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Précarité Sociale : Sonia, 35 ans, déterminée à redoubler ses efforts

sonia "Mo bien dan sa lakaz la... mem si bizin fer ankor zefor ek sacrifis."

La chute n’est pas un échec. L’échec c’est de rester là où on est tombé, disait Socrate. Cette phrase énigmatique prend tout son sens pour Sonia. Cette habitante de Camp-Levieux, âgée de 35 ans, confie au Défi Plus que face à sa précarité sociale, elle n’a jamais baissé les bras. Elle ajouter que c’est un coup de fil reçu en 2017 qui a changé à tout jamais le cours de sa vie. Pour découvrir son histoire, elle fait un retour aux sources.

À 15 ans, Sonia prend de l'emploi dans une usine. « Mes parents n’avaient pas les moyens de payer mes frais scolaires. Mon père, qui était maçon, avait un penchant pour les jeux de hasard. Tout son salaire y passait. Après la Form II, je suis restée à la maison pendant un moment avant d’aller travailler », raconte Sonia. Trois ans plus tard, soit à 18 ans, elle décide de se mettre en couple avec son compagnon Gérald. Cependant, elle n’a pas pu aller habiter chez ses beaux-parents, car leur maison de trois pièces était déjà occupée par 14 personnes.  Dans l’impossibilité de payer une location, Sonia trouve refuge chez sa mère Lina à Camp-Levieux où ses parents et son petit frère vivent dans une chambre. 

De leur côté, Lina et Gérald dorment sur un matelas placé dans le salon. Cela a duré pendant huit ans jusqu’à la naissance de leur premier enfant Amélie. Le jeune couple décide ainsi de construire une nouvelle pièce. Pour ce faire, Gérald contracte un emprunt, mais l’argent ne suffit pas à rendre l’habitat décent. La nouvelle pièce sert à la fois de chambre à coucher, de cuisine et de salon. « Comme nous n’avions pas de toilettes, nous utilisions celles de ma mère. Nous y prenions également notre douche. Il n'y avait qu'un robinet et un seau », indique Sonia.

Un appel prophetique

En 2017, Amélia bénéficie d’un soutien scolaire de la paroisse que fréquente Sonia. Un beau jour, la mère de famille reçoit un appel d’une organisation non gouvernementale lui demandant d’intégrer son enfant dans son programme d’accompagnement scolaire. « Comme l’éducation était un des piliers prioritaires de cette ONG, j’ai tout de suite accepté, surtout que ma fille avait des difficultés d’apprentissage à l’école », nous partage la jeune femme. Par la suite, cette dernière reçoit la visite des travailleuses sociales et d'une accompagnatrice bénévole qui découvrent les conditions de vie de cette mère de deux enfants. Ne pouvant rester insensibles devant une telle situation, elles multiplient les rencontres avec Sonia et l’encouragent à améliorer son logement. 

Petit à petit, des matériaux lui sont offerts. Avec le soutien de Lina, Sonia et Gérald redoublent leurs efforts pour compléter leur maison. Leur voie est, toutefois, parsemée d’embûches, surtout sur le plan financier. Gérald peine à trouver du travail, ce qui devient pénible pour le couple d’arrondir les fins de mois. « Reprendre les travaux de la maison dans de telles conditions était quasiment impossible », lâche Sonia. Toutefois, elle n’a pas baissé les bras et l’ONG a continué à la suivre et à l’encourager à faire de son mieux. 

À maintes reprises, Sonia s’est sentie gênée d’être  dans l’incapacité de payer certaines installations basiques nécessaires pour faire de sa maison un lieu convenable pour sa famille. « Cependant, ces personnes ne m’ont jamais laissé tomber. Elles étaient toujours à l’écoute et m’ont encouragé à aller de l’avant », reconnaît la jeune femme.

Bien que la vie n’ait pas été facile, Sonia affirme que c’est sa force de caractère qui lui permet de prendre son mal en patience afin d’offrir un environnement meilleur à ses enfants. « Après la naissance d’Amélia, mon compagnon m’a quitté pour une autre femme. J’ai élevé seule mon enfant pendant huit mois avant de lui redonner une chance. Je l’ai fait parce que mon enfant avait besoin de son père. Ma décision n’a pas fait l’unanimité et certaines personnes m’ont jugé. J'en ai beaucoup souffert », raconte Sonia. De cette réconciliation est née une autre fille, Anna.

Le mariage express 

En décembre 2018, lorsqu'Amélia a fait sa confirmation, le prêtre de sa paroisse a encouragé Sonia et Gérald à sceller leur union dans le sacrement du mariage. Après un temps de réflexion, le couple décide de franchir le cap. Suite à cette décision, Sonia se retrouve à préparer son mariage avec les moyens du bord, en 15 jours seulement.

