Economie

Prêts bancaires : il faut montrer patte blanche

loan Obtenir un prêt pour la construction d’une maison, entre autres, n’est pas une sinécure pour ceux travaillant dans le secteur informel.

On ne prête qu’aux riches, affirme le dicton. Et les banques mauriciennes ne dérogent pas à cette très rigoureuse règle et en ont fait une de leurs vertus. Ceux qui en font les frais sont, en première ligne, les individus qui exercent dans les secteurs informels : marchands ambulants, confectionneurs et autres revendeurs de fruits saisonniers. À ce compte-là, comment se débrouillent-ils pour obtenir des prêts bancaires ?

Ce samedi, en fin d’après-midi, à Plaisance, Rose-Hill, Mike a toutes les peines du monde pour raisonner les maçons qui sont à leur deuxième semaine sur le chantier qui doit donner naissance à sa maison. Après un premier versement de leurs salaires, la semaine précédente, Mike, lui-même maçon, n’a pas obtenu la deuxième tranche de son emprunt auprès d’une banque de Rose-Hill. Explication : il n’a pas été en mesure d’alimenter son compte bancaire. « Je n’ai pas eu suffisamment d’argent pour le faire, j’ai encore une dette sur le terrain sur lequel je fais construire ma maison », fait-il comprendre.

Après un dépôt de Rs 100 000 sur son compte, obtenues grâce à des économies, il a pu acheter les matériaux et garder le reste pour payer les maçons pour leur première semaine de travail. Mais, la suite a été moins reluisante, car Mike s’est retrouvé en chômage lorsque son employeur a perdu un gros contrat. « Ce sont des choses qui arrivent, et je n’avais aucun autre chantier », explique-t-il. À la banque, les choses se sont corsées, car même son titre de propriété ne lui servi à rien : « Il y a un lien sur le contrat, je m’en étais servi pour obtenir un premier prêt auprès d’une institution publique. Je n’ai pas eu un deuxième emprunt », confie-t-il.

Pas de dépôts, pas de crédit

À la banque, sa bonne foi se heurte à la logique implacable de la règle : pas de dépôts, pas de crédit. « Malgré la promesse que j’allais avoir un autre emploi, rien n’y fait. On m’a dit que c’était le règlement, d’autant que je n’avais pas de fiche de salaire », se souvient-il. Ce fâcheux contretemps, inhérent dans le milieu de la construction hors-industrielle, est aujourd’hui résolu. Mike a pu, en effet, effectuer à nouveau des dépôts et payer les maçons pour qu’ils continuent le travail. Mais, ce retard a occasionné des frais additionnels et imprévus. « Les maçons ne sont pas revenus à temps sur le chantier. Il a fallu attendre trois semaines pour qu’ils refassent leur apparition, bien que je leur avais déjà donné leur argent. Je comprends leur réaction. Cela arrive dans notre métier. Entre-temps, des matériaux, comme le ciment et des petites choses, ont été abîmés », explique-t-il.

Si la politique des prêts est partout la même dans les banques, il arrive que certains clients exerçant dans le secteur informel ont tissé des rapports de confiance avec des cadres dans ces mêmes banques. Ce qui leur permettent d’obtenir des prêts même en situation d’insolvabilité. Un ex-haut cadre d’une banque privée explique que ce type de relation reste quand même à risque. « L’exemple a été l’affaire MCB/NPF, où un très haut cadre de cette banque a abusé de la confiance placée en lui par cette banque. C’est la raison pour laquelle on ne peut établir une liste ou un profil de ‘mauvais payeurs’ ou de clients à risque », fait ressortir notre interlocuteur.

Il n’existe aucun endroit ou de profil socioprofessionnel qui présenterait d’exemples de risque du point de vue des banques, selon ce dernier, qui ajoute : « Un maçon ou un marchand de dhollpuri peut avoir suffisamment de dépôts dans une banque pour pouvoir obtenir des prêts à condition d’être en mesure d’approvisionner son compte, et de manière légale.»

Les prêts consentis par la Mauritius Housing Corporation Ltd (MHC) sont soumis à des vérifications exercées par des enquêteurs de l’organisme. Ils se rendent sur les lieux de construction pour constater l’évolution des travaux. Ce sont leurs rapports qui serviront de preuve de la bonne utilisation de la première tranche du prêt accordé par la MHC et permettra au client d’en obtenir le reste. À ce jour, elle reste le premier seul organisme d’État à avoir accordé des prêts logements à des intérêts préférentiels, à travers le Plan Épargne Logement.