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Pratique de recrutement : les dessous des emplois réservés à la Cargo Handling Corporation

CHC La CHC en pleine activité.

La revendication d’emplois à la Cargo Handling Corporation par l’Association Zenfan Roche-Bois, cette semaine, révèle une pratique contraire à l’Equal Opportunities Act. Même les salariés  exigent des postes réservés pour leurs enfants, comme le confirme la Port Louis Maritime Employees Association.

La direction de la Cargo Handling Corporation (CHC) est prise entre le marteau et l’enclume. D’une part, les enfants des employés et les habitants de la région exigent des places réservées lors d'exercices de recrutement, comme cela a été le cas depuis belle lurette. D’autre part, le State Law Office (SLO) et l’Equal Opportunities Commission (EOC) considèrent cette pratique « illégale », violant l’Equal Opportunities Act.

D’ailleurs, l’an passé, le recrutement de 150 employés, essentiellement des opérateurs et travailleurs manuels, a été gelé après des dénonciations de cette pratique à l’Independent Commission Against Corruption (Icac) et à l’EOC. Une liste de nouvelles recrues était déjà avalisée, selon nos recoupements. Cette année, la CHC envisage d'embaucher 500 employés, dont des Cleaners, Helpers, Stevedors, Chauffeurs et Terminal Operators. à la CHC, on estime que c’est pour cette raison que l’Association Zenfan Roche-Bois serait montée au créneau en organisant une manifestation lundi. « Il n’est pas possible que des habitants de Roches-Bois descendent dans la rue out of the blue. Ils auraient eu vent des recrutements imminents dans le port, en raison de l’agrandissement de la zone portuaire », indique-t-on à la CHC. Signalons que Johny Latour, président de l’association et Eliezer François, son conseiller, ont été arrêtés et remis en liberté conditionnelle pour participation à un rassemblement illégal.

Johny Latour, porte-parole de l’Association Zenfan Roche-Bois, estime que « les descendants des ex-employés du port doivent être recrutés à la CHC ». Ce dernier considère que la zone portuaire, précisément la partie de Mer-Rouge, appartient aux habitants de Roche-Bois. « Nos aînés, domiciliés dans les régions de Roche-Bois, Sainte-Croix, Résidence La Cure et Baie-du-Tombeau, ont été les premiers à travailler comme débardeurs dans le port. Ces derniers ont soulevé des sacs de 100 kilos sur leur dos. Il est tout à fait normal que leurs descendants obtiennent du travail à la CHC. Pour ainsi dire, ce serait une reconnaissance des autorités à l'égard du dur labeur de nos aînés. »

Le porte-parole de l’Association Zenfan Roche-Bois se dit favorable à des négociations et à la fixation d’un quota pour le recrutement à la CHC. « Nous ne réclamons pas de privilèges, mais une priorité à l’embauche. Les autorités ont été alertées de la situation et nous nous attendons à ce que nos griefs soient considérés. » D’ailleurs, selon Johny Latour, la manifestation de lundi ne serait qu’un « épisode ». L’association envisage de tenir une autre, suivie d’un défilé dans la capitale, le 12 mars prochain, lors du lever du drapeau. Et de préciser : « Un meeting public suivi d’une grève de la faim n’est pas à écarter. »

Quota de 25 % pour les « zenfan travayer »

Alain Édouard, président de la Port Louis Maritime Employees Association (PLMEA), concède qu’il y avait un « quota » de 25 % à respecter concernant le recrutement des enfants des employées. C'est-à-dire que sur quatre personnes embauchées à la CHC, une d’entre elles devait être l’enfant d’un employé. Et d'affirmer : « Il existe une Board Decision à cet effet. »

Même si ce dernier refuse de commenter les revendications de l’Association Zenfan Roche-Bois, arguant que cela prend « une tournure ethnique », le président de la PLMEA déplore que sous « l’ère de Xavier-Luc Duval », le quota de 25 % pour les « zenfan travayer » n’ait pas été respecté lors des exercices de recrutement. Il est lui aussi favorable au rétablissement de cette pratique à la CHC.

Un haut cadre de la CHC confirme cette pratique. Toutefois, ce dernier précise que ce « quota » était flexible, dépendant du nombre de « zenfan travayer » qui devait être recruté. « Et lorsqu’il n’y avait pas le nombre de ‘zenfan’ suffisant, des représentants syndicaux faisaient pression pour que ce soient leurs proches ou ceux des autres employés qui soient embauchés pour combler ce manque. »

Une pratique que dénonce ce haut cadre, vu que « cela mettait ces ‘zenfan’ et ces ‘proches’ d’employés dans une situation avantageuse, comparés aux autres candidats ». « Très souvent, ils connaissaient déjà les questions qui leur seraient posées grâce à des ‘inside information’, sans compter qu’ils étaient déjà assurés d’avoir le poste. L’entretien d’embauche n’était que du ‘eye-wash’. »


La productivité en baisse

Des équipements à la CHC pour s'atteler à ses activités.

Avec l’acquisition de nouveaux équipements par la Cargo Handling Corporation (CHC) l’an dernier, se mesurant par le nombre de mouvements de conteneurs par heure, devait passer de 23 à 25. Or, selon nos renseignements, ce chiffre est descendu à 22. Ce qui va à l’encontre de la convention tripartite signée entre le gouvernement mauricien, la CHCL et l’Agence française de développement (AFD). Cette dernière avait accordé un prêt de Rs 1,2 milliard à la CHC pour l’acquisition d'équipements, notamment deux portiques Super Post Panamax et six Rubber Tyred Gantry (RTG) cranes. L’une des conditions à respecter était que le nombre de mouvements passe de 23 à 25.

Autre condition imposée : que la masse salariale descende à 55 % du chiffre d’affaires de la CHC. Le directeur général de la branche mauricienne d’une compagnie maritime internationale a depuis peu exprimé son mécontentement à la CHC, étant insatisfait du nombre de mouvements par heure de la société. Les employés craignent que ces conditions ne puissent être respectées avec tout ce qui se passe à la CHC.

« La formation des opérateurs a pris du retard et n’a pas été exécutée selon le plan initialement établi. Ce qui fait que la société se retrouve, pour ainsi dire, avec une année de retard », indique une source.