Première femme à la tête de l’Urdu Speaking Union : Abidah Alladee trace une vision moderne pour l’ourdou

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 17 février 2026 à 16:30
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Abidah Zainab Alladee, première femme présidente de l’Urdu Speaking Union en plus de 20 ans d’existence.
Abidah Zainab Alladee, première femme présidente de l’Urdu Speaking Union en plus de 20 ans d’existence.

Abidah Zainab Alladee, première femme à présider l’Urdu Speaking Union, veut insuffler un nouvel élan à la langue ourdoue. Entre préservation du patrimoine et modernisation numérique, elle souhaite mobiliser les acteurs nationaux.

Dans la salle où se tient le Professional Development Workshop on Safeguarding Urdu Heritage, en ce 12 février, à Arsenal, Abidah Zainab Alladee incarne un double symbole : celui d’une langue qui avance et celui d’une institution qui évolue. Première femme présidente de l’Urdu Speaking Union en plus de vingt ans d’existence, elle mène ce jour-là une rencontre inédite réunissant enseignants du primaire et du secondaire, responsables politiques, défenseurs de la culture, ministres, membres du Parlement ainsi que des représentants des Hautes commissions du Pakistan et de l’Inde pour un dialogue national sur l’avenir de l’ourdou.

L’atelier a créé, pour la première fois à cette échelle, une plateforme structurée d’échanges professionnels entre les différents niveaux d’enseignement. L’initiative visait non seulement à célébrer le patrimoine, mais également à aborder les réalités pédagogiques concrètes et à définir des stratégies prospectives en cohérence avec les exigences du programme scolaire.

L’ourdou coule dans ses veines depuis l’enfance. Son père, Hassam Alladee, était profondément attaché à la langue.

Grandissant dans un foyer où littérature, poésie et échanges intellectuels en ourdou faisaient partie du quotidien, elle a assimilé à la fois appréciation et responsabilité. Des invités venus d’Inde et du Pakistan étaient souvent accueillis, et l’ourdou était naturellement la langue de communication. Cet environnement a nourri son attachement à vie à la langue.

Après ses études secondaires à la Villiers René Government School et au Droopnath Ramphul State Secondary School, elle part étudier à l’Aligarh Muslim University en Inde, d’où elle revient avec un BA (Hons) en ourdou, suivi d’un PGCE et d’un diplôme en Leadership et Management, renforçant sa formation et sa vision stratégique. De retour d’Inde, elle rejoint l’Urdu Speaking Union en tant que membre exécutif pendant plusieurs années, ce qui lui a offert une expérience directe de la promotion institutionnelle et de l’élaboration de politiques culturelles.

Parallèlement, elle enseigne l’ourdou au secondaire pendant plus de vingt ans. Tout au long de sa carrière, elle a travaillé non seulement à renforcer la position académique de l’ourdou, mais aussi à développer la confiance, la conscience culturelle et la pensée analytique chez ses élèves. Pour elle, la langue est une force formatrice qui façonne l’identité, les valeurs et la croissance intellectuelle.

Le leadership au service de l’excellence 

Lorsque le député Farhad Aumeer, GOSK, a proposé son nom pour la présidence l’année dernière, elle a accepté en comprenant clairement que ce rôle exigeait une direction stratégique et un leadership tourné vers la réforme. Sa présidence symbolise à la fois la continuité institutionnelle et l’évolution progressive. Être la première femme présidente de l’USU est une étape symbolique, reflétant la confiance dans son expérience et son engagement. Elle espère encourager davantage de femmes à participer à la formulation des politiques et à la promotion culturelle.

Le 12 février à Arsenal en était la preuve concrète. Un moment fort de l’événement a été la reconnaissance de trois lauréates issues de la filière Arts : Sania Bibi Khodabux, Bibi Rizwana Aubdool et Beebee Zeenat Yearoo, ayant choisi l’ourdou comme matière principale aux examens du HSC 2025. Leur réussite constitue une source de fierté immense pour la communauté ourdouophone et témoigne de manière éclatante que l’ourdou continue de produire l’excellence académique au plus haut niveau national. Dans un contexte où la viabilité d’une matière est souvent mesurée par les performances et le nombre d’inscrits, leur distinction renforce la solidité académique et la profondeur intellectuelle de l’ourdou.

