Pravind Jugnauth : «On dirait qu’on est de retour en 1965»
Par
Fernando Thomas
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Le Premier ministre mauricien a eu des mots durs vis-à-vis des Britanniques, les accusant d’être restés dans la logique du colonialisme en refusant de mettre en pratique les recommandations de la Cour international de justice.
Pravind Jugnauth a ouvert le bal des interventions devant l’Assemblée générale des Nations unies, mercredi soir, pour convaincre ses pairs de voter en faveur de la motion présentée par le Sénégal au nom du groupe des pays africains. La motion demande au Royaume Uni de respecter l’avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) et d’abandonner l’administration des Chagos dans un délai de six mois. Il a critiqué l’attitude des Britanniques qui, selon lui, rappelle l’époque coloniale.
Le Premier ministre a démarré son discours en rappelant les principaux points de l’avis consultatif de la CIJ et de ses implications. Selon lui, les propos de la CIJ sont sans ambiguïté et ne laissent pas de place à l’interprétation. Ce qui l’a amené à critiquer sévèrement l’attitude du Royaume-Uni dans l’affaire : « On aurait pu s’attendre qu’un pays trouvé coupable par la plus haute instance juridique des Nations Unies se dépêcherait de faire amende honorable et de s’engager à mettre fin à sa conduite illégale ! »
Bien au contraire, ajoute-t-il, les Britanniques ont maintenu leur position de manière bien plus agressive qu’auparavant. Il a soutenu que les décideurs britanniques agissaient comme s’ils étaient encore à l’époque coloniale. « On dirait qu’on est de retour en 1965, a-t-il regretté. À l’époque, ils ont démembré le territoire mauricien sous la contrainte et mis les Nations Unies devant le fait accompli. Cette fois, ils justifient leur acte en contestant l’autorité de l’Assemblée générale des Nations Unies à référer le litige à la CIJ. » Une situation décrite comme triste et qui devrait inquiéter tout le monde, selon le chef du gouvernement.
Pravind Jugnauth a poursuivi la même ligne de pensée sur le colonialisme en argumentant que si l’avis consultatif de la CIJ n’avait pas force de loi, « la source des obligations légales est le droit des peuples à l’autodétermination. » « Ce n’est pas exacte de dire que l’opinion de la CIJ n’a pas de conséquences légales, a expliqué le Premier ministre. « Chaque État, y compris le Royaume uni, a l’obligation de respecter le droit international et l’obligation de collaborer avec l’Assemblée générale pour le faire respecter », dit-il. « Ne pas soutenir cette résolution ne serait rien de moins qu’une approbation du colonialisme », a-t-il indiqué.
Quant à la question de sécurité, évoquée par le Royaume Uni, Pravind Jugnauth a rappelé que Maurice est prêt à signer un accord à long terme pour le maintien de la base militaire sur Diego Garcia. « Il est difficile de comprendre la position du Royaume-Uni, à moins que Maurice ne soit pas considéré comme un partenaire de confiance, une position profondément blessante pour Maurice et tous les membres du groupe africain », soutient-il.
Selon le Premier ministre, six mois représentent une période suffisante pour mettre fin à une administration squelettique des Britanniques sur l’archipel. Il s’agit du délai imposé par la résolution.