Mise à jour: 16 janvier 2026 à 08:00

Preetam Seewoochurn, consultant en ressources humaines : «Il faut un passeport national des compétences»

Par Jameela Jaddoo
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Preetam Seewoochurn

Former pour aujourd’hui ne suffit plus. Face à un marché du travail en mutation rapide, Maurice doit repenser en profondeur sa vision des ressources humaines pour préparer la génération 2025–2030, explique Preetam Seewoochurn, consultant et spécialiste en ressources humaines.

Pourquoi Maurice doit-il repenser en profondeur sa vision des ressources humaines pour la prochaine génération ?
Maurice se trouve à un tournant stratégique. Les transformations technologiques accélérées, l’évolution démographique et la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales redéfinissent en profondeur le travail. Les approches RH traditionnelles, centrées sur la stabilité des postes et la qualification initiale, montrent aujourd’hui leurs limites. 

Le pays doit impérativement opérer une transition d’un modèle fondé sur l’emploi à vie vers un modèle centré sur des compétences évolutives, transférables et mesurables. À défaut, Maurice s’exposerait à une inadéquation structurelle des compétences, à une intensification de la fuite des talents et à une perte progressive de compétitivité internationale.

Quelle réforme RH prioritaire Maurice devrait-il engager au cours des cinq prochaines années ?
La mise en place d’un passeport national des compétences constitue une réforme structurante et stratégique. Cet outil numérique, personnel et évolutif, permettrait de cartographier l’ensemble des compétences certifiées, micro-qualifications, expériences professionnelles et compétences comportementales de chaque individu. Il favoriserait un recrutement fondé sur les capacités réelles et le potentiel d’évolution, plutôt que sur les seuls diplômes académiques, tout en renforçant la transparence et la mobilité sur le marché du travail.

Comment les ressources humaines peuvent-elles rendre les jeunes Mauriciens compétitifs à l’international sans quitter le territoire ?
Maurice doit se positionner comme une plateforme de talents à vocation internationale. Les politiques RH doivent structurer et sécuriser le télétravail transfrontalier à travers des cadres clairs en matière de conformité juridique, de fiscalité et de protection sociale. Cette approche permettrait aux jeunes Mauriciens de travailler pour des entreprises étrangères tout en restant localement basés, contribuant ainsi à la création de valeur nationale et à la montée en compétences du capital humain.

Quel nouveau rôle les entreprises doivent-elles assumer dans le développement des talents ?
Les entreprises doivent évoluer d’un rôle de simples employeurs vers celui de véritables incubateurs de talents. Les politiques RH devraient encourager l’intégration du temps d’apprentissage, de l’innovation et des projets transversaux dans le temps de travail. L’objectif est de former des professionnels agiles, capables d’anticiper les mutations, d’innover en continu et de s’adapter rapidement aux évolutions économiques et technologiques.

Comment réduire durablement l’écart entre formation académique et employabilité ?
Il est indispensable d’institutionnaliser un Conseil national RH–Éducation. Cette instance permettrait une collaboration étroite et permanente entre les professionnels des ressources humaines, les établissements de formation et les autorités publiques. Les programmes scolaires et universitaires seraient ainsi actualisés de manière régulière, en fonction des besoins réels et prospectifs du marché du travail, garantissant des parcours davantage orientés vers l’expérience pratique, l’employabilité et la performance.

Quelle transformation est nécessaire pour le développement des futurs leaders mauriciens ?
Maurice doit dépasser les modèles de leadership fondés essentiellement sur l’ancienneté pour adopter une certification du leadership basée sur les compétences. Les futurs dirigeants devraient être évalués sur des critères tels que la capacité décisionnelle, l’intelligence émotionnelle, la gestion de crise, l’éthique et l’aptitude à innover. Cette évolution favoriserait l’émergence d’une nouvelle génération de leaders résilients, responsables et visionnaires.

Comment les ressources humaines peuvent-elles contribuer à la cohésion sociale et à l’inclusion économique ?
Les RH doivent devenir un levier central de cohésion sociale en mettant en place des programmes de transition professionnelle inclusifs. Ces dispositifs accompagneraient les travailleurs seniors, les femmes en reprise d’activité et les salariés en reconversion vers des secteurs d’avenir, tels que l’économie verte, le numérique ou les services à forte valeur humaine. Cette approche renforcerait à la fois l’inclusion, la stabilité sociale et la résilience du marché du travail.

Quelle ambition Maurice doit-il se fixer en matière de ressources humaines à l’horizon 2030 ?
L’ambition stratégique est de positionner Maurice comme une nation de talents, où la valeur économique des individus repose sur leur capacité d’apprentissage continu, d’adaptation et de contribution durable. Les ressources humaines doivent devenir un pilier central du développement national, au même titre que l’investissement, l’innovation et la gouvernance.

Si vous deviez résumer en une ambition prioritaire la transformation des ressources humaines à Maurice d’ici 2030, laquelle serait-elle et pourquoi ?
Au cours des prochaines années, les ressources humaines devront dépasser leur fonction administrative traditionnelle pour s’imposer comme un moteur de compétitivité, d’inclusion et de durabilité. L’avenir économique et social de Maurice dépendra directement de sa capacité à reconnaître, développer et valoriser son capital humain dans un monde du travail en mutation rapide.

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