Mahend Gungapersad, ministre de l’Éducation, a parlé avec passion de la beauté et de la richesse poétique de la langue ourdou. Décrivant l’ourdou comme une langue de raffinement, d’émotion et de grâce intellectuelle, il a partagé comment elle l’inspire personnellement depuis longtemps. Dans un hommage particulièrement émouvant, il a évoqué son défunt ami, le Dr Swabir Goodur, avec qui il échangeait souvent en ourdou. Ses propos ont insisté sur le fait que l’ourdou n’est pas seulement une matière académique, mais aussi un vecteur de connexion humaine et de patrimoine partagé.

De même, Shakeel Mohamed, ministre du Logement et des Terres, a rendu hommage à son grand-père, Sir Abdool Razak, qu’il a décrit comme l’un des pionniers de l’Urdu Speaking Union. Il a exprimé sa fierté pour cet héritage tout en abordant les perceptions sociétales plus larges autour du choix des langues à Maurice. 

Il s’est fermement opposé à l’idée que les langues doivent être limitées selon des critères religieux ou ethniques. Dans une société multiculturelle et multilingue comme Maurice, a-t-il affirmé, il ne devrait y avoir aucune restriction à l’apprentissage d’une langue. Le fait que les Mauriciens puissent comprendre et apprécier plusieurs langues reflète, selon lui, l’harmonie sociale unique de l’île.

L’adaptation aux défis technologiques

Cette harmonie, Abidah Zainab Alladee veut la consolider en trouvant l’équilibre entre préservation et adaptation. Elle souligne que la sauvegarde du patrimoine ourdou aujourd’hui nécessite précisément cet équilibre. Les traditions littéraires doivent être maintenues, mais les méthodes d’enseignement doivent répondre aux évolutions technologiques et aux attentes changeantes des élèves. Assurer que l’ourdou reste rigoureux sur le plan académique, pertinent socialement et adapté technologiquement renforce à la fois la continuité culturelle et l’harmonie nationale.

L’atelier visait d’ailleurs à promouvoir un dialogue professionnel structuré, à identifier les lacunes pédagogiques et à aligner les pratiques de classe avec les politiques institutionnelles, renforçant la cohérence entre les niveaux et l’orientation professionnelle partagée.

En tant qu’organisme statutaire relevant du ministère des Arts et de la Culture, l’Urdu Speaking Union facilite la formation professionnelle, soutient les initiatives étudiantes, encourage la performance académique et promeut l’engagement culturel, positionnant l’ourdou comme une langue de savoir et de contribution intellectuelle.

Pour l’avenir, les priorités de l’Union se concentrent sur l’alignement des politiques, de la pédagogie et de la technologie.

Un cours de traitement de texte en ourdou a été lancé pour les élèves et enseignants afin de renforcer la littératie numérique et de garantir que la langue reste pleinement fonctionnelle dans la communication moderne. Des plans sont en cours pour relancer Sada-e-Urdu, le magazine de l’Union publié pour la dernière fois en 2019, comme plateforme de recherche, d’écriture créative et de réflexion. 

La collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture dans les festivals nationaux de théâtre vise à encourager la confiance expressive et la participation des jeunes. Des plans sont en cours pour en faire une initiative annuelle avec des thèmes structurés et des résultats mesurables, approfondissant le dialogue pédagogique et élargissant l’intégration technologique.

Dans cinq ans, Abidah Zainab Alladee envisage que l’ourdou occupe une position stable et respectée à Maurice — académiquement solide, culturellement confiant et intégré technologiquement. Selon elle, le succès refléterait un alignement clair des politiques, un renforcement des compétences des enseignants, un maintien de l’inscription des élèves et une application numérique réfléchie.

En célébrant le patrimoine tout en adoptant la réforme, l’atelier a symbolisé un engagement renouvelé envers la langue comme identité, l’éducation et le leadership, où préservation culturelle et progrès institutionnel vont de pair.


 

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