Sa paire de chaussures et sa robe de mariée lui ont été offertes par son accompagnatrice. Grâce à ses talents de machiniste, Sonia a ajusté la robe. Avec le voile de la mariée, elle a confectionné deux robes pour les filles d’honneur, rôles tenus par ses deux filles, Amélia et Anna. Une des cousines de Sonia, qui joue de la guitare, a improvisé une chorale pour le mariage à l’église. Après la cérémonie nuptiale, les invités se sont réunis chez Lina autour d’un déjeuner où ils ont pu déguster un gâteau généreusement offert par les tantes de la nouvelle mariée. La petite famille nageait dans le bonheur et vivait paisiblement, jusqu’à ce que Gérald tombe dans la drogue.

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Christophe Chasteau De Balyon et sa fille Camille, 14 ans, ont pédalé en faveur des familles bénéficiaires de Lovebridge pour le Colin Mayer Tour 2019.

Le cauchemar

Sonia, qui a du mal à voir son mari sombrer dans la drogue, tente de le raisonner, mais en vain. Gérald préfère rester dans son état euphorique et il oublie ses responsabilités de père. Sonia se tourne ainsi vers l’ONG qui l’accompagne depuis trois ans. Elle y reçoit une main tendue. Une équipe aide Gérald à se défaire de ce fléau. Depuis peu, il fait des efforts et Sonia ne baisse pas les bras pour sortir de cette impasse. L'équipe et l’accompagnatrice de Sonia veillent à ce que cette dernière complète sa maison afin que ses enfants puissent grandir dans un environnement sain et sécurisé. 

Apprenant graduellement de ses erreurs, Gérald a repris son travail et envisage de faire des heures supplémentaires les dimanches pour soulager financièrement Sonia. Difficile de se payer des meubles, le père de famille a construit des lits en béton pour le plus grand bonheur de ses filles. Il les a soigneusement décorés avec des palettes en bois récupérées. Faisant preuve d’ingéniosité, il a pris des marbres inutilisés de divers coloris offerts par un ami pour habiller le sol de sa maison. Celle-ci est désormais dotée d’un étage grâce à la générosité de l’ONG qui n’est pas restée insensible aux conditions de vie difficiles de Sonia et de sa famille. 

Maintenant entrepreneur, Sonia prépare divers snacks sur commande qu’elle livre à travers l’île. Cependant, son commerce bat de l’aile, car elle est seule à s’occuper de tout. « Initialement l’aventure a commencé avec mes deux cousines, mais ces dernières se sont très vite découragées par l’idée de se mettre à leur propre compte ». Comme Sonia ne baisse jamais les bras, elle prend son mal en patience. L'ONG l'aide à trouver une formation à suivre, tout en continuant à vendre ses produits afin de  subvenir financièrement aux besoins de sa famille. L’éducation de ses deux enfants demeure sa plus grande priorité.  « Depi kot monn sorti pou vinn kot mo ete aster, mo pa regrete. Mo bien isi, dan sa lakaz la, avek mo fami, mem si bizin fer ankor zefor ek sakrifis. Mais san soutien sa ONG la, mo ti pou ress en plas ek pa ti pou avanse zame », conclut-elle avec beaucoup d'espoir.

Logement décent pour tous 

En ligne avec la Journée mondiale de l’habitat et la Journée internationale de l'ONU pour l'élimination de la pauvreté observées le 7 et le 17 octobre respectivement, Lovebridge (ONG, dont Sonia est l’une des bénéficiaires) intensifie son action au niveau du logement décent. Depuis 2017, l’ONG vient en aide à un maximum de familles en situation de pauvreté à travers son projet ‘A Place to Call Home’. Ce projet vise à effectuer des rénovations et des réparations urgentes au niveau du logement chez les bénéficiaires enregistrés auprès de l’ONG qui ont le plus besoin d’aide. Ainsi, à ce jour, plus de 168 familles ont pu bénéficier d’un environnement sain et sécurisé. Electricité, peinture, plomberie, installations de toilettes, isolation contre le froid et infiltrations d’eau, toiture, sol, construction de chambres additionnelles et de cuisine, autant de travaux qui ont été effectués, en plus des donations en ameublements entre autres. 

« Nous sommes conscients qu’il reste encore beaucoup à faire. La solidarité des Mauriciens et l'accompagnement psychosocial restent fondamentaux pour l'avancement des familles à long terme », indique Priscille Noël, la Chief Serving Officer de l’ONG. 

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