie différenciée selon les âges : « La sensibilisation et l’éducation à la santé sexuelle dès le collège constituent déjà une composante importante de la réponse nationale, à travers les activités de prévention menées par l’AIDS Unit dans les établissements secondaires. Il ne s’agit donc pas d’opposer les groupes d’âge, mais de renforcer une stratégie de prévention complémentaire et progressive, couvrant l’ensemble du parcours de vie, de l’adolescence à l’âge adulte. » 

Un déploiement progressif sous évaluation

Et sur la question d’un élargissement aux établissements secondaires, elle est précise : « Dans le secteur de l’éducation, il existe déjà un programme sur le VIH, et des séances de sensibilisation adaptées à l’âge sont dispensées dans les écoles. Cependant, l’accès au dépistage du VIH, à la PrEP et à d’autres services de prévention nécessite l’accord des parents, ce qui rend l’accès plus difficile, les adolescents n’étant pas encore autonomes pour prendre seuls ces décisions de santé. »

Le déploiement sera progressif. Une phase pilote dans deux à trois établissements d’enseignement supérieur permettra d’évaluer la faisabilité du projet avant toute extension. Un dispositif de suivi et d’évaluation rigoureux sera mis en place, incluant des indicateurs de résultats tels que l’accès au dépistage, l’initiation et l’adhésion à la PrEP, l’évolution des connaissances et des comportements de prévention, ainsi que les tendances des nouvelles infections au sein des groupes cibles. 
Sur la question de l’impact réel, le Dr Woodun-Annah tempère les attentes avec réalisme : « La réduction des nouvelles infections ne sera pas immédiatement visible et s’observera progressivement sur plusieurs années, le temps que les effets des interventions de prévention se cumulent. »

Un projet inédit, donc. Nécessaire selon les données. Attendu, selon les jeunes. Et dont l’efficacité réelle se mesurera non pas à l’annonce, mais à ce qui se passera derrière les portes de ces unités mobiles, le jour où elles rouleront enfin vers les campus.